Budgets communaux : un déséquilibre silencieux qui freine le développement – le cas de Taïba Ndiaye (Matar Mamour Ndiaye)
La décentralisation constitue l’un des piliers de la gouvernance publique au Sénégal. Elle repose sur un principe fondamental : rapprocher la décision du citoyen afin de mieux répondre aux besoins locaux.
Toutefois, cette ambition se heurte, dans plusieurs collectivités territoriales, à une réalité
budgétaire préoccupante, marquée par un déséquilibre persistant entre dépenses de fonctionnement et dépenses d’investissement.
L’examen de la situation financière de la commune de Taïba Ndiaye, située dans le département de Tivaouane et regroupant 35 villages pour une population estimée à 30 000 habitants, permet d’illustrer cette problématique à l’échelle nationale.
Entre 2022 et 2026, le budget communal est resté pratiquement inchangé, passant de 985 909 685 FCFA à 998 187 819 FCFA. Cette évolution, en valeur absolue, ne saurait être assimilée à une simple stabilité. Rapportée à l’inflation, à la croissance démographique et à l’augmentation continue des besoins sociaux et économiques, elle s’analyse objectivement comme une perte de capacité économique et d’action publique, traduisant un recul de la situation locale.
Ce constat est d’autant plus interpellant qu’il contraste avec l’évolution des finances publiques nationales sur la même période. Le budget de l’État du Sénégal a connu une progression soutenue, traduisant un effort significatif en matière d’investissements structurants, de politiques sociales et de transferts financiers vers les collectivités territoriales.
Pour l’exercice 2026, ce sont 708 537 819 FCFA, soit environ 71 % du budget, qui sont affectés aux dépenses de fonctionnement, tandis que 289 650 000 FCFA, représentant environ 29 %, sont consacrés à l’investissement et aux infrastructures.
Il est par ailleurs révélateur de rappeler que la structure budgétaire de la commune n’a pas toujours été aussi déséquilibrée. En 2019, les dépenses de fonctionnement s’élevaient à 479 900 000 FCFA, soit environ 48 % du budget, tandis que les crédits consacrés à l’investissement atteignaient 519 000 000 FCFA, représentant environ 52 %.
La comparaison chiffrée de la structure budgétaire entre 2019 et 2026 permet de mesurer
concrètement l’ampleur de cette évolution.
Cette évolution met en évidence un renversement profond des priorités budgétaires. Alors qu’en 2019 l’investissement représentait la part majoritaire du budget communal, la situation s’est inversée en 2026, avec un fonctionnement largement dominant, confirmant que le déséquilibre budgétaire en défaveur de l’investissement n’a jamais été aussi marqué.
Au-delà des budgets votés, l’analyse des comptes de gestion apporte un éclairage complémentaire essentiel. Sur plusieurs exercices récents, les comptes de gestion font apparaître des niveaux de dépenses exécutées supérieurs aux prévisions inscrites dans les budgets primitifs. A titre d’exemple la situation d’exécution au 31 décembre 2024 montrait
déjà un niveau de recette de 1 228 143 879 FCFA.
Cette situation met en évidence un écart récurrent entre les autorisations budgétaires et l’exécution réelle, invitant à s’interroger sur la sincérité des prévisions de recettes et sur la cohérence globale de la programmation budgétaire. L’examen attentif de ces comptes révèle par ailleurs que le volume financier effectivement mobilisé dépasse régulièrement le seuil d’un milliard de FCFA, contrastant avec des budgets votés qui demeurent en deçà de ce niveau.
Il convient également de souligner que les compétences effectivement transférées aux collectivités territoriales demeurent limitées dans leur portée et leur champ d’intervention.
Dès lors, le niveau élevé des dépenses de fonctionnement interroge sur leur adéquation avec les missions réellement exercées et renforce la nécessité d’un rééquilibrage progressif en
faveur de l’investissement productif.
À Taïba Ndiaye comme ailleurs, le développement local exige une vision, des arbitrages responsables et une orientation claire des ressources publiques vers l’investissement. C’est précisément parce que les ressources sont limitées et les besoins immenses que la priorité devrait être donnée aux investissements capables d’améliorer durablement les conditions de vie des populations et de préparer des lendemains meilleurs.
Matar Mamour Ndiaye
Responsable Politique
Commentaires (19)
Cette répartition calamiteuse et excessive des ressources publiques explique l'état d'asphyxie budgétaire dans lequel se trouve aujourd'hui la commune de taiba aucune marge de manœuvre, aucune capacité d'investissement, aucune projection structurante pour répondre aux défis de notre chère commune🥲
Nous, les jeunes de la commune avons besoin de vérité de transparence et surtout de solutions durables.
Le débat est lancé et il est nécessaire.
En soulevant un « déséquilibre silencieux », Matar Mamour interpelle utilement les décideurs publics et les acteurs du développement sur la nécessité de réformes budgétaires plus équitables et mieux adaptées aux besoins des populations.
Merci Président Matar !
Comment peut on allouer les dépenses de fonctionnement à 71% et 29% à l’investissement et aux infrastructures .
Cela montre que les priorités du maire sont ailleurs.
Merci encore Matar Mamour Ndiaye pour la clarté ✅
Investissement et infrastructures 29%
Le maire travaille pour le maire ou bien pour la commune ? TAIBA NDIAYE NEKHNA !!!
La commune de Taïba Ndiaye illustre ainsi clairement la nécessité d’un rééquilibrage budgétaire en faveur de l’investissement, condition indispensable à un développement local réel et durable, conformément aux objectifs mêmes de la décentralisation.
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.