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L’Italie secouée par un scandale de photos de femmes en ligne, Meloni parmi les victimes

Auteur: LE POINT

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L’Italie secouée par un scandale de photos de femmes en ligne, Meloni parmi les victimes

Deux sites sur lesquels les internautes s'échangeaient photos volées et « deepfakes » de figures de la politique italienne et d'anonymes ont fermé.

Un vent de dégoût et de colère souffle sur l'internet italien en cette fin d'été. Au cœur de la polémique, un site Web, Phica.eu, qui publiait sur ses pages des photos de femmes à leur insu. Des clichés pris sur le vif ou récupérés sur les réseaux sociaux ou à la télé, souvent accompagnés de commentaires dégradants et haineux. Les victimes, elles, sont des anonymes, des figures de la classe politique italienne, des actrices ou influenceuses. On pouvait ainsi trouver dans le « carré VIP » du forum des clichés de Giorgia Meloni à la plage, de sa sœur Arianna ou de la cheffe du Parti démocrate (PD), Elly Schlein. Certaines apparaissent même à travers des deepfakes, générés grâce à l'IA, à l'instar de l'ex-ministre Mariastella Gelmini présentée la poitrine dénudée.

L'alerte a d'ailleurs été lancée par plusieurs élues démocrates, elles aussi victimes de ce site ouvert il y a deux décennies. « J'ai découvert que, depuis des années, il volait des photos et des clips d'émissions de télévision auxquelles j'avais participé, puis les modifiait et les livrait en pâture à de milliers d'utilisateurs », confie ainsi sur ses réseaux sociaux l'eurodéputée du PD, Alessandra Moretti. Des images suivies d'une « longue liste de commentaires obscènes portant atteinte non seulement à ma sphère sentimentale mais aussi à la sécurité de nombreuses femmes exposées à cette nouvelle tendance répugnante de photos publiées sans consentement », ajoute la parlementaire.« Je le vois baisser son pantalon et se masturber » : le quotidien glaçant des femmes harcelées dans les transports

Des commentaires que Valeria Campagna, cadre démocrate dans le Latium, a même tenu à exposer au grand jour, sur son compte Instagram. « Certains commentaires parlent de mon corps dans la vie quotidienne. Cela signifie que ce sont des gens qui me connaissent, qui viennent de la même ville que moi et qui se sentent autorisés à parler de moi comme si j'étais leur chose », s'inquiète-t-elle. Les élues invitent les Italiens à « signaler en masse » ce genre de « sites qui incitent au viol et à la violence », demandant expressément leur fermeture et leur interdiction. Et de lancer un appel au sursaut dans les rangs de la gent masculine : « Il faut que les hommes prennent leurs responsabilités. Il faut que la société cesse de minimiser et de justifier ça », peut-on lire.

L'affaire « Mia moglie »

Alors que des plaintes sont arrivées par dizaines, de toute l'Italie, auprès de la police postale transalpine, le forum Phica, lui, a finalement baissé le rideau. Sur sa page d'accueil, un message invite les victimes à se faire connaître : « Si tes droits ont été violés, contacte-nous avec le lien afin que nous puissions le supprimer », promet-on.

Actif depuis 2005 et comptant selon la presse italienne quelque 700 000 utilisateurs (des hommes, à une écrasante majorité) et 10 millions de messages publiés, le site se voulait être une « plateforme de discussion et de partage », rappelaient ses responsables dans un communiqué. « Malheureusement, comme sur tout réseau social, certains abusent des plateformes, portant ainsi atteinte à leur esprit et à leur vocation de départ », déplorent-ils. Et de reconnaître que, malgré leurs efforts, le site n'a « pas réussi à mettre fin à temps aux comportements toxiques qui ont fait de Phica, aux yeux de beaucoup, un lieu à fuir plutôt qu'un lieu auquel on est fier d'appartenir ». « C'est pourquoi, poursuivent-ils, à notre grand regret, nous avons décidé de fermer et de supprimer définitivement tout ce qui était répréhensible ».

Plus tôt cet été, c'est un autre forum qui avait déjà provoqué la consternation générale dans le Belpaese. Sur la page Facebook « Mia moglie » (ma femme, en italien), comptant plus de 32 000 inscrits, des hommes s'échangeaient des photos intimes et autres vidéos volées de leurs compagnes, épouses ou amies, là encore sans leur consentement. Des images accompagnées d'un torrent de commentaires vulgaires et sexistes. Une page finalement bloquée par Meta, le 20 août dernier après que l'affaire a été rendue publique par l'écrivaine Carolina Capria déclenchant une vague de dénonciations. « J'ai vu des photos de mon corps nu, des images que j'avais partagées avec mon mari, et en dessous il y avait des commentaires horribles », raconte ainsi dans un témoignage, repris par La Repubblica, l'une des victimes dont le partenaire avait publié les clichés sur le groupe Facebook, invitant au passage les autres utilisateurs à partager leurs réactions.

L'après-Gisèle Pelicot

Une histoire qui, de ce côté-ci des Alpes, n'a pas manqué de rappeler les horreurs vécues par Gisèle Pelicot. « Nous pensions qu'après cette affaire, quelque chose avait enfin changé. Que le procès public contre son mari – et contre de nombreux autres hommes qui, à son insu, l'avaient agressée – nous avait ouvert les yeux. La honte, disait-on, avait changé de camp », écrivait le week-end dernier la philosophe Michela Marzano. Mais le scandale « Mia moglie » « a montré à quel point la culture du viol est profondément enracinée dans notre pays », dénonçait l'ancienne élue du centre gauche.

Dans ces affaires, « difficile d'obtenir des condamnations pénales », prévient d'ores et déjà l'avocate Jessica Valentini, qui travaille sur le dossier. Interviewée par les médias transalpins, elle souligne notamment les difficultés liées au fait que les dirigeants des plateformes incriminées « sont à l'étranger ou ont des sièges sociaux à l'étranger ». Davantage que sur le plan judiciaire, l'avocate estime plus efficace « d'intervenir sur le plan culturel et aussi politique ».

À la suite de la polémique, Eugenia Roccella, ministre de la Famille et de l'Égalité a annoncé lancer et renforcer « des initiatives spécifiques pour surveiller ces phénomènes, les signaler aux autorités compétentes, à commencer par la justice, et identifier les outils les plus efficaces pour lutter contre cette barbarie du troisième millénaire ». Mais c'est davantage du côté du Palazzo Chigi et de Giorgia Meloni, critiquée par le passé pour son manque d'engagement à s'attaquer aux racines des violences de genre, que l'on attendait une déclaration forte. Pour l'heure, la Présidente du Conseil reste hors ligne.

Auteur: LE POINT

Commentaires (1)

  • image
    James le juif il y a 6 heures

    Quand tu veux leurs parler, elles préfèrent téléphoner ! Et voilà ? 🙊🙉

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