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Affaire Ouleye Cissé : Comment un diagnostic erroné a brisé le destin d'une enfant de 5 ans [Dossier (2/5)]

Auteur: Yandé Diop et Abdoulaye Seck

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Affaire Ouleye Cissé : Comment un diagnostic erroné a brisé le destin d'une enfant de 5 ans [Dossier (2/5)]

Après avoir exploré les failles structurelles du système de santé, Seneweb vous propose ce mardi le récit poignant d'une vie brisée par la négligence. C'est l'histoire d'Ouleye Cissé, renversée par un car rapide à l'âge de 5 ans, et de sa mère, qui a lutté seule contre l'errance hospitalière et l'indifférence. Entre un plâtre ayant causé une infection foudroyante et des portes de services d'urgence restées closes, ce témoignage met à nu la réalité brutale d'une prise en charge à deux vitesses. Deuxième volet de notre enquête exclusive.

https://youtu.be/LUi2dogpnR4?si=TVYak4RZsyhxHGBV

L’accident remonte à plusieurs années. Ouleye Cissé n’avait que cinq ans lorsqu’elle a été renversée par un car rapide. Ce jour-là, sa mère était sortie. Elle est passée à quelques mètres de la scène sans s’en rendre compte immédiatement. Des passants encerclaient le véhicule accidenté, attendant l’arrivée des sapeurs-pompiers. Sensible à certaines images, la mère n’a pas osé s’approcher. Elle a continué son chemin en priant pour la victime, sans savoir qu’il s’agissait de sa propre fille. Ce sont les frères de l’enfant qui l’ont informée plus tard. À son arrivée, Ouleye se trouvait toujours sous le véhicule. Le chauffeur avait pris la fuite.

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https://www.seneweb.com/fr/news/Dossier/prise-en-charge-medicale-et-administrative-des-victimes-daccidents-les-os-brises-dun-systeme-15_n_487422.html

Les sapeurs-pompiers et les gendarmes sont finalement arrivés, avec retard. Ils ont extrait l’enfant, qui s’était entre-temps endormie. L’accident s’était produit vers 11 heures ; les secours ne sont intervenus qu’aux alentours de 14 heures. Pendant tout ce temps, personne n’avait osé agir.

Des secours tardifs, sans soins d’urgence

« Ma fille avait le pied complètement courbé », se souvient la mère. Transportée à l’hôpital de Thiaroye (Camp), elle constate avec effroi l’absence de soins dans l’ambulance. « Ils n’avaient rien pour les premiers gestes. Ils se contentaient de la regarder, de tâter son pouls de temps en temps ». Arrivés à l’hôpital vers 14 h 25, une somme de 30 000 francs CFA est exigée avant toute prise en charge. Le père de l’enfant n’arrive avec l’argent qu’après 15 heures. Ce n’est qu’à ce moment-là que les soins commencent.

Une prise en charge médicale contestée

Après une radiographie, le diagnostic tombe : un simple déboîtement. Pourtant, la mère alerte sur un détail inquiétant. « Ma fille est claire de peau, mais son pied avait noirci. J’ai signalé ce paradoxe, mais personne ne m’a écoutée ». L’enfant est plâtrée malgré tout. Le genou semble ouvert. On lui prescrit des antalgiques et un rendez-vous est fixé dix jours plus tard.

La mère décide de ne pas attendre. Trois jours après, la jambe enfle. Cinq jours plus tard, le pied « explose » : du sang, du pus et une odeur insoutenable s'en échappent. « Personne ne pouvait respirer dans la maison. J’ai payé une lame, j’ai déchiré le plâtre. La jambe semblait brûlée. Des vers en sortaient. »

Impuissance, pauvreté et errance hospitalière

La mère est seule, impuissante et sans moyens. Une voisine lui donne de quoi payer un taxi, direction l’hôpital Le Dantec. Faute de place, on l'oriente vers l’Hôpital Principal. Là-bas, elle est d’abord éconduite, accusée d’être venue trop tard. En larmes, elle s'apprête à partir avant qu’un cousin et une secrétaire ne l’encouragent à « négocier ». Ouleye est finalement admise aux urgences. Elle y passera huit jours sous perfusion et verra sa plaie, infestée de larves, désinfectée quotidiennement. Ensuite, une place est trouvée en pédiatrie où l’enfant restera hospitalisée pendant sept longs mois.

Sept mois d’hôpital, des années de soins

Les frais seront finalement remboursés par le Fonds de garantie automobile après de longues démarches. Mais à la sortie, les soins doivent continuer. Depuis Keur Massar, la mère multiplie les allers-retours vers l’Hôpital Principal. Ouleye recommence à marcher, puis rechute après une manipulation lors d’une consultation : une infirmière aurait tenté d’étirer son pied de force. Elle ne pourra plus le poser au sol.

La mère est alors orientée vers l’Ordre de Malte. Pendant deux ans, des fixateurs sont utilisés pour redresser le membre. Les résultats sont encourageants ; Ouleye commence même à marcher avec une légère boiterie. Mais une chute accidentelle anéantit tous les progrès. Le chef de service, bouleversé par cet échec, laisse éclater sa frustration. La mère comprend alors que ce médecin souffrait autant qu'elle de voir ce travail de longue haleine réduit à néant.

Entre amputation et résignation

Aujourd’hui, les traitements ont cessé. Ouleye se déplace avec des béquilles. Une expertise avec le navire humanitaire Mercy Ships propose deux options : immobiliser définitivement le pied avec du matériel métallique ou amputer. La mère refuse. « Je préfère la laisser comme ça. Les plaies ont au moins cicatrisé. »

La mère dénonce avec vigueur les retards, l’inaccessibilité des soins pour les plus démunis et la négligence médicale. « Si ma fille avait été correctement prise en charge dès le départ, elle ne serait pas handicapée aujourd’hui. Tout est parti d’un diagnostic erroné de simple déboîtement. »

Le père de l’enfant a abandonné le foyer, s’est remarié et a rompu tout lien. La mère, épuisée, est tombée malade et le divorce a été prononcé. Scolairement, Ouleye a dû s'arrêter en CM1. Elle s’est tournée vers la couture, puis la cuisine grâce à une bourse du 3FPT, mais la formation est restée inachevée faute de moyens pour les frais annexes. Aujourd’hui, elle coud des boubous pour des tailleurs, payée à la journée. Elle ne mendie pas. Elle avance.

L’appel d’une mère, l’espoir d’une fille

La mère lance un appel pour une prise en charge médicale à l’étranger. « Je ne veux pas que mon enfant vive de l’aumône. Je veux qu’elle marche ». Ouleye, elle, rend grâce à Dieu malgré tout. Son rêve est simple : travailler, obtenir son diplôme et rendre à sa mère « le dixième de ce qu’elle a sacrifié ». Elle interpelle aujourd'hui les ministères de la Santé et de la Famille.

Auteur: Yandé Diop et Abdoulaye Seck
Publié le: Mardi 24 Mars 2026

Commentaires (7)

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    Ndiaye Fall il y a 21 heures
    Les citoyens doivent commencer à songer à porter plainte contre les médecins et hôpitaux négligents. C’est la seule façon d’imposer la responsabilité dans le système. Arrêtons de dire à chaque fois que c’est la volonté divine…dongol yalla doit avoir des limites. Ne faisons pas porter à Dieu le fruit de nos négligences pour ne pas dire incompétentes ou inconséquences
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    ... il y a 15 heures
    Comment peut t'on regarder la jambe d'un enfant coincer sous une voiture pendant une heure en attendant les sapeurs-pompiers ?? La population doit être former au Secourisme quitte à former des volontaires du secourisme das chaque quartier sous la supervision des sapeurs-pompiers qui en assureront le supervision.
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    Hé! il y a 20 heures
    Du courage à la fille et à sa maman. La santé, ça a un coût. L'argent qui fait fonctionner les services publics comme les hôpitaux se collecte par des impôts. Les nôtres sont dans un état inquiétant.
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    iso il y a 20 heures
    ah oui les populations doivent coller un procès aux agents de santé ayant causé des fautes médicales. c'est inadmissible et c'est cette dame que vous avez lu son histoire mais il y a des milliers de sénégalais qui ont connu ces difficultés avec les hôpitaux.
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    Galsen il y a 18 heures
    Dans ce pays si vous n avez pas les moyens et sur vous avez la malchance de tomber gravement malade, vous êtes foutu Le manque de coeur se trouve à tous les niveaux surtout à ll hôpital
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    lol il y a 18 heures
    J'espère que le conducteur du véhicule est sanctionné à haut de sa faute
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    Nit ndiaye il y a 17 heures
    Je suis contente que cette fille s en soit sortie. Elle aurait pu mourir. Elle vivra avec un handicap mais c est une battante fille d'une battante, inchallah elle s en sortira. J espere qu on peut avoir un contact pour les joindre et les aider comme on peut.
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    Expert Assurances il y a 15 heures
    La situation de cette fille victime d'accident de la circulation suscite un débat autour de l'implication des compagnies d'assurances. La cause fondamentale du sort de la victime découle de l'ignorance de sa mère relativement à la procédure de saisine des compagnies d'assurances en cas d'accident de la circulation. Les médecins aussi connaissant l'origine des blessures de la victime auraient dû demander à la maman de saisir à travers le PV de constat de l'accident la compagnie assureur du véhicule qui a heurte la fille pour produire une lettre de garantie destinée à couvrir les frais d'hospitalisation et à rembourser les frais medicaux déjà engagés par la famille. La solution face au problème de la fille réside dans l'intervention de l'assureur du véhicule qui devait immédiatement être appelé e cause. A défaut d'assurance le conducteuvéhicule icule engagé sa responsabilité pénale et le fonds de garantie automobile se substitue à l'assureur pour remplir les mêmes obligations que ce dernier en pareille circonstance. Je pense que l'heure est venue de multiplier les sensibilisation sur la prise en charge des personnes victimes d'accident de la circulation.

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