Les données numériques, un actif économique en émergence dans les économies africaines
L’économie mondiale accorde une place croissante aux données numériques. Transactions électroniques, communications mobiles, services administratifs digitalisés ou plateformes de commerce en ligne génèrent chaque jour des volumes considérables d’informations. Ces données constituent désormais une ressource économique recherchée, car leur analyse permet d’anticiper les comportements des consommateurs, d’optimiser les politiques publiques ou d’améliorer la gestion des entreprises. Dans les économies africaines, cette ressource immatérielle commence elle aussi à prendre de l’importance, à mesure que les usages numériques se diffusent.
La production de données s’est fortement accélérée avec la généralisation du téléphone mobile et des services financiers digitaux. Selon l’Union internationale des télécommunications, le taux de pénétration de la téléphonie mobile dépasse 80 % de la population en Afrique subsaharienne.
Dans plusieurs pays, les paiements mobiles représentent déjà une part importante des transactions quotidiennes. Au Kenya, par exemple, les opérations effectuées via les plateformes de mobile money ont représenté plus de 70 % du produit intérieur brut en 2023. Ce type de services génère une masse considérable d’informations sur les habitudes de consommation, les flux financiers ou les dynamiques territoriales.
Ces données peuvent également renforcer l’efficacité des administrations publiques. Les registres numériques facilitent l’identification des contribuables, la gestion des aides sociales ou le suivi de l’activité économique. Dans plusieurs pays africains, les autorités fiscales utilisent progressivement les traces laissées par les paiements électroniques pour mieux cartographier l’activité économique. Cette évolution peut contribuer à élargir l’assiette fiscale tout en améliorant la connaissance des dynamiques économiques locales.
Toutefois, la transformation de ces données en valeur économique reste encore partielle. Une grande partie des infrastructures numériques stratégiques demeure contrôlée par des entreprises internationales.
Selon la Banque africaine de développement (BAD), moins de 1 % de la capacité mondiale de centres de données se situe aujourd’hui en Afrique. Cela signifie que les informations générées sur le continent sont souvent stockées ou traitées ailleurs, ce qui limite les retombées économiques locales et réduit la maîtrise des flux d’information.
Face à cette situation, plusieurs pays ont engagé des initiatives pour structurer leur économie numérique. Des législations encadrant la protection des données personnelles ont été adoptées et des investissements dans les centres de données se multiplient.
Au Nigeria, en Afrique du Sud ou au Kenya, de nouveaux data centers sont en cours de développement afin de renforcer les capacités locales de stockage et d’analyse.
Dans ce paysage encore en construction, la donnée apparaît moins comme une richesse immédiatement mobilisable que comme une ressource dont le potentiel reste à structurer. Les gains économiques dépendront largement de la capacité des États et des entreprises à développer des infrastructures numériques, à former des spécialistes de l’analyse de données et à instaurer des cadres réglementaires stables.
Pour les économies africaines, la donnée s’impose progressivement comme un levier économique possible, dont l’exploitation reste encore largement à organiser.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.