La honte d’une nation qui frappe ses étudiants (Par Dr Cheikhabdou Lahad MBACKE)
La honte d’une nation qui frappe ses étudiants
Aux autorités de la République du Sénégal,
Au Président de la République,
Au Gouvernement,
Aux responsables des forces de sécurité,
Hier, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ce n’est pas seulement l’ordre public qui a vacillé. C’est la conscience nationale qui a été brutalement piétinée.
Encore une fois, l’UCAD, ce haut lieu du savoir, de la pensée critique et de la formation de l’élite africaine, a été transformée en champ de bataille. Encore une fois, la jeunesse sénégalaise, pourtant porteuse d’espoir et d’avenir, a été traitée comme une menace à mater plutôt que comme une richesse à protéger. Et encore une fois, la violence a remplacé le dialogue.
La mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba, arraché à la vie dans des circonstances d’une extrême gravité, marque un point de non-retour. Aucun État qui se dit démocratique ne peut tolérer que des forces censées protéger les citoyens soient accusées de brutalités ayant conduit à la mort d’un jeune étudiant. Aucune raison, aucune justification, aucun prétexte sécuritaire ne peut excuser la perte d’une vie humaine.
Ce drame n’est pas un accident. Il est la conséquence directe d’un abandon prolongé du monde universitaire, d’un mépris persistant envers les revendications légitimes des étudiants, et d’une réponse systématiquement répressive à des problèmes sociaux profonds : précarité, bourses impayées, restaurants fermés, conditions de vie indignes, surpopulation des campus.
Comment s’étonner de la colère d’une jeunesse affamée, humiliée et abandonnée ?
Plutôt que d’investir massivement dans l’éducation, dans les infrastructures universitaires, dans la restauration, le logement et les bourses, l’État semble préférer investir dans les gaz lacrymogènes, les matraques et la répression. Ce choix est non seulement immoral, mais profondément dangereux pour la stabilité sociale du pays.
Le Sénégal ne peut pas continuer à sacrifier sa jeunesse sur l’autel de l’improvisation politique et de la brutalité institutionnelle.
Nous exigeons :
1. La vérité totale sur les circonstances de la mort d’Abdoulaye Ba ;
2. Une enquête
indépendante, impartiale et transparente ;
3. Des sanctions exemplaires contre tous les responsables, quels que soient leurs grades ;
4. Une réforme profonde de la gestion des crises universitaires, privilégiant le dialogue plutôt que la force ;
5. Des solutions durables aux problèmes structurels de l’enseignement supérieur.
Le sang d’un étudiant ne doit jamais devenir une statistique. Il doit être un électrochoc national.
L’histoire jugera sévèrement celles et ceux qui, par leur silence, leur inaction ou leur arrogance, auront laissé la violence s’installer dans les temples du savoir.
Le Sénégal mérite mieux.
Sa jeunesse mérite le respect, la justice et l’avenir.
Plus jamais ça.
Dr Cheikhabdou Lahad MBACKE
UMBC School of Public Policy
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