SOCIETE CONTRE LES IMAGES OBSCÈNES À LA TÉLÉVISION ET AU CINÉMA Ce que veulent Jamra et Latif Guèye "Il n'est pas question pour Jamra d'instaurer la censure au Sénégal. Nous sommes plutôt pour le contrôle et la surveillance de la production cinématographique et télévisuelle dans le seul souci de protéger la santé morale et mentale de nos enfants". C'est la réponse que fait le président de l'Ong islamique Jamra, Abdou Latif Guèye à la question sur l'objectif de sa croisade "contre la dégradation de l'image de la femme (et) pour la sauvegarde de la santé mentale et morale des enfants". "Jamra n'a ni l'intention ni les moyens de régenter les loisirs des Sénégalais", dit son président qui estime qu'une clarification de sa positon s'impose. "Nous sommes des démocrates : autant nous sommes attachés à notre religion, autant nous sommes attachés aux libertés individuelles", ajoute-t-il. Ainsi, Jamra et son président reconnaissent "à des Sénégalais le droit d'organiser des élections Miss ceci ou Miss cela et tirer plaisir à regarder des femmes se dévêtir du matin au soir. C'est leur droit". Par contre, "ils n'ont pas le droit d'utiliser un médium aussi puissant et massif que la télévision qui est notre bien collectif pour imposer ces images dégradantes à ceux qui ont choisi de ne pas aller les voir". En fait, ce qui "choque" le plus Latif et Jamra, ce sont "les scènes où l'acte sexuel est banalisé à la télévision nationale". "Un lourd héritage dont nous devons, à la faveur de l'alternance, nous débarrasser", estime M. Guèye qui ajoute que "l'outrage est encore plus flagrant sur les chaînes privées de télévision". La solution concernant ces dernières réside dans "le cahier des charges qui leur permet de diffuser leurs images au Sénégal". En outre, "les articles 6 et 7 de la loi instituant le Haut conseil de l'audiovisuel, exigent que l'institution de régulation des médiats veille à la protection de l'enfance et de l'adolescence". Pour Latif Guèye, c'est une question de "droit à consommer des images saines". "Ce qui ne veut pas dire que nous voulons d'une télévision insipide qui nous passe des sermons du matin au soir. Nous voulons d'une télévision de qualité qui ne servira plus de vecteur aux marchands de sexe facile", explique-t-il. Ce discours "a trouvé chez le ministère de la Communication et de la culture une oreille attentive parce qu'il était déjà dans des dispositions très favorables" . "Quant à nous, nous nous sommes retrouvés dans son slogan : forger un Sénégalais nouveau", dit Latif Guèye qui reconnaît que la Radio télévision nationale (Rts) a fait des "efforts" même s' "il y a encore des émissions débiles". Moussa DIARRA Les propositions de Jamra _Création d'une commission de visionnage comprenant un représentant du Conseil national de la jeunesse (Cnjs), un représentant d'une association de parents (Retraités par exemple), d'une association féminine (Fafs, Fdea par exemple) et d'une association de protection de l'Enfance (l'Assea, Centre de sauvegarde, par exemple), de deux religieux (musulman et chrétien) et un représentant du Hca, soit sept membres qui, en collaboration avec les services techniques de la Rts, visionneront en exclusivité les productions cinématographiques et télévisuelles, avant leur diffusion. Cette commission sera aussi associée, à titre simplement consultatif, dans la réflexion pour l'amélioration de la grille des programmes et le choix des heures de diffusion pour certaines productions. Car, l'objectif est de veiller à promouvoir une télévision de qualité, répondant aux aspirations et aux préoccupations des téléspectateurs, sans verser dans l'autoritarisme et la censure inutile. _Mission d'étude et d'échange au Maroc pour y s'inspirer de l'exemple de 2 M , chaîne internationale d'un pays musulman "ouvert, moderne, tolérant" qui "reprend la configuration et la technique communicationnelle du Canal Horizon en diffusant des productions récentes, ... expurgées de toutes les séquences choquantes, obscènes ou par trop violentes". _Une action vigoureuse contre la pornographie "sauvage ou discrète". Elle pourrait être engagée par le ministère de la Culture et de la Communication en collaboration avec le ministère de l'Intérieur, pour la suppression des salles clandestines (maisons privées !) de diffusion de films pornographiques (50 FCfa la séance). Tout comme pour le démantèlement des réseaux de commerce de vidéo-porno. _Deux actions majeures pour faire face au futur en renforçant l'armature morale des jeunes : encourager et soutenir la création artistique et culturelle à travers des émissions éducatives, la promotion des loisirs sains. Il s'agit aussi d'inscrire l'action de l'Etat dans une vision prospective : à l'instar du Congrès américain adopter une loi imposant aux importateurs de téléviseurs d'intégrer un "chips", puce électronique, programmable qui permet aux parents même absents de filtrer automatiquement les productions qu'ils ne souhaitent pas laisser voir par leurs enfants. Pour ce qui du réseau Internet, la solution des logiciels "sentinelles" comme "Surf Watch" ou "Net Nanny", intégrés aux systèmes informatiques, permet aux parents de programmer leurs navigateurs web afin de ne laisser que des sites "inoffensifs" à la disposition des enfants. ENTRETIEN AVEC DR OUMAR NDOYE, PSYCHOTHERAPEUTE "C'est trop tard..." La lutte de certaines Organisations non gouvernementales, à l'instar de Jamra, visant à l'assainissement des moeurs semble être un combat perdu d'avance. Tel est l'avis du Dr Oumar Ndoye, psychothérapeute à l'hôpital Fann. "Le combat de mon ami Latif Guèye est certes louable, mais il est trop tard. La société est en train de se transformer à une vitesse qu'on n'imagine pas" précise -t-il. Dr Oumar Ndoye suggère que les autorités s'y prennent autrement, puisque c'est un problème très complexe qui doit être traité comme tel. Sud Quotidien: De plus en plus, on présente le Sénégal comme un pays où les moeurs sont bafouées. Qu'est-ce qui l'explique, selon vous ? Dr Oumar Ndoye: Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter le cours de l'histoire. Le Sénégal à mon sens, est passé de l'animisme à l'islam de façon exagérée. On trouve rarement ailleurs, dans un pays arabe, le nombre de mosquées qu'il y a au Sénégal. Tout cela veut dire que les gens étaient enfermés dans des préceptes et lois qui répondaient à des normes spécifiques à un moment donné. Mais les choses ont évolué, la cité avec. Il y a une urbanisation de plus en plus dense. On ne peut pas reprocher au Sénégalais d'avoir gagné en ouverture, en stimulii. On ne peut pas non plus lui reprocher d'avoir découvert son corps. Il sait que son corps peut vibrer, jouir et apparaître comme un élément esthétique important dans la société. Mon travail, c'est d'aider les gens à mieux être dans leur tête. Donc, je ne peux pas défendre une thèse selon laquelle il faut tout lui fermer. Aujourd'hui, il s'est passé un déclic, c'est que les citadins ont découvert autre chose. Les gens laissés à eux-mêmes sont obligés d'inventer des solutions. Nous sommes donc dans l'après-coup. Il aurait pu y avoir une prévention et une prévision de ce phénomène. Mais cela n'a pas été le cas. Il y a de plus en plus de revues érotiques. Donc les gens ont su et appris qu'il y avait autre chose. Au fond, des armoires de nos épouses, il y a des revues qu'elles cachent. Les cassettes pornographiques circulent entre collégiennes. Ce qui veut dire que nous sommes dans l'après déclic. Il est donc trop tard. Actuellement, les gens ont intégré dans leurs comportements un dispositif psychique qui fait partie de leur fonctionnement. Les notions de liberté, de découverte de soi-même sont intégrées par l'individu. SQ: Cela signifie t-il que le combat de Jamra et autres est- vain ? O.ND: Je le pense. A moins de mettre en place un système dictatorial très fort, qui se mettrait à brimer de manière farouche les individus. Mais même cela n'éradiquerait pas ce qu'ils dénoncent. Parce que ce qui fait la force de l
Archive 2006 La degradation des moeurs au Senegal
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