Crise de la dette au Sénégal : Face au mur de la transparence et des choix difficiles
Depuis près de deux ans, la question de la dette publique sénégalaise alimente débats, controverses et spéculations. Révélée au grand public en 2024 par les autorités issues de l’alternance, la situation réelle de l’endettement de l’État continue de susciter incompréhensions et crispations. Invité du "Jury du Dimanche" sur Iradio, le professeur Abdoulaye Ndiaye, économiste à la New York Université, apporte un éclairage sans détour : le Sénégal est confronté à une dette sous-estimée, dont la gravité impose désormais des décisions courageuses. Pour l’économiste, le débat sémantique doit être dépassé. La dette qualifiée de « cachée » ne signifie pas qu’elle n’existe pas juridiquement, mais qu’elle n’a pas été correctement déclarée aux partenaires financiers internationaux, notamment au Fonds monétaire international (FMI), créancier de dernier ressort. Les chiffres avancés sont sans précédent : environ 11 milliards de dollars de dette non reportée selon les standards internationaux, un niveau qui place le Sénégal parmi les cas les plus graves de sous-déclaration observés à l’échelle mondiale. Cette situation résulte principalement d’un décalage entre les engagements contractés et les décaissements effectivement comptabilisés, faussant ainsi la lecture réelle de l’endettement public. « Nous sommes face à un mur. La question n’est plus de savoir s’il existe, mais comment en sortir », tranche Abdoulaye Ndiaye.
Un choc de vérité pour l’économie sénégalaise
Loin d’un débat politicien opposant pouvoir et opposition, l’économiste appelle à une lecture lucide et collective de la situation. La dette devra être honorée, intérêts compris. Les marges de manœuvre budgétaires s’en trouvent mécaniquement réduites, dans un contexte international marqué par la hausse des taux d’intérêt et le recul de l’aide au développement. Cette conjoncture rend la crise plus aiguë : moins de financements concessionnels, plus de contraintes de remboursement et une pression accrue sur les finances publiques. Pour Abdoulaye Ndiaye, la priorité doit être donnée à la transparence totale afin de restaurer la crédibilité de l’État auprès des partenaires et des citoyens.
La Cour des comptes comme boussole institutionnelle
Dans ce contexte, le rapport de la Cour des comptes apparaît comme un document central. L’économiste insiste sur son caractère national et souverain : il s’agit d’une institution sénégalaise, dotée de compétences reconnues, dont les conclusions doivent servir de base aux discussions. Il appelle également à la publication intégrale de tout audit ou rapport ayant servi à établir l’état réel de la dette, estimant que l’accès à l’information est un droit fondamental du citoyen et une condition indispensable à un débat apaisé.
Sortir de la crise : rigueur, choix et réformes structurelles
Si le diagnostic est sévère, Abdoulaye Ndiaye refuse toute posture fataliste. La sortie de crise passe, selon lui, par une combinaison de rigueur budgétaire, de priorisation des dépenses et de réformes structurelles profondes. L’État doit se recentrer sur son rôle de régulateur et de facilitateur, en laissant davantage de place au secteur privé pour la création de richesses et d’emplois. La réduction des rentes, l’amélioration de la productivité et une meilleure mobilisation des recettes fiscales constituent des leviers incontournables. « La dette n’est pas une fatalité, mais son déni l’est », avertit-il. Au-delà des chiffres, la crise de la dette pose une question de gouvernance. Elle met à l’épreuve la capacité du Sénégal à affronter ses réalités économiques avec responsabilité, transparence et pédagogie. Pour le professeur Ndiaye, c’est aussi un moment de vérité démocratique : dire la vérité aux citoyens, même lorsqu’elle est difficile, est le seul chemin vers une sortie durable de l’impasse.
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