Alerte sur le pétrole : « Le monde au bord du gouffre si le détroit d'Ormuz est bloqué », prévient Modibo Diop
Invité de l’émission Jury du Dimanche (JDD) sur Iradio, l’ingénieur polytechnicien sénégalais Modibo Diop a détaillé les conséquences économiques alarmantes de la crise opposant l’Iran, les États-Unis et Israël. Selon lui, « la perturbation du transport pétrolier dans le golfe Persique pourrait provoquer un choc énergétique et inflationniste majeur, avec des répercussions jusque dans les économies africaines ».
Au cœur des inquiétudes se trouve le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Large d’à peine 33 kilomètres, ce corridor voit transiter chaque jour une part considérable du pétrole mondial. Selon Modibo Diop, « environ 20 millions de barils de pétrole y circulent quotidiennement, transportés par de gigantesques pétroliers capables d’embarquer jusqu’à 300 000 tonnes de carburant ».
« Le monde consomme près de 100 millions de barils de pétrole par jour. Une grande partie de cette production passe par ce détroit. Si ce couloir est bloqué, c’est toute la chaîne logistique énergétique mondiale qui est perturbée », explique l’ingénieur.
Une flambée immédiate des prix
Les tensions militaires ont déjà eu des effets concrets sur les marchés. Le baril de référence Brent, qui sert d’indicateur pour près de 70 % du pétrole mondial, est passé d’environ 65 dollars à près de 110 dollars en quelques semaines. Pour l’expert sénégalais, cette hausse constitue une menace directe pour les économies importatrices, notamment en Afrique.
« Quand le prix du baril augmente, les États sont obligés d’ajuster leurs budgets. Certains pays ont déjà relevé les prix du carburant. Si la crise dure, des pays comme le Sénégal devront aussi envisager une vérité des prix », avertit-il. Au-delà du secteur de l'énergie, Modibo Diop redoute un effet domino. Selon lui, une crise énergétique pourrait rapidement entraîner une crise industrielle, une crise alimentaire, puis une crise financière mondiale.
Deux scénarios pour l'avenir
L’expert évoque deux trajectoires possibles pour les mois à venir. Le premier scénario est celui d'une crise courte : si les tensions se résorbent rapidement, les effets pourraient rester limités, bien que des ajustements de prix restent nécessaires. Le second scénario, beaucoup plus sombre, prévoit une crise prolongée. Dans ce cas, le baril pourrait atteindre 150 à 200 dollars, provoquant une inflation massive. « Une telle situation pourrait faire augmenter les prix de 30 % ou plus. Dans certains pays, cela peut même provoquer des crises politiques », estime Modibo Diop.
Le défi de la transformation locale en Afrique
Malgré la montée des énergies renouvelables, l’ingénieur reste convaincu que le pétrole demeurera indispensable. Les transports maritimes, l’aviation ou l’industrie lourde ne disposent pas encore d'alternatives viables au kérosène ou aux carburants marins. L’analyse de Modibo Diop pointe également une contradiction structurelle : l’Afrique produit du pétrole mais importe souvent ses produits raffinés. Il cite en exemple la raffinerie de Dangote au Nigeria, capable de traiter 650 000 barils par jour, comme un modèle à suivre pour briser cette dépendance.
« L’avenir de l’Afrique, c’est la transformation locale. Nous devons raffiner notre pétrole au lieu de l’exporter brut pour racheter les produits finis », insiste-t-il. Pour ce faire, il plaide pour l'émergence de « champions nationaux » soutenus par des politiques publiques cohérentes. Il conclut en affirmant que chaque pays africain doit encourager ses propres « Dangote », car le développement passe par un secteur privé national fort.
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