Économie sénégalaise : La “tâche noire” d’une croissance de 6.7%
En 2025 la croissance du PIB, au Sénégal, est montée à 6,7%, contre 6,5% en 2024. Ce chiffre brut, dévoilé cette semaine par l’Agence nationale de la Statistique et de la démographie (Ansd), peut donner l’impression que l’économie sénégalaise respire la grande forme. Mais, ce taux voile les tares d’une économie à plusieurs vitesses.
En réalité, “hors hydrocarbures, la croissance économique de l’année 2025 est évaluée à 2,2%”, signale l’Ansd. Donc, 4,5% de la croissance est générée par l’exploitation et la commercialisation des hydrocarbures. Ce qui peut être source de difficultés, sachant que les compagnies pétrolières rapatrient habituellement leurs gains dans leurs pays, réduisant ainsi au minimum la richesse qui reste localement.
De plus, la Société africaine de raffinage (SAR), qui devrait traiter le brut de sangomar pour permettre au pays de capter davantage de valeur ajoutée au niveau local, n’utilise pas encore pleinement le pétrole sénégalais. Elle ne l’a traité, officiellement, qu’une seule fois. L’opération ne s’étant pas montrée commercialement concluante.
Aussi, l’Agence nationale de la Statistique et de la démographie (Ansd) renseigne, dans sa note synthétique des comptes nationaux du Sénégal qu’elle vient de rendre publique, qu’en dehors des hydrocarbures et de l'agriculture, la croissance chute à 1,6% pour l’année 2025.
Des aspects qui n'ont pas échappé au Pr. Amath Ndiaye, qui signale que cette croissance, peu inclusive, masque des fragilités profondes. “La croissance est largement tirée par les hydrocarbures. Hors de ce secteur, elle tombe à 2,2 %, et même 1,6 % hors hydrocarbures et agriculture. L’économie réelle progresse donc faiblement. Il s’agit d’une croissance enclavée, peu créatrice d’emplois”, souligne l'Économiste dans sa tribune partagée avec Seneweb. Parallèlement, l’Ansd avait dévoilé, il y a peu, un taux de chômage de 23,3% pour le quatrième trimestre de 2025. Son niveau le plus haut depuis 2022.
L’économiste, Professeur à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion (FASEG) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), souligne que les chiffres montrent que notre économie fonctionne à deux vitesses, avec un secteur extractif dynamique, mais peu créateur d’emplois, et une économie domestique en difficulté. “Ce décalage entre croissance et développement résume le paradoxe de 2025”, indique-t-il.
Une crise de qualité de la croissance
Pour le Pr. Ndiaye, le Sénégal fait face à une “crise de qualité de la croissance”. Et tant que la croissance ne sera pas plus inclusive et soutenable, “elle restera sans impact réel sur le bien-être”. Il prévient que si la guerre au Moyen-Orient persiste, les effets pourraient être graves, avec une hausse des prix de l’énergie, une inflation et l’augmentation des taux d’intérêt. “Dans ce contexte, le pays pourrait faire face à un véritable KO économique”, prévient l’économiste.
En effet, dans les détails, le secteur secondaire a connu une croissance de 16,7% en 2025, grâce aux performances des activités extractives, de raffinage du pétrole et cokéfaction (+26,4%). Le primaire a cru de 7,0%. Le tertiaire, secteur dominant de l’économie sénégalaise, ne s’est renforcé que de 2,5% en 2025. Sa performance “a été amoindrie par la baisse des activités de l’information et communication (-2,1%) et de la santé et actions sociales (-0,1)”, indique l’Ansd.
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