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Rufisque : La cantine scolaire, ce "plat de survie" qui sauve l'école et l'avenir

Auteur: Adama Sy / Ndéye Astou Konaté / Omar Pène

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Rufisque : La cantine scolaire, ce "plat de survie" qui sauve l'école et l'avenir

Au Sénégal, la cantine scolaire dépasse largement le cadre du simple repas de midi. Elle représente souvent l'unique réponse à la faim, le moteur de la réussite et l'ultime rempart contre le décrochage scolaire. Pourtant, cette réalité salvatrice reste une exception : moins de 15 % des établissements du pays en disposent. Ailleurs, des milliers d’élèves étudient le ventre vide, affaiblis et contraints à l’abandon.

Au Lycée Moderne de Rufisque, ce modèle a bouleversé le destin de milliers d'apprenants. Ici, manger à l’école n'est pas un privilège, mais une condition sine qua non pour apprendre et espérer.

08 heures : Un rituel vital pour bien débuter la journée

La journée commence par un rituel immuable. Avant le premier cours, les élèves se rassemblent en file indienne pour recevoir un gobelet de « Fondé », une bouillie chaude de mil ou de maïs. Ce petit-déjeuner, facturé seulement 50 FCFA, est une bouée de sauvetage qui permet aux élèves de tenir toute la matinée sans vertige ni fatigue. Pour les familles éprouvées par la cherté de la vie, c’est un soulagement quotidien inestimable.

La cuisine centrale : Le cœur battant de la solidarité

À quelques pas des salles de classe, la cuisine centrale s’active. Dans de grandes marmites bouillonnantes, des femmes rigoureusement formées et suivies médicalement transforment les produits du terroir. Mil, maïs, poisson et légumes proviennent directement des producteurs locaux, créant un cercle économique vertueux.

« Ici, nous préparons des repas sains et équilibrés. Nous nourrissons des enfants, mais surtout l’avenir du pays », confie Marème Coumba, présidente des cuisinières.

À l’heure du déjeuner, pour 100 FCFA, les élèves partagent un repas complet et chaud. Au-delà de la nutrition, ce moment efface les barrières sociales. « La cantine nous aide énormément. On mange ensemble, on partage et on économise. Cela soulage nos parents et nous évite de rentrer à pied à midi », témoigne un élève. Cet espace devient ainsi un lieu d'apprentissage du vivre-ensemble et de la solidarité.

Des résultats scolaires en nette progression

Les bénéfices ne sont pas seulement sanitaires, ils sont pédagogiques. L’administration et les enseignants notent une baisse drastique de l’absentéisme et une amélioration sensible de la concentration. Henry Diouf, responsable des cantines au sein du Groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural (GRDR), est catégorique : « Un enfant qui mange correctement est plus attentif, plus calme et plus performant. La cantine est un véritable levier de réussite. »

Madame Kandé, censeur du lycée, confirme cette dynamique positive qui redonne de l'ambition aux élèves.

Un défi de taille : Nourrir 3 500 élèves chaque jour

Le défi logistique est immense. Mamoune Ovense Ndiaye, président de l’Association des parents d’élèves (APE) et gestionnaire de la structure, précise que la cuisine centrale dessert 10 établissements et prépare dix marmites géantes quotidiennement. Ce succès repose sur une synergie entre parents, collectivités locales et partenaires techniques comme le GRDR.

Toutefois, ce modèle reste fragile. Si des initiatives similaires existent à Saint-Louis ou Kolda, souvent avec l'appui du PAM ou de Counterpart International, la question de la pérennisation après le départ des bailleurs inquiète. Henry Diouf appelle d'ailleurs les autres établissements à s'inspirer de l'autonomie financière de Rufisque.

Malgré ces succès locaux, l'urgence demeure. Financements insuffisants, matériel de cuisine précaire et absence de réfectoires adaptés freinent la généralisation du modèle. Pourtant, l'équation est simple : les écoles sans cantine enregistrent des taux de réussite plus faibles.

Généraliser les cantines scolaires au Sénégal n'est pas un luxe, c'est un acte de justice sociale. À Rufisque, l'assiette a redonné de la dignité aux enfants. Car un enfant qui mange est un enfant qui apprend ; un enfant qui apprend est un pays qui construit son avenir.

Auteur: Adama Sy / Ndéye Astou Konaté / Omar Pène
Publié le: Lundi 12 Janvier 2026

Commentaires (2)

  • image
    Constat il y a 13 heures
    excellente initiative.
    Yalla nalèèn Yalla Takhawou!
  • image
    Samba ka il y a 3 heures
    Les cantines scolaires jouent un rôle important dans le système scolaire sénégalais c'est un système à pérenniser
    Merci à l'ong counterpart Sénégal qui jouent un rôle important dans les régions de kolda et sedhiou

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