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Dans les coulisses des projets d’intégration monétaire africaine

Auteur: Aicha FALL

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Dans les coulisses des projets d’intégration monétaire africaine

Les débats sur l’intégration africaine mettent souvent en avant la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les infrastructures régionales ou encore les projets de coopération économique. Les questions monétaires occupent pourtant une place tout aussi déterminante. Comment faciliter les échanges entre pays utilisant des monnaies différentes ? Faut-il avancer vers davantage de coopération entre banques centrales ? Comment construire des marchés financiers capables de financer la transformation économique du continent ? Ces sujets mobilisent depuis plusieurs décennies des institutions spécialisées dont l’une des moins connues est le Centre africain d’études monétaires (CAEM).

Créé sous l’égide de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le CAEM a pour mission d’accompagner la réflexion sur les questions monétaires, financières et bancaires en Afrique. Son travail consiste principalement à produire des études, des analyses et des recommandations destinées aux gouvernements, aux banques centrales et aux organisations régionales engagées dans les processus d’intégration économique.

L’existence d’un tel organisme s’explique par une caractéristique souvent sous-estimée du continent africain. L’Afrique compte aujourd’hui plus de quarante monnaies nationales et plusieurs unions monétaires régionales. Cette diversité monétaire reflète l’histoire politique et économique des États africains, mais elle peut également constituer un obstacle au développement des échanges intra-africains.

Selon les données de la Banque africaine de développement et de la Commission économique pour l’Afrique, le commerce intra-africain représente environ 15 % à 18 % du commerce total du continent selon les méthodes de calcul retenues. Ce niveau reste nettement inférieur à celui observé en Europe ou en Asie. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment les infrastructures, les barrières réglementaires ou les coûts logistiques, mais les questions monétaires jouent également un rôle.

Chaque transaction entre deux pays utilisant des devises différentes entraîne des coûts de conversion, des risques de change et parfois des délais supplémentaires. Pour une entreprise qui exporte ses produits vers plusieurs marchés africains, ces contraintes peuvent représenter une charge significative.

C’est dans ce contexte que le CAEM mène depuis plusieurs années des travaux sur l’intégration monétaire et financière du continent. L’institution s’intéresse notamment aux mécanismes permettant de faciliter les paiements transfrontaliers, d’améliorer la coopération entre banques centrales et de renforcer les marchés financiers régionaux.

Ces réflexions ont pris une nouvelle dimension avec le développement de la ZLECAf. Signé en 2018 et entré en vigueur en 2019, cet accord vise à créer la plus vaste zone de libre-échange au monde en nombre de pays participants. Or, la réduction des droits de douane ne suffit pas à elle seule à fluidifier les échanges. Les entreprises doivent également pouvoir régler leurs transactions de manière efficace et à moindre coût.

Le lancement du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), soutenu notamment par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), illustre cette préoccupation. Ce mécanisme permet progressivement aux entreprises africaines d’effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies locales sans devoir systématiquement passer par des devises internationales comme le dollar ou l’euro. Les travaux de réflexion menés par des institutions comme le CAEM s’inscrivent dans cette même logique de réduction des coûts de transaction au sein du continent.

Les unions monétaires existantes constituent également un sujet d’étude important. L’UEMOA, qui partage le franc CFA et une banque centrale commune, ou encore la CEMAC en Afrique centrale offrent des expériences concrètes d’intégration monétaire. Ces espaces représentent des laboratoires grandeur nature permettant d’observer les avantages, mais aussi les contraintes d’une monnaie partagée entre plusieurs États.

Le cas de l’Afrique de l’Ouest est particulièrement suivi. Depuis plus de vingt ans, la CEDEAO travaille sur le projet de monnaie unique baptisée éco. Les échéances initialement envisagées ont été repoussées à plusieurs reprises en raison des difficultés liées à la convergence économique entre les pays concernés. Les travaux du CAEM alimentent régulièrement les réflexions sur les conditions nécessaires à la réussite d’un tel projet.

Les questions de stabilité financière occupent également une place croissante dans ses recherches. La crise financière mondiale de 2008, les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 ou encore les tensions inflationnistes observées depuis 2022 ont rappelé l’importance de disposer de systèmes financiers résilients. Les banques centrales africaines doivent désormais composer avec des chocs mondiaux qui se transmettent rapidement à travers les marchés financiers, les taux de change ou les prix des matières premières.

L’institution travaille aussi sur les enjeux liés à la numérisation des systèmes financiers. Les paiements électroniques, les monnaies numériques de banque centrale, les plateformes de paiement régionales et les innovations financières transforment progressivement l’environnement monétaire africain. Selon la Banque mondiale et la BCEAO, l’Afrique figure parmi les régions du monde où les services financiers numériques progressent le plus rapidement.

Ces évolutions soulèvent de nouvelles questions pour les autorités monétaires. Comment garantir la stabilité financière tout en favorisant l’innovation ? Comment améliorer l’interopérabilité des systèmes de paiement entre pays africains ? Comment renforcer l’inclusion financière sans accroître certains risques ? Autant de sujets qui figurent désormais parmi les axes de recherche privilégiés.

Le rôle du CAEM ne consiste pas à prendre des décisions monétaires. Cette responsabilité appartient aux banques centrales et aux autorités politiques. Son apport réside davantage dans sa capacité à fournir des analyses, à comparer les expériences régionales et à nourrir le débat sur l’avenir de l’intégration financière africaine.

À mesure que le continent cherche à renforcer ses échanges commerciaux, à mobiliser davantage d’épargne locale et à réduire sa dépendance vis-à-vis des circuits financiers extérieurs, les questions monétaires deviennent de plus en plus stratégiques. Les travaux conduits par le Centre africain d’études monétaires s’inscrivent dans cette perspective. Derrière les réflexions sur les monnaies, les paiements ou les marchés financiers se dessine en réalité un enjeu plus vaste : celui de la construction d’un espace économique africain mieux intégré et plus capable de financer sa propre croissance.

Auteur: Aicha FALL
Publié le: Mardi 30 Juin 2026

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