Spoliation foncière à Bambilor : Le khalife s'érige en bouclier contre la Caisse de sécurité sociale
À Bambilor, la tension est à son comble. Le collectif Samm Suñu Suuf a organisé une journée de prière et de recueillement pour dénoncer ce qu’il qualifie de "spoliation foncière massive". Plus de 300 ha seraient menacés, mettant en péril l’existence même de la localité.
Des démolitions jugées illégales
Les habitants accusent la Caisse de sécurité sociale (CSS) d’avoir procédé, sous escorte de la DSCOS (Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol), à des démolitions jugées irrégulières.
Selon le collectif, ces opérations ont été menées sans assignation préalable ni sommation, détruisant habitations, fondations et champs. L'emprise revendiquée s'étend sur 255 ha, englobant quatre quartiers et plusieurs lotissements déjà habités.
Pourtant, les occupants rappellent qu’ils disposent de droits coutumiers ancestraux, renforcés par des délibérations à usage agricole et des notifications administratives. Ils s’appuient également sur le décret 2006-103 du 3 février 2006, qui déclare d’utilité publique le maintien des villages de Bambilor, Mbeuy et Diender sur l’assiette foncière 1975/R.
L'appel au sommet de l'État : « Jub, Jubal, Jubanti »
Le porte-parole du collectif, Adama Sow, a interpellé directement le président de la République et le Premier ministre. « On ne peut pas prôner le 'Jub, Jubal, Jubanti' et laisser démolir les maisons de pauvres citoyens au profit de quelques privilégiés. Bambilor déclare persona non grata tout prédateur foncier», met-il en garde.
Le collectif exige le dédommagement intégral des propriétaires impactés et la régularisation des terres. Une marche de protestation est prévue le 25 mars, de la mairie de Bambilor vers les sites touchés.
Le khalife sort du silence : « L'État est une continuité »
Le khalife Thierno Amadou Ba, figure centrale de la mobilisation, a apporté un poids moral et historique déterminant au combat. Il a notamment retracé la genèse du litige, qui remonte au magistère du président Abdoulaye Wade.
« La terre est un legs sacré de nos ancêtres. La protéger, c’est préserver notre dignité et notre avenir. Je me suis longtemps battu contre la spoliation foncière à Bambilor et je continuerai », a-t-il affirmé avec fermeté.
L'autorité religieuse a rappelé qu'à l'époque, le président Wade avait ordonné l’arrêt des démolitions après une médiation directe. «J’avais demandé une extension des terres pour les besoins des jeunes et des générations futures. Le calcul des hectares nécessaires avait été validé. Mais l’État est une continuité : ils ont profité du changement de gouvernement pour tout annuler au détriment des populations», révèle le khalife.
Pour ce dernier, il est impératif que les nouvelles autorités rectifient le tir : « J'appelle le président et le Premier ministre à prendre en compte les difficultés des populations. On n’acceptera plus cette spoliation. Détruire les biens d’autrui sans s'inquiéter est regrettable. »
Mutisme de l’autorité locale
Le silence du maire, Ndiagne Diop, est vivement critiqué. Les administrés l'accusent de délaisser ses concitoyens alors que la commune manque cruellement d'infrastructures de base : aucun stade municipal, un seul poste de santé et une maternité saturée. Conseillers municipaux, opérateurs économiques et mouvements de jeunes font désormais bloc derrière le collectif.
Vers un front commun
Face à ce qu’ils considèrent comme une tentative d'expropriation brutale, les quartiers, villages et propriétaires de champs se sont regroupés en fédération. Leur objectif est désormais clair : faire front commun contre la CSS pour obtenir le respect de leurs droits et la préservation de leur patrimoine foncier.
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