Amsatou Sow Sidibé : « Aujourd’hui, les prisons détruisent plus qu’elles ne réparent »
Dans un entretien accordé à Le Soleil, la professeure Amsatou Sow Sidibé, présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), dresse un diagnostic sans concession de l’état des droits humains au Sénégal. Elle reconnaît des avancées notables sur le plan juridique et institutionnel, tout en soulignant les limites persistantes dans l’application effective des réformes.
Elle revient particulièrement sur la période 2021-2024, qualifiée de « parenthèse douloureuse », marquée par «des pertes en vie humaines, violences physiques, destruction de biens publics et privés, la restriction de l'espace avec la répression des libertés fondamentales, notamment la liberté d'expression, de manifestation et d'association, avec plusieurs arrestations arbitraires tous azimuts, restrictions de la presse, etc.»
Par ailleurs, appuie l'interlocutrice du quotidien national, « la loi d’amnistie de 2024 est également critiquée pour avoir été perçue par une partie de la population et de la société civile comme une entrave à la justice et à la réparation due aux victimes ».
Outre le surpeuplement carcéral, l'universitaire dénonce des conditions de détention « préoccupantes » où la prison semble aujourd'hui « détruire plus qu'elle ne répare ».
Son diagnostic révèle « une promiscuité qui favorise la récidive en faisant cohabiter criminels aguerris et délinquants primaires».
La première femme sénégalaise agrégée en sciences juridiques et politiques et candidate à l’élection présidentielle de son pays en 2012 pointe aussi l'insalubrité et l'accès défaillant aux soins médicaux. « [...] La surpopulation rend difficile l'entretien régulier des lieux particulièrement des installations sanitaires, aggravant les risques d'infections et de maladies. Les conditions d'hygiène sont préoccupantes. S'y ajoute un accès insuffisant aux soins médicaux avec des retards ou une absence de traitements médicaux adaptés, l'aggravation des maladies chroniques, le manque de suivi sanitaire, ce qui met en danger la santé des détenus. »
La présidente du CNDH de poursuivre : « D'autres violations des droits fondamentaux qui peuvent être évoquées sont par exemple le recours excessif à la détention provisoire souvent prolongée, parfois via des pratiques illégales comme le retour de parquet, ce qui porte atteinte au droit à un procès équitable et constitue une négation aux droits les plus élémentaires de la personne. »
Pour humaniser le système, elle préconise une feuille de route en cinq piliers : le recours aux alternatives à la détention, l’accélération des procédures pour réduire les détentions préventives, la construction d’infrastructures pénitentiaires modernes, le renforcement des moyens et de la formation du personnel et un investissement massif dans la réinsertion sociale pour briser le cycle de la récidive.
Commentaires (3)
Rares sont les sénégalais Lamda pauvres qui ont «bénéficié » de ces bracelets !
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