PROTECTION CIVILE / GESTION DES RISQUES ET CATASTROPHES AU SENEGAL . ENJEUX ET PERSPECTIVES , ( Par Amadou F Canar DIOP)
Monsieur le président de la république a appelé lors du conseil des ministres du 25 février, à une transformation profonde du dispositif national de prévention et de gestion des risques.
L’expérience de ces dernières années a montré à quel point le Sénégal pouvait être affecté économiquement et socialement par les catastrophes naturelles causées entre autres par les changements climatiques (inondations, sécheresse, érosion côtière). C’est pourquoi, le Gouvernement a mis en place des stratégies de prévention et de gestion des catastrophes car bien qu’il soit impossible d’en éviter certaines, on peut par la prévention diminuer leurs impacts.
En effet, au rythme du changement climatique et du développement économique difficile à contrôler, le Sénégal subit une panoplie de risques majeurs. Ces risques majeurs sont non seulement des sources de vulnérabilité pour les populations, mais remettent en cause les équilibres environnementaux et le développement économique et social.
Certains effets du changement climatique sont déjà constatés : inondations, déficit pluviométrique favorisant les sécheresses, propagation de maladies sur le bétail et les végétaux, attaques acridiennes, déforestation etc.
En plus des causes naturelles, les risques sont aussi d’ordre technologique : accidents industriels, accidents du Transport de Matières Dangereuses (TMD) ,du transport maritime et de l’exploitation du pétrole et du gaz.
Le Sénégal a identifié dans son document de stratégie de réduction de la Pauvreté, les risques et catastrophes parmi les principaux facteurs qui empêchent la croissance et la réduction de la pauvreté, compte tenu de leurs impacts sur les personnes, les biens et l’environnement.
L’analyse structurelle a permis de définir la vulnérabilité du pays, les enjeux et défis mais aussi les perspectives de la réduction des risques et la gestion catastrophes au Sénégal.
Le Sénégal est exposé à quatre aléas naturels principaux : la sécheresse, l’invasion acridienne, les inondations avec les épidémies qui leur sont souvent associées, et l’élévation du niveau de la mer (la houle) dont la combinaison avec le déficit sédimentaire et les activités humaines le long des côtes cause une importante érosion côtière. Cette vulnérabilité s’explique par sa large ouverture sur l’océan atlantique sur 700 km de côtes, sa latitude le plaçant dans une zone de transition entre un climat sahélien et un climat guinéen qui provoque une forte fluctuation pluviométrique à l’intérieur du pays, et enfin l’existence de deux importants systèmes hydrographiques et d’un potentiel important en eaux souterraines, avec des nappes phréatiques assez superficielles en certains endroits. Cette vulnérabilité physique est accentuée par : un faible développement économique avec un PIB par tête de 1921 USD en 2025 et un faible indice de développement humain (PNUD) classant le Sénégal au 168ème rang (avec un IDH de 0,517) parmi 189 pays en 2022; la dépendance sur une agriculture non irriguée dépendante de la pluviométrie ; et une défaillance de l’aménagement du territoire.
Ce profil du pays en matière de risque de catastrophe et de vulnérabilité a permis de définir les voies et moyens pour arriver à une résilience.
C’est ainsi qu’une Plateforme nationale pour la prévention et la réduction des risques majeurs de catastrophes a été créée (Décret 2008-211 du 04 mars 2008, portant création d’une plateforme nationale pour la prévention et la réduction des risques majeurs de catastrophes.) A travers son Comité interministériel pour la réduction des risques de catastrophes, la Plateforme nationale est responsable de la promotion de l’intégration durable de la dimension prévention et réduction des risques de catastrophes dans les politiques et plans de développement, et stratégies de bonne gouvernance et de réduction de la pauvreté. Elle est également chargée entre autres de valider le programme national de prévention et réduction des risques de catastrophes qui est une vision à moyen terme dans le domaine, et de veiller à l’articulation de la Stratégie de réduction de la pauvreté et du programme de prévention et réduction des risques de catastrophes.
Enfin, le Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PANA) du Sénégal a été élaboré par le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature.
Malgré les efforts et progrès réalisés, trois défis majeurs nécessiteraient d’être levés.
D’abord, le mécanisme de gestion des risques et des catastrophes (GRC) n’est pas entièrement efficace à cause de la complexité et du manque de clarté du montage institutionnel, de la faiblesse des mécanismes légal, réglementaire et opérationnel qui le soutiennent, et de la méconnaissance par les acteurs de l’organisation existante de la GRC. Les mandats et rôles respectifs des différentes structures et institutions existantes au sein du système de GRC, ainsi que les liens entre elles, ne sont pas toujours clairement définis et formalisés, tels que les liens opérationnel et/ou hiérarchique entre la Plateforme nationale et la Commission Supérieure de la Protection Civile. La faiblesse des outils et mécanismes opérationnels limite l’opérationnalisation effective des mécanismes et arrangements institutionnels mis en place, et ne permet pas une coordination claire entre les différents acteurs, verticalement (entre les niveaux central, régional, départemental et local) et horizontalement (entre les secteurs et entre les structures inter ministérielles). Bon nombre de parties prenantes ne connaissent pas exactement le mécanisme de GRC existant et leurs responsabilités en son sein.
Ensuite, la structure et le profil actuels de la Direction de la Protection Civile (DPC) présentent des faiblesses qui ne lui permettent pas de mettre en œuvre efficacement ses mandats de coordination, de mobilisation et de facilitation des interventions et des acteurs sectoriels concernés et engagés dans la gestion des risques et des catastrophes (GRC).
Puis, la gestion locale des risques et des catastrophes est encore faible à cause d’une décentralisation encore limitée des ressources et des capacités de gestion des risques et des catastrophes (GRC) aux autorités locales. Ces autorités locales, principalement les collectivités territoriales décentralisées au niveau communal, n’ont pas assez de capacité pour mettre en œuvre les mandats et missions qui leur ont été confiés et transférés en matière de GRC. Il y a notamment un manque de connaissances, d’outils opérationnels concrets, de modèles et références pour servir de guides, et de ressources financières et matérielles, qui devraient être substantiellement renforcés. Etant donné leurs responsabilités dans l’aggravation des inondations dans certaines zones à risque, les autorités locales devraient être dotées des capacités techniques leur permettant de mieux contrôler les facteurs qui pourraient causer ou aggraver les inondations au niveau local (aménagement du territoire, assainissement, drainage, occupation des sols
Enfin pour la mise en œuvre d’une bonne stratégie de prévention, de réduction et de gestion des risques de catastrophe il faudrait :
1. La mise à jour et l’opérationnalisation de la plateforme nationale de prévention et de réduction des risques de catastrophes avec l’extension des réseaux, (journalistes, universitaires, élus locaux, femmes leaders, parlementaires etc.)
2. La mise en place d’une base de données accessible à tous ;
3. Le renforcement des capacités institutionnelles de la Direction de la Protection Civile ;
4. La réactualisation de textes législatifs et réglementaires en matière de Reduction des Risques de Catastrophes (RRC) ;
5. La mise en place d’un système d’alerte précoce national, fédérateur des systèmes d’alerte sectoriels pour une synergie des actions ;
6. L’opérationnalisation du Centre Opérationnel de Gestion Interministérielle des Crises (COGIC) ;
7. La construction et l’équipement d’un centre de formation en protection civile.
En définitive, bien que le Sénégal reste vulnérable à divers types de catastrophes, tout un mécanisme de réduction des risques de catastrophes a été mis en place afin d’y remédier en dépit des lacunes d’ordre institutionnel, technique, juridique et financier.
Toutefois, ces manquements pourraient être levés rapidement grâce à la volonté du gouvernement du Sénégal de faire de la réduction des risques de catastrophe, non seulement une priorité nationale mais aussi et surtout un élément essentiel de développement et de réduction de la pauvreté.
« La catastrophe n’est pas une fatalité, il faut la prévenir et s’y préparer pour l’éviter. »
Amadou F Canar DIOP
www.lapipe.sn
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