Massacre de Thiaroye : un tableau historique ignoré par l’Etat et convoité par le Mali
Il en a fait un rendez-vous incontournable depuis son accession à la magistrature suprême. Le 1er décembre dernier, le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, commémorait le 81e anniversaire du massacre de Thiaroye. Cet évènement sombre au cours duquel des tirailleurs africains ont perdu la vie sous les canons des troupes coloniales et des gendarmes français au camp militaire de Thiaroye.
Une tuerie qui aurait provoqué la mort de 35 ou 70 personnes selon le bilan officiel. Un bilan balayé d’un revers de main par les auteurs du livre blanc remis au chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, qui parle de 300 à 400 morts. Ce devoir de mémoire, un artiste sénégalais l’avait déjà effectué en 1977 : Moustapha Wade.
L’œuvre, qui s’intitule le « Massacre de Thiaroye », se caractérise par des couleurs vives et une superposition de visages. Par endroit, on peut constater des impacts de balles sur le corps de personnages en détresse.

Au-delà de rendre hommage aux victimes de cette tragédie, l’artiste est intimement lié à cet épisode de l’histoire en raison de la perte de son oncle sous les balles de colons. Diplômé des Beaux-Arts de Moscou, le tableau était exposé dans la capitale russe depuis des années avant d’être racheté par un collectionneur français qui vivait à Gorée et aujourd’hui décédé.
Ce dernier, souhaitant s’en séparer, s’est rapproché de Moctar Sidibé, promoteur de la plateforme Kucibok, destinée à structurer l’écosystème de l’art africain. C’est dans son bureau que le tableau de Moustapha Wade est désormais exposé loin des regards du public. Une situation que Moctar Sidibé souhaite corriger. Estimé à 100.000 de Fcfa, le tableau serait à la recherche d’un repreneur mais pas n’importe qui ou lequel.
Son détenteur actuel a entrepris, depuis deux ans, des démarches afin de remettre à l’Etat ce qu’il considère comme un patrimoine. « Nous avons tenté de contacter plusieurs fois des organismes, à commencer par le ministre de la Culture, ensuite la directrice de la gestion du patrimoine sénégalais qui se trouve en ville, mais rien. Donc aujourd’hui, nous avons des appels du Mali qui est prêt à nous sortir une enveloppe pour qu'on le leur donne, parce que Moustapha Wade a passé beaucoup de temps au Mali aussi, donc il se retrouve aujourd’hui dans ce tableau-là, et je trouve que c'est dommage », prévient Moctar Sidibé dans les allées de la 4e édition du Gitex Afrique Maroc.
Alors que de nombreux Etats africains s’activent pour la restitution des biens pillés au continent à l’époque coloniale, le jeune entrepreneur dans le monde de l’art estime que le Sénégal est en train de faire la même erreur en ne reprenant pas une œuvre qui, à ses yeux, est inestimable. La position de l’Etat est d’autant plus curieuse car Moctar Sidibé propose de le remettre gracieusement. A cela s’ajoute le contexte de la célébration annuelle du massacre de Thiaroye instituée depuis 2 ans par le régime actuel.
Ayant rendu l’âme, Moustapha Wade aurait à son actif plus de 3000 œuvres. Une bonne partie de ses réalisations sont en possession de ses proches.
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