Crise de la dette : Le « J’accuse » d’Alioune Tine contre le FMI et le gouvernement du Sénégal
Alors que le Sénégal traverse une zone de fortes turbulences économiques, la figure de proue de la société civile, Alioune Tine, sort de ses gonds. Dans un réquisitoire sans concession en marge du lancement ce vendredi du rapport Ndiaye-Kessler, le fondateur d’Afrikajom Center place le gouvernement et les institutions financières internationales devant leurs responsabilités face à la question de la dette devenue un enjeu de survie et de droits humains.
Pour le défenseur des droits de l’homme qui réagissait sur le sujet lors de la journée Agora/Penc, la crise de la dette n’est plus une simple équation comptable, mais un péril générationnel qui menace le peuple sénégalais. « La crise de la dette est une épreuve pour ce régime. C’est même son épreuve qualifiante. C’est de la réussite ou de l’échec de cette stratégie que l’on va apprécier », souligne-t-il. « En cas d’échec, nous ne serons pas les seules victimes. Même les prochaines générations pourraient l’être », prévient-il avec gravité.
Saluant l’opportunité que le rapport Ndiaye-Kessler offre aux populations, Tine dénonce avec véhémence le fait que le contribuable sénégalais n’est pas associé dans les négociations autour de cette dette et dans la recherche d’option d’atténuation qui auront à coup sûr un impact sur sa vie, étant entendu que « chaque dette contractée est une taxe pour le futur ». « La dette c’est nous qui la payons. Donc nous avons notre mot à dire », tonne-t-il.
Derrière ces chiffres et taux astronomiques (entre 119 % à 130 % du PIB), il voit les visages de milliers de Sénégalais « gorgorlou » qui seront durement impactés sans même avoir une idée précise sur les vrais enjeux.
« La question de la dette pour nous c’est : demain qu’est-ce qu’on va manger ? Est-ce qu’on pourra payer la scolarité de nos enfants ? », confie-t-il.
Le FMI au banc des accusés
Dans son réquisitoire de feu, Alioune Tine a lancé une interpellation directe au Fonds monétaire international (Le FMI). Alors que le débat sur la « dette cachée » estimée à plusieurs milliards de dollars sous l’ère Macky Sall continue de secouer la République, Alioune Tine refuse d’exonérer l’institution de Washington.
« Le FMI a une responsabilité totale. Il ne peut pas dire qu’il ne savait pas », martèle-t-il, rejoignant ainsi la ligne de défense du Premier ministre Ousmane Sonko. Pour Tine, « le FMI doit des explications au peuple sénégalais » et ne peut plus se contenter d’imposer des « recettes » sans une concertation réelle avec les populations qui, en bout de chaîne, paient la facture.
À l’en croire, le remboursement de cette créance ne doit donc jamais se faire au détriment des droits économiques et sociaux. Il appelle les bailleurs à intégrer dans les négociations le « respect des droits humains », plus prioritaire que toute autre considération. « Il faut respecter les droits fondamentaux de l'homme, notamment les droits économiques, sociaux et culturels. C’est une très forte recommandation de beaucoup d’économistes. (…) Nous voulons payer la dette, mais il nous faut vivre et nous développer », insiste M. Tine.
Alertant sur un potentiel effet domino que la situation sénégalaise pourrait avoir sur le système bancaire de l’Uemoa où l’État lève des fonds depuis un certain temps, il appelle à l’annulation pure et simple de la dette.
Au gouvernement du Sénégal notamment au Premier ministre qui refuse mordicus à aller vers la restructuration, Alioune Tine somme d’arrêter de décider en vase clos. « Le gouvernement ne peut pas venir nous balancer un truc (une option, NDLR) et nous laisser endurer les conséquences demain », conclut-il.
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