Pr. Arona Coumba Ndoffène Diouf : « De Senghor à Diomaye, Touba n'a pas reçu ce qu'elle mérite »
À l'occasion du Magal Bour Sine, édition 2026, organisé le samedi 13 juin 2026 à Keur Serigne Touba de Darou Manan sous l'égide du khalife général des mourides Serigne Mountakha Mbacké Bachir et de Serigne Abo Mbacké Fadhilou, khalife de Serigne Fallou Mbacké, le professeur Arona Coumba Ndoffène Diouf, ancien ministre conseiller et petit-fils de Buur Sine, a fait le point sur la situation de Touba.
Touba, deuxième économie du Sénégal, mais toujours négligée
L'ancien ministre conseiller a d'emblée posé le constat sans détour : « Il est temps que les gouvernants respectent leurs engagements envers Touba. Cette ville n'est pas un grand village ; elle constitue aujourd'hui la deuxième économie et la deuxième concentration démographique du Sénégal. Or, qui dit démographie importante dit également contribution significative aux recettes fiscales de l'État. Dakar bénéficie d'investissements considérables pour son développement communal, alors que Touba continue de faire face à de nombreuses difficultés. Cette situation traduit une forme d'injustice qu'il est nécessaire de corriger. »
Les inondations : un problème récurrent, des promesses jamais tenues
Sur la question des inondations, le Pr. Diouf a été sans concession : « Le problème des inondations demeure entier. Depuis plusieurs années, des familles sont déplacées à cause des eaux. À chaque échéance électorale, les mêmes promesses sont faites, mais les réalisations tardent à suivre. Après une, deux ou trois années, les problèmes restent les mêmes. Ils existaient sous Macky Sall et continuent d'exister aujourd'hui. Il faut que cela cesse. »
Des milliards annoncés, rien sur le terrain
Face à l'opacité des dépenses publiques, il a interpellé directement les autorités : « Où sont passés les milliards annoncés pour le développement ? On entend parler de dizaines, voire de centaines de milliards de francs CFA, mais sur le terrain, les populations ne voient pas les résultats. Les difficultés persistent. J'en appelle donc au gouvernement et à ceux qui ont la responsabilité de diriger le pays afin qu'ils honorent leurs engagements. Jusqu'à présent, les infrastructures de Touba demeurent insuffisantes. Les routes sont fortement dégradées et la circulation est devenue très difficile. Les véhicules s'usent prématurément à cause du mauvais état de la voirie. »
Un électorat décisif, trop longtemps ignoré
Le Pr. Diouf a également rappelé le poids politique de Touba et l'ingratitude des gouvernants successifs : « Il est temps de mettre fin aux promesses répétées à chaque élection. Les gouvernants viennent solliciter les suffrages des habitants de Touba, alors que cette ville représente un électorat important qui a souvent joué un rôle déterminant dans l'élection des présidents de la République. Pourtant, combien de promesses ont réellement été tenues ? Ils participent activement au développement économique du pays. Si l'on considère le produit intérieur brut (PIB), Touba se situe juste derrière Dakar. Cela signifie que la ville contribue fortement aux ressources du Trésor public. »
Sur la démographie galopante de la ville sainte, il a souligné : « La saison des pluies approche et les inquiétudes demeurent. Personne ne peut dormir tranquille face à la menace des inondations. Par ailleurs, Touba connaît une croissance démographique exceptionnelle, avec une population qui double pratiquement tous les dix ans. Alors qu'elle comptait moins de 500 000 habitants dans les années 1980, elle approche aujourd'hui les deux millions d'habitants. Cette réalité impose des responsabilités. Il est temps que les autorités prennent conscience de la frustration grandissante des populations de Touba. »
Touba, poumon économique du Sénégal
L'ancien ministre conseiller a tenu à rappeler la contribution colossale de Touba aux finances publiques nationales : « Touba est également la seule ville du pays à accueillir plusieurs grands événements religieux, notamment le Grand Magal, le Magal de Serigne Fallou, le Magal de Kazu Rajab et d'autres manifestations qui mobilisent des centaines de milliards de francs CFA. Chaque litre d'huile, chaque litre de carburant, l'eau, l'électricité : tout est taxé. Ces recettes alimentent le Trésor public. Il est donc normal que l'État fasse un retour d'investissement à la hauteur de la contribution de Touba au développement national. »
Le professeur Arona Coumba Ndoffène Diouf a lancé un double appel, aux gouvernants et aux populations : « Nos gouvernants doivent donc prendre des mesures concrètes et non se limiter à des annonces. Les populations attendent des actes capables d'améliorer durablement leurs conditions de vie. À l'approche des élections, les politiciens affluent avec des promesses sans fin. Mais aujourd'hui, les habitants doivent juger les dirigeants sur leurs actes et non sur leurs discours. J'appelle également les résidents de Touba à rester vigilants et à exiger des responsables politiques qu'ils respectent leur parole. »
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