Cyberattaques et finances publiques : « Le Sénégal doit protéger ses données stratégiques pour préserver sa souveraineté »
Face à la montée des cyberattaques visant les institutions publiques, la question de la sécurisation des données devient un enjeu stratégique pour la gouvernance financière. C'est du moins l'avis de la docteure Marième Niana Thiam, enseignante-chercheuse et senior coordinatrice du programme à IBP Sénégal. Elle alerte sur les risques que ces attaques font peser sur l’État, notamment dans un contexte marqué par les défis liés à la dette publique.
Alors que les finances publiques occupent une place centrale dans le débat national, un nouveau risque s’impose progressivement : la vulnérabilité numérique des institutions publiques.
Lors d’un atelier de formation destiné aux journalistes, elle a insisté sur la nécessité de mieux comprendre les enjeux de la dette, tout en insistant sur la menace grandissante des cyberattaques contre les structures stratégiques de l’État.
Selon l’experte, la multiplication des cyberattaques constitue aujourd’hui un défi majeur pour la gouvernance publique au Sénégal. « Depuis un certain temps, le Sénégal est confronté à une recrudescence des cyberattaques. Cela représente un risque important, notamment pour les institutions qui gèrent des données sensibles liées aux finances publiques et à l’Administration », explique-t-elle.
Docteure Thiam souligne que certaines structures jouent un rôle névralgique dans la gestion des ressources publiques et dans la centralisation des données administratives. Une faille de sécurité dans ces systèmes pourrait avoir des conséquences lourdes sur la gestion de l’État et sur la confiance des citoyens.
Des secteurs stratégiques particulièrement exposés
La spécialiste attire notamment l’attention sur des institutions clés comme les services chargés du Trésor public, de la fiscalité ou encore des bases de données administratives. « Ces structures centralisent des informations essentielles, qu’il s’agisse des recettes fiscales ou des données d’état civil. Une cyberattaque ciblant ces systèmes pourrait perturber gravement le fonctionnement de l’Administration et fragiliser les finances publiques », avertit-elle.
Au-delà des pertes financières potentielles, ces attaques peuvent compromettre la souveraineté numérique du pays et exposer des informations stratégiques à des acteurs malveillants.
Face à ces menaces, la Dre Thiam estime que le renforcement de la cybersécurité doit devenir une priorité nationale.« L’État du Sénégal doit investir davantage dans la cybersécurité pour protéger ses infrastructures numériques et garantir la sécurité des données publiques », insiste-t-elle.
La senior coordinatrice du programme à IBP Sénégal souligne que la protection des systèmes informatiques est désormais indissociable de la gestion efficace des finances publiques, particulièrement dans un contexte marqué par les défis liés à la dette et à la mobilisation des ressources internes.
Au-delà des investissements technologiques, l’experte met également l’accent sur le rôle de la formation. « La cybersécurité et l’intelligence artificielle sont des domaines d’avenir. Il est essentiel d’encourager les jeunes Sénégalais à se former dans ces secteurs afin de renforcer la capacité du pays à faire face aux menaces numériques », plaide-t-elle.
L’atelier qu’elle a animé visait également à renforcer les capacités des journalistes sur les questions de finances publiques, notamment la dette intérieure, la dette extérieure et les instruments de financement de l’État.
Selon elle, une meilleure compréhension de ces notions permet aux médias de jouer pleinement leur rôle de relais d’information et de contribuer à un débat public éclairé, dans un contexte où la transparence et la sécurité des données deviennent des enjeux majeurs.
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