Au-delà de l’affaire Softcare : la confiance des investisseurs étrangers et le climat des affaires au Sénégal, des enjeux négligés (par Moustapha NDIAYE)
Alors que le député Guy Marius Sagna a multiplié récemment les prises de parole pour demander au ministère de la Santé d’accélérer l’enquête conjointe sur l’affaire Softcare, l’attention de l’opinion publique s’est largement focalisée sur la sécurité et la santé des consommateurs, ainsi que sur le manque de transparence des autorités concernant l’avancement de l’enquête.

Dans ce contexte, une question essentielle est pourtant restée largement ignorée. Les conséquences de cette affaire ne se limitent pas à Softcare, placée au centre du débat médiatique ; elles concernent également l’ensemble des entreprises, nationales et étrangères, qui observent attentivement le déroulement de cette crise au Sénégal.
Contrairement à Dr Moussa Diallo, très présent dans les médias, Softcare s’est exprimée de manière mesurée et limitée tout au long de cette affaire. L’entreprise a d’abord indiqué que l’usine avait été inspectée par une équipe de l’ARP. Elle a ensuite réfuté les accusations de « tentative de corruption » formulées par Dr Diallo. Plus récemment, Softcare a annoncé avoir engagé des poursuites judiciaires contre ce dernier, tout en rendant publics des rapports d’analyses produits par des laboratoires de référence reconnus. Dans le même temps, l’entreprise a réaffirmé sa volonté de coopérer pleinement avec les autorités et a appelé les consommateurs à attendre sereinement les conclusions finales de l’enquête conjointe.
Il est manifeste que Softcare a confiance dans la capacité de ses produits à satisfaire aux contrôles des organismes d’expertise indépendants ainsi qu’à l’enquête menée par les autorités. Toutefois, à la lumière des débats actuels, il apparaît clairement que l’opinion publique reste divisée et que les perceptions des consommateurs demeurent contrastées.
Si l’on adopte une perspective plus large et à plus long terme, les dommages causés par cette affaire ne se limitent pas à la confiance des citoyens dans le système de santé publique. C’est également le climat des affaires et, plus largement, les perspectives de développement économique du Sénégal qui sont affectés.
Imaginons un instant que vous soyez une entreprise étrangère déjà implantée au Sénégal, ou envisageant de s’y établir : que retiendrez-vous de l’affaire Softcare ?
Une entreprise étrangère s’installe au Sénégal, y construit une usine, emploie des travailleurs locaux, fabrique des couches pour bébés et des serviettes hygiéniques destinées aux consommateurs sénégalais et contribue aux recettes fiscales de l’État. À la suite d’allégations de problèmes de qualité non encore établies, ses produits se retrouvent dans l’impossibilité d’être commercialisés. Puis, après que les autorités autorisent la reprise des ventes, un agent public intervient publiquement pour remettre en cause la décision gouvernementale et accuse ouvertement l’entreprise de corruption.
Par la suite, l’ensemble de l’attention publique s’est déplacé vers les débats relatifs à l’action gouvernementale et aux procédures administratives, tandis que personne ne s’est réellement interrogé sur la situation actuelle de cette entreprise qui a pourtant créé, directement ou indirectement, des milliers d’emplois locaux.
Il ne fait aucun doute que Softcare est une entreprise représentative du secteur des produits d’hygiène au Sénégal. Les difficultés qu’elle traverse récemment constituent un coup sérieux porté à la confiance de l’ensemble des investisseurs étrangers opérant ou envisageant d’opérer dans le pays.
En septembre 2025, le gouvernement sénégalais a adopté un nouveau Code des investissements, renforçant l’égalité de traitement entre investisseurs nationaux et étrangers ainsi que les garanties juridiques, et encourageant explicitement les investisseurs étrangers à venir investir au Sénégal et à y implanter des unités de production locales. Ce cadre juridique protège clairement les droits de propriété, les droits d’exploitation et les voies de recours juridictionnel des investisseurs.
Lors du dernier Forum Invest in Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a également déclaré publiquement que l’amélioration du climat des affaires était essentielle pour attirer des partenaires issus de tous les horizons, favoriser le partage d’expertise et bâtir des coopérations mutuellement bénéfiques.
Or, l’affaire Softcare ne porte pas seulement atteinte à l’image de marque de l’entreprise ; elle apparaît également en contradiction manifeste avec la politique gouvernementale visant à attirer les investissements étrangers. Avant même la publication des conclusions de l’enquête, des prises de parole émanant de certains agents publics ont contribué à une condamnation médiatique fondée sur des éléments non vérifiés, une pratique qui ne saurait être considérée comme acceptable.
Si les investisseurs venus d’Europe, d’Amérique du Nord ou de la région Asie-Pacifique venaient à perdre confiance et à renoncer à investir au Sénégal, les conséquences seraient lourdes : ralentissement du processus d’industrialisation, baisse des recettes fiscales, aggravation du déficit budgétaire et du déficit commercial. Le pays risquerait alors de s’enfermer dans un environnement économique plus restrictif, moins innovant et moins dynamique, au moment même où, il y a quelques mois à peine, le Fonds monétaire international (FMI) soulignait que la situation budgétaire du Sénégal est sous pression, que la dette publique a fortement augmenté et que la soutenabilité de la dette est menacée.
Il ne s’agit nullement ici d’appeler les autorités à négliger la santé des consommateurs ou à privilégier exclusivement les intérêts des entreprises. La protection de la santé publique demeure une priorité absolue. Mais, parallèlement à cette exigence légitime, il est tout aussi nécessaire de créer et de préserver un environnement des affaires équitable et prévisible pour les entreprises qui contribuent réellement au développement local, afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Moustapha Ndiaye Journaliste
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