« Le métier est mort » : Le cri du cœur déchirant des photographes de presse sénégalais !
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 3 mai, Seneweb met en lumière la situation des photojournalistes au Sénégal. Entre précarité persistante, recul du terrain et transformations numériques, le métier semble perdre progressivement sa place au sein des rédactions.
Une image vaut mille mots, dit l’adage. Dans le monde des médias, en journalisme, l’image a toujours occupé une place singulière. En presse écrite, elle capte l’instant, donne chair à l’événement et prolonge le récit écrit. Pourtant, au Sénégal, ceux qui en sont les artisans peinent à trouver leur place. Ils deviennent de plus en plus invisibles dans les rédactions sénégalaises. « Le métier de la photographie est presque mort dans les rédactions », affirme Abdou Cissé, photojournaliste au quotidien *Le Quotidien*. Ce professionnel, qui compte plus de 20 ans d’expérience, souligne une raréfaction des professionnels formés. « Ceux qu’on peut réellement appeler des photojournalistes sont très peu nombreux », insiste Abdou Cissé. Ce qui est en cause, selon lui, ce n’est pas seulement le nombre, mais le manque de professionnalisme de certains photojournalistes. « Beaucoup ne savent pas détecter l’information », explique-t-il. Une critique qui renvoie à la nature même du photojournalisme, où l’image ne se limite pas à illustrer, mais doit parfois révéler ce que le texte ne dit pas. « Une photo doit parler. Elle doit permettre à quelqu’un qui n’était pas présent de comprendre l’événement », souligne-t-il. Mais pour Cissé, « beaucoup des photographes n’ont pas cet œil journalistique ».
Un constat que partage Ndèye Seyni, photographe au quotidien national *Le Soleil*, qui pointe le manque de formation des jeunes. « Le métier est aujourd’hui déstructuré, notamment parce que les jeunes ne se forment plus suffisamment », affirme-t-elle.
Par ailleurs, l’exigence du métier se heurte aujourd’hui à une autre réalité tout aussi terne. Dans de nombreuses rédactions, le recours aux banques d’images et aux moteurs de recherche s’est banalisé. « On préfère aller sur Google plutôt que d’envoyer un photographe sur le terrain », déplore Abdou Cissé. Une pratique qui, selon lui, traduit un manque de considération pour le métier et participe à son effacement progressif. Dans certaines manifestations publiques, la présence de photojournalistes devient même exceptionnelle. Pourtant, selon Ndèye Seyni, le regard du photographe sénégalais reste irremplaçable pendant certaines manifestations, car elles s’inscrivent dans un contexte social et culturel qu’un regard extérieur ne maîtrise pas forcément. « Ces images ne traduisent pas toujours la réalité locale », insiste-t-elle
.
Cette absence de photographes dans certaines rédactions, Raymond Khoury la relie aussi directement aux choix économiques des médias. « Les rédactions locales ne veulent plus investir dans les photographes », explique cet ancien collaborateur d’agence de presse. Et pour ceux qui exercent encore, les conditions restent difficiles. « C’est très compliqué de vivre de ce métier », confie Raymond. Il évoque des paiements tardifs, parfois plusieurs mois après la publication, et une absence de visibilité sur la vente des images. D’ailleurs, dans certains cas, les photographes travaillent sans contrat, sans garantie et sans prise en charge des frais de terrain. Abdou Cissé évoque, lui aussi, un manque de reconnaissance, notamment dans les rédactions privées où les photojournalistes sont peu valorisés.
À cette précarité s’ajoute l’impact du numérique. Smartphones et réseaux sociaux ont profondément modifié la production d’images. « Aujourd’hui, certains journalistes préfèrent prendre eux-mêmes les photos », observe Abdou Cissé. Une solution pratique, mais qui interroge sur la qualité du rendu.
« On peut prendre une image, mais cela ne remplace pas un regard formé », répond Ndèye Seyni. Elle insiste sur la différence entre produire une photo et produire une information visuelle. À ces maux s’ajoute la confusion entre photographie de presse et photographie événementielle. Mariages, baptêmes, cérémonies… Certains profils passent d’un univers à l’autre sans transition alors que « ce ne sont pas les mêmes exigences », rappelle Ndèye Seyni, qui insiste sur la nécessité d’une lecture journalistique de l’image.
Toutes ces difficultés redessinent le paysage du photojournalisme au Sénégal. En effet, le métier se trouve fragilisé sur plusieurs fronts. Et pourtant, l’image n’a jamais été aussi centrale dans la circulation de l’information, surtout à l’heure de la désinformation.
Commentaires (1)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.