REMBOURSEMENT DE LA DETTE: RUSES ET SUBTERFUGES DES MAUVAIS PAYEURS.
« Qui paie ses dettes s’enrichit », dit l’adage. Pourtant, au Sénégal, l’expérience montre que beaucoup empruntent sans réelle intention de rembourser. Les victimes de ces pratiques sont nombreuses,et les conséquences dépassent la simple perte financière : le non‑respect des engagements fragilise la confiance et détruit des relations humaines
Au Sénégal, les commerces sont nombreux mais partagent presque tous les mêmes soucis. Qu’il s’agisse de grands ou de petits entrepreneurs, un problème majeur revient sans cesse : des clients qui contractent des dettes qu’ils ne remboursent presque jamais.
Abdallah Diallo, jeune boutiquier de 24 ans, avait ouvert son commerce il y a trois ans avec l’aide de son frère. Aujourd’hui, il a dû mettre la clé sous le paillasson. « Ils ont tout pris à crédit. Ils viennent vous dire : Écris-le sur le cahier, sans jamais rembourser. Au final, ils finissent par aller dans un autre quartier pour acheter ce que vous vendez », déplore-t-il. Désormais ouvrier payé à la semaine, il regrette sa boutique. « C’était très compliqué pour moi. Je m’en sortais bien avant », confie-t-il, le visage triste. Son frère refuse désormais de l’aider, car il l’avait prévenu. « Il m’avait interdit de vendre à crédit, mais je ne pouvais pas refuser car ils me disaient que leurs enfants n’avaient rien mangé.»
Ce fléau ne touche pas que les boutiquiers. À chaque fin de mois, les réseaux sociaux s’enflamment. Les vendeurs en ligne multiplient les statuts WhatsApp . "C’est la fin du mois, passez à la caisse" , ou encore plus virulents. "Payez mon argent, je ne veux pas d’histoire" .
Dado Diop, vendeuse d’habits quadragénaire, a frôlé la ruine. Après une pause d’un an, elle a repris avec un système de « flux tendu ».Elle ne stocke plus, elle poste les photos de ses fournisseurs et ne livre qu’après validation. « Je peux rester une semaine sans vendre, mais au moins, je ne fais plus de crédit », dit-elle dans un sourire soulagé.
L’amitié à l’épreuve du portefeuille
Même hors du commerce, le prêt d’argent brise des liens. Ousseynou Touré, jeune entrepreneur, a vu ses relations se détériorer. « Un ami m’a emprunté 400 000 FCFA. Des mois plus tard, quand j’ai réclamé mon dû, il s'est emporté et m’a dit: "Tu ne toucheras à rien". Empêché de porter plainte par la médiation familiale, Ousseynou a perdu à la fois son argent et son ami. Il s’étonne aussi de certains messages. « Ils t'écrivent et demandent "Tu n’as pas 5 000 FCFA ? Je n’ai plus de courant" . Une fois l’argent envoyé, plus de nouvelles. On ne sait plus si c’est un emprunt ou une demande d’aide », s’amuse-t-il amèrement.
Le paradoxe des priorités
Au Sénégal, la dette semble parfois banalisée. Maniang Seck, notable de quartier, tire la sonnette d’alarme sur des comportements contradictoires. « Nous recevons beaucoup de plaintes. Des gens refusent de payer alors qu’ils ont les moyens. Il est incompréhensible qu’une personne dépense 500 000 FCFA dans une cérémonie ou parte au pèlerinage à La Mecque alors qu’elle doit 100 000 FCFA à son prochain. Pourtant, le Hadj exige d’être quitte de toutes ses dettes avant de partir », rappelle-t-il.
Un poids jusque dans l’au-delà
Face à cette banalisation du non-remboursement, la voix des religieux se veut ferme. L’Imam Abdoul Aziz Ndoye, Secrétaire général des imams de Rufisque, rappelle que l’engagement financier est avant tout un engagement moral.
« Toute personne qui contracte une dette doit la payer, qu’elle soit musulmane ou non. Parfois, vous demandez de l’aide à une personne qui, n’ayant pas les moyens mais ne voulant pas vous dire non, va elle-même s’endetter pour vous secourir. L’Islam est clair sur ce point : il faut payer ses créanciers », martèle l’Imam.
Il insiste également sur la responsabilité du débiteur. « Si, à l’échéance fixée, vous n’avez pas les moyens de payer, prenez vos responsabilités. Allez voir celui qui vous a prêté pour convenir d’un prolongement de délai» , enseigne le savant.
Enfin, il rappelle la gravité spirituelle de la dette non soldée : « Quand une personne meurt, avant même la prière mortuaire, on demande à l’assistance si le défunt avait des dettes. Le Prophète Mouhamed (PSL) refusait de prier pour celui qui partait avec des dettes. C’est pour dire l’importance capitale de ce sujet. Si vous avez les moyens de payer et que vous ne le faites pas, Dieu s’occupera personnellement de vous le jour du Jugement dernier» , prévient l'Imam.
Toutefois, il appelle aussi les créanciers à la clémence. « Pour celui qui prête, si la dette devient un tel fardeau qu’elle empêche l’emprunteur d’aller à la mosquée ou de fréquenter les lieux publics, lui pardonner est un acte noble. Dieu récompensera ce geste, peut-être même par le Paradis. Mais quoi qu’il en soit, sachez payer vos dettes», conseille-t-il.
Commentaires (5)
Tu as tout dit . C'est ça le Sénégal. Voilà pourquoi je n'ai aucun espoir pour ce pays qui fait plus que tolérer le MENSONGE et l'abus de confiance que constitue la violation délibérée d'engagements moraux ou contractuels. Ces 2 comportements sont la base de la prospérité individuelle et de la société. On parle de la prospérité des juifs dont le secret repose sur le respect des engagements financiers et le refus du mensonge entre eux. Au Sénégal celui qui ment est un héros , celui qui ne paye pas ses dettes est adulé considéré comme un guerrier sans peur ni reproche . Qu'on ne me parle plus de nos valeurs ou autres bêtises héritées de nos ancêtres.
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