Financement de la santé : parlementaires, élus locaux et société civile mobilisés pour renforcer les ressources domestiques
Le siège du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) a accueilli, ce mardi, un important atelier de plaidoyer consacré à la mobilisation des ressources domestiques dans le cadre du dialogue pays pour la demande de financement du GC8 du Fonds mondial. Organisée par le Comité de suivi, de veille et d’alerte (CSVA), en partenariat avec Coalition Plus et Expertise France, cette rencontre a réuni parlementaires, élus locaux, acteurs du secteur privé, responsables de programmes de santé et organisations de la société civile. Cette initiative intervient dans un contexte mondial marqué par la raréfaction des financements internationaux dédiés à la santé. Après plus de deux décennies d’investissements massifs du Fonds mondial dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, les conséquences de la pandémie de COVID-19 ainsi que le retrait de plusieurs partenaires, notamment l’USAID, ont fragilisé les mécanismes de financement des programmes sanitaires dans plusieurs pays, dont le Sénégal.
Les participants ont particulièrement insisté sur la baisse de plus de 30 % de l’allocation du Fonds mondial destinée au Sénégal pour le cycle GC8 couvrant la période 2027-2029. Une situation qui renforce l’urgence de développer des mécanismes de financement endogènes afin d’éviter un recul des acquis obtenus dans la lutte contre les grandes pandémies.
Médecin à la Direction générale de la Santé, Dr Cheikhou Sakho a souligné la nécessité pour le Sénégal de réduire progressivement sa dépendance aux financements extérieurs. « Nous sommes dans un contexte mondial de raréfaction des ressources et de compétition exacerbée pour accéder aux financements. Jusqu’à présent, nos programmes étaient largement tributaires des financements extérieurs. Aujourd’hui, il devient indispensable de mobiliser davantage de ressources domestiques pour soutenir durablement les programmes de santé », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur la nécessité d’une approche multisectorielle de la santé, estimant que tous les départements ministériels doivent contribuer à l’amélioration des conditions sanitaires des populations.
Responsable du CSVA, Aïssatou Ndiaye a rappelé que cet atelier vise à sensibiliser les parlementaires et les élus locaux sur les enjeux liés au financement de la santé. « La santé au Sénégal est aujourd’hui menacée par la raréfaction des ressources internationales. Nous devons mobiliser les ressources endogènes pour préserver les acquis obtenus grâce aux partenaires internationaux », a-t-elle expliqué. Elle a également plaidé pour une réforme de la nomenclature budgétaire des collectivités territoriales afin de garantir une meilleure prise en compte des dépenses de santé dans les budgets locaux.
Même constat du côté de Papa Abdoulaye Dème, coordonnateur Afrique de Coalition Plus, qui estime que la durabilité de la réponse sanitaire ne peut plus reposer uniquement sur l’aide extérieure. « Après plus de vingt ans de progrès dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, nous faisons face à de nouveaux défis liés à la baisse des financements internationaux. Il devient indispensable de repenser les mécanismes de financement et de renforcer les investissements nationaux et locaux », a-t-il soutenu. Le Dr Awa Diagne du Conseil national de lutte contre le sida a, pour sa part, insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté sanitaire du Sénégal à travers une mobilisation accrue et durable des ressources nationales. « La santé ne doit pas être perçue comme une charge, mais comme un investissement essentiel pour le développement économique et social du pays », a-t-il affirmé.
Présente à cette rencontre au nom de la commission santé de l’Assemblée nationale, la parlementaire Boye Baby a salué une initiative qui intervient à un moment crucial pour l’avenir du financement du système de santé sénégalais. « La mobilisation des ressources internes n’est plus une option. Elle devient une nécessité stratégique pour garantir la continuité des programmes de santé et préserver les acquis obtenus au prix de tant d’efforts », a-t-elle déclaré.
Au terme de ces deux jours de travaux, les organisateurs espèrent aboutir à des recommandations fortes destinées à renforcer l’engagement des pouvoirs publics, des collectivités territoriales et du secteur privé en faveur d’un financement durable de la santé au Sénégal.
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