[Billet d'humour] Le Sénégal en buffering social ?
Le pays ne s’arrête plus vraiment. Il ne se met pas non plus en veille prolongée. Mais c'est comme un téléphone trop sollicité qui refuse désormais toute application sociale. Un secteur se fâche, un autre s’impatiente, un troisième observe… et très vite, la société entière ressemble à une réunion où tout le monde parle et personne n’écrit le procès-verbal.
Ici, ce n’est plus une grève, c’est une saison. On ne dit plus “mouvement social”, on annonce la météo : ciel chargé, vents revendicatifs, risques de blocages en série. Les transports ralentissent — avant, finalement, de desserrer un peu l’étau, histoire de laisser une chance aux discussions. Une pause, donc. Pas un retour au calme, plutôt une « on observe ».
Pendant ce temps, la santé proteste, l’école s’organise en mode “cours suspendus”, l’administration tousse sur ses propres procédures. Même les secteurs habituellement silencieux commencent à lever la main, comme des élèves longtemps sages qui découvrent soudain le droit de contester.
Le paradoxe, c’est que chacun a raison… dans son couloir. Mais une fois tous les couloirs réunis, on obtient un bâtiment sans sortie. Le pays ressemble alors à une grande salle d’attente où chaque guichet est en grève et chaque usager est convaincu d’être prioritaire.
Le pouvoir, lui, est au centre du tableau, comme un arbitre sans sifflet dans un match où les équipes contestent déjà les règles avant même le coup d’envoi. Gouverner devient un exercice d’équilibriste : répondre ici sans créer un précédent là, calmer un front sans en réveiller trois autres.
Et derrière cette agitation, une vérité plus ancienne s’impose. Les tensions actuelles ne naissent pas du jour au lendemain. Elles s’accumulent, s’empilent, sédimentent. Comme des dossiers qu’on repousse, des attentes qu’on ajourne, des compromis jamais vraiment soldés.
Mais à force de tirer sur tous les fils en même temps, c’est le tissu commun qui se fragilise. Chaque revendication, isolément légitime, devient collectivement un système sous pression. Et le pays découvre une équation simple et cruelle. Quand tout le monde bloque pour avancer, plus personne ne bouge.
La grève reste un droit, un langage, parfois une nécessité. Mais quand elle devient réflexe transversal, elle perd un peu de sa voix et gagne en bruit de fond. Elle ne signale plus seulement un problème, elle devient une ambiance. Reste à savoir si quelqu’un finira par retrouver le bouton “play”.
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