«Viols virtuels» : l’effarante affaire entre mari et femme qui choque l’Allemagne
Le 19 mars dernier, l’actrice et animatrice allemande Collien Fernandes a annoncé avoir porté plainte contre son époux, Christian Ulmen. Elle l’accuse de l’avoir «violée virtuellement», en diffusant à son insu des «deepfakes» à caractère sexuel pendant près de dix ans.
Dans la sphère publique, tout a commencé par un mot, écrit sur fond noir, via ses réseaux sociaux. «Tu m’as violée virtuellement», a écrit le 19 mars l’actrice et animatrice allemande Collien Fernandes. La révélation de la professionnelle de 44 ans, suivie par près de 550.000 abonnés, et qui travaille pour la ProSieben, troisième chaîne de télévision privée la plus regardée en Allemagne, provoque un tollé outre-Rhin. Car ce mot est à destination de son mari, Christian Ulmen, acteur de 50 ans. Connu pour ses rôles dans plusieurs séries, il a aussi été aperçu dans le film Les Particules élémentaires de Oskar Roehler, adaptation du roman de Michel Houellebecq.
Mais, dans l’ombre, l’histoire débute il y a dix ans, lorsque l’acteur a entamé une longue descente dans le dédale obscur des sites pornographiques. Peut-être est-ce là que l’époux — jusque-là modèle — a nourri son goût pour le voyeurisme et l’échangisme ? «Pendant des années, de faux profils ont été créés à mon nom. Cette personne envoyait de (fausses) photos nues et des vidéos sexuelles de moi, qui semblaient privées et devaient donner l’impression que je m’étais moi-même prise en photo nue et filmée pendant un rapport sexuel», a poursuivi Collien Fernandes dans sa missive, provoquant un tollé dans son pays. L’affaire a rapidement été comparée à celle de Gisèle Pelicot, violée pendant des années par son mari et par d’autres hommes tandis qu’elle était droguée à son insu.
«Mon corps a été volé»
Née à Hambourg d’un père d’origine indienne et d’une mère hongroise, l’ancienne mannequin recontextualise ainsi : «Cela commençait généralement par une conversation par e-mail (grâce à des adresses créées à mon nom). La personne parlait aux hommes au téléphone (en utilisant une voix générée par ordinateur qui imitait la mienne), et finalement, cela évoluait vers du sexe au téléphone. Des rendez-vous sexuels étaient arrangés puis annulés à la dernière minute. Une liaison sexuelle était promise.» Collien Fernandes précise que des discussions étaient parfois engagées jusque dans son cercle professionnel. «Les gens du secteur croyaient que j’étais derrière tout ça.»
Plus sordide encore, une vidéo particulièrement choquante, elle aussi générée par IA, envoyée par e-mail, dans une boucle avec des inconnus : «Ce même profil, qui était donc le mien, a envoyé un jour une “histoire érotique” par e-mail, dans laquelle 21 hommes étaient en train de me violer.» Pour l’accompagner un texte, écrit sous la forme d’un script, détaillait : «Des larmes coulaient des yeux marron café de Collien.» Dans sa publication, cette dernière ajoute alors : «L’histoire illustre combien je pleure, combien j’ai peur, combien j’ai mal. Après le viol, je reste allongée-là, immobile et couverte de sperme sur le sol pendant un moment.»
Des aveux le soir de Noël
Si son message public n’a que quelques jours, la plainte de l’animatrice, elle, date de 2024. Collien Fernandes explique avoir pris connaissance des premières vidéos d’elle il y a environ cinq ans. À cette époque, elle est en effet avertie que l’une d’entre elles circule dans un groupe d’hommes sur Internet. Celle-ci décide d’abord de parler publiquement de sa mésaventure sur ses réseaux sociaux et lors d’interviews. Bien qu’elle ne connût pas l’auteur des faits, elle souhaite alors dénoncer les violences numériques, et notamment les «deepfakes» (vidéos falsifiées grâce à une intelligence artificielle), dont les femmes sont les premières victimes. Elle explique : «Je n’ai pris conscience de tout cela que depuis quelques années, grâce à un déjeuner avec un producteur qui a mentionné de manière informelle “nos conversations privées”. En 2023, j’ai voulu que cela cesse enfin en rendant l’affaire publique. Néanmoins, le coupable a continué. Même pendant que je filmais un documentaire sur le sujet en 2024, le coupable poursuivait ses agissements, jusqu’à ce que les comptes soient bannis par certaines plates-formes.» L’une des vidéos aurait été visionnée plus de 270.000 fois.
Pendant plus d’un an, donc, Collien Fernandes cherche l’individu qui se cache derrière son malheur. En 2024, elle décide de porter plainte contre X pour qu’une enquête soit ouverte. Comme elle l’explique elle-même dans une interview donnée au magazine allemand Der Spiegel, qui l’a rencontrée en décembre dernier, c’est cette même année, le soir de Noël, que son mari — celui qu’elle a épousé quinze ans plus tôt, père de leur fille née en 2012 — lui avoue tout. «Pendant tout ce temps, l’agresseur était tout proche. Son nom : Christian Ulmen», explique-t-elle. Pris de panique face à l’ouverture d’une enquête, il se serait alors justifié en affirmant que «puisqu’il me possédait, il pouvait me mettre à la disposition d’autres hommes pour du sexe. Il m’a volé mon corps pendant des années.» À la suite de ces aveux, l’actrice et figure publique, installée en Espagne depuis peu avec sa famille, portera plainte contre son mari devant le tribunal de Palma de Majorque, dans les Baléares, rapporte de son côté Le Parisien .
Fétichisme sexuel
En septembre 2025, le couple a ainsi annoncé sa séparation, avant de divorcer officiellement en ce mois de mars 2026. Mais depuis plusieurs semaines, les spéculations sur les raisons de leur rupture étant trop fortes, Collien Fernandes s’est décidée à faire une mise au point, en prenant la parole dans un long message publié sur ses réseaux sociaux. Dans l’attente de son procès, Christian Ulmen se fait quant à lui discret. Le magazine allemand Der Spiegel a toutefois brièvement communiqué avec lui, par l’intermédiaire de son cabinet d’avocats. Celui-ci, qui a confié avoir «malheureusement développé un fétichisme sexuel» depuis une dizaine d’années, reconnaît les faits. «Il avait envoyé à ses interlocuteurs des vidéos disponibles sur des sites pornographiques en libre accès et dont les protagonistes ressemblaient à sa femme. Il évoque une pulsion difficilement maîtrisable chez lui, un comportement anormal et dit regretter ce qu’il a fait», explique l’hebdomadaire.
Dans son message, Collien Fernandes, qui n’a plus de contact avec son ex-époux, a poursuivi : «L’humiliation lui procurait du plaisir. Cela l’a excité de m’humilier pendant des années», a-t-elle encore écrit. Et de conclure : «Les violences conjugales et sexuelles arrivent tous les jours, dans tous les foyers, là où nous nous sentons en sécurité. Ça suffit.»
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