L’Afrique face aux crises du monde : subir ou se transformer ? (Par Moustapha BA)
Le monde traverse une période de turbulences majeures. La guerre au Moyen-Orient, les tensions sur le pétrole, la flambée des prix alimentaires, la hausse du coût du transport maritime et l’instabilité financière frappent durement les économies les plus fragiles. Une fois de plus, l’Afrique subit de plein fouet une crise qu’elle n’a pas créée.
Quand le pétrole augmente, ce sont les ménages africains qui paient plus cher le transport, l’électricité, les produits alimentaires et les biens de première nécessité. Quand les routes maritimes sont perturbées, ce sont les économies africaines qui voient leurs importations ralentir et leurs prix exploser. Quand les engrais deviennent rares, ce sont les agriculteurs africains qui produisent moins et les familles qui mangent moins.
Cette réalité doit nous pousser à une prise de conscience. L’Afrique reste encore trop dépendante des importations de carburants, de blé, d’engrais, de médicaments et de produits manufacturés. Cette dépendance est devenue son principal talon d’Achille. Tant que nous dépendrons des autres pour nous nourrir, nous déplacer, nous soigner ou produire, nous resterons vulnérables face aux crises du monde.
Mais cette crise peut aussi devenir un tournant historique. L’Afrique ne doit pas seulement chercher à survivre à cette nouvelle onde de choc. Elle doit en profiter pour accélérer sa souveraineté économique. Chaque crise mondiale rappelle une vérité simple : un continent qui dépend des autres pour son énergie, sa nourriture, ses médicaments et ses infrastructures reste fragile.
Le premier défi est énergétique. L’Afrique produit du pétrole, du gaz et de nombreuses ressources stratégiques, mais continue d’importer une grande partie de ses carburants raffinés. Cette situation coûte cher aux États et aux populations. Le continent doit investir dans les raffineries, les capacités de stockage, les réseaux électriques et les énergies renouvelables comme le solaire, l’hydroélectricité et l’hydrogène vert.
Le deuxième défi est alimentaire. La hausse des prix des engrais et des carburants menace directement la production agricole africaine. Les pays du continent doivent investir dans les industries locales d’engrais, dans l’irrigation, dans les semences adaptées au changement climatique et dans la transformation agroalimentaire. L’Afrique ne peut plus continuer à importer ce qu’elle est capable de produire elle-même.
Le troisième défi est commercial. Trop de pays africains commercent davantage avec l’Europe, l’Asie ou le Moyen-Orient qu’avec leurs propres voisins. Pourtant, les crises mondiales montrent qu’il est dangereux de dépendre excessivement de routes lointaines et de partenaires extérieurs. Le renforcement du commerce intra-africain, des infrastructures, des ports, des routes et de la Zone de libre-échange continentale africaine est désormais une nécessité.
Paradoxalement, certains pays africains pourraient tirer profit de cette situation. Les producteurs de pétrole et de gaz peuvent bénéficier de la hausse des prix de l’énergie. Certains ports africains peuvent aussi devenir des plateformes logistiques majeures dans le nouvel ordre économique mondial. Mais le vrai danger serait de gaspiller cette opportunité. Les revenus tirés du pétrole, du gaz ou du commerce doivent être investis dans l’éducation, la santé, les infrastructures, l’industrie et l’emploi des jeunes.
Au-delà de l’économie, l’Afrique a aussi un rôle diplomatique à jouer. Parce qu’elle entretient des relations avec toutes les grandes puissances, elle peut devenir une force d’équilibre. Elle ne doit pas choisir un camp par réflexe idéologique ou par dépendance politique. Elle doit défendre une ligne claire : condamner les massacres de civils partout, refuser les doubles standards et exiger le respect du droit international.
Le monde change. Les rapports de force se redessinent. Les anciennes puissances sont fragilisées, de nouveaux acteurs émergent et les ressources africaines deviennent plus stratégiques que jamais. L’Afrique a donc le choix : rester un terrain de concurrence entre les puissances ou devenir elle-même une puissance.
Cette crise est peut-être une menace. Mais elle peut aussi devenir une chance historique. À condition que l’Afrique cesse enfin de subir le monde et décide de le façonner.
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