Entrepreneuriat féminin et accès aux marchés publics : Khady Fall Tall pointe les obstacles persistants
« 58 % des PME en Afrique sont détenues par des femmes. Mais quel type de PME et pour quoi faire ? » C’est la question fondamentale que pose Khady Fall Tall. Invitée de l'émission Seneweb Éco ce dimanche 8 mars, la présidente de l’Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO) estime que derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité beaucoup plus fragile. En effet, de nombreuses entreprises créées par des femmes peinent à s'inscrire dans la durée. « Il arrive que les femmes créent une entreprise après avoir vendu tout leur patrimoine et que la durabilité de l’organisation se pose », explique-t-elle.
Le phénomène des « entreprises mornes »
Elle évoque également ce qu’elle appelle des « entreprises mornes », soulignant une précarité structurelle liée aux contraintes sociales. « Quand on regarde les entreprises mornes, la plupart sont mises en place par des femmes. À 14 heures, elles sont obligées de déposer les clés », a-t-elle ajouté, illustrant ainsi le conflit permanent entre gestion domestique et gestion professionnelle.
La complexité de l'accès aux marchés publics
La question de l’accès aux marchés publics reste un défi majeur pour les entrepreneures. Malgré les réformes engagées, les obstacles techniques demeurent de taille. « La barrière technique est toujours là », affirme Khady Fall Tall. Elle reconnaît toutefois des avancées notables, notamment l’introduction d’une forme de discrimination positive. « Ce qui est important dans la réforme, c’est qu’ils aient compris qu’il faut booster et qu’il faut une discrimination positive en faveur des femmes avec le pourcentage dédié aux organisations de femmes », a-t-elle précisé.
Cependant, pour la présidente de l’AFAO, réserver une quote-part ne suffit pas si les capacités techniques et organisationnelles ne suivent pas. « Une chose est de mettre le pourcentage, mais une autre chose est de pouvoir capter et remplir les conditions pour prendre ces 2 %, parce que faire un marché public, c’est très complexe », a-t-elle insisté.
Un plaidoyer pour le renforcement des capacités
Elle plaide ainsi pour un renforcement de l’information et des compétences des entrepreneures afin qu’elles puissent répondre aux exigences administratives rigoureuses. « Il faut beaucoup d’information, beaucoup de mobilisation des femmes et un renforcement de leurs capacités pour qu’elles puissent être dans les normes et compétir correctement », estime-t-elle.
Pour Khady Fall Tall, l’enjeu dépasse la simple sphère économique pour rejoindre un impératif d’équité sociale. « Ce que l’État met en place comme ressources au niveau des marchés publics doit être distribué équitablement. On ne peut pas ignorer plus de la moitié de la population », a-t-elle martelé en conclusion.
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