Brèche de Saint-Louis : l'ADM, l'ANAM, et la SOGENAV scellent un partenariat historique pour un projet intégré
En marge de l'atelier national réuni à Saint-Louis autour de la problématique de la Brèche, trois institutions clés ont signé ce mercredi 25 mars 2026 un protocole de partenariat engageant la dynamique d'une solution intégrée et durable à l'une des crises environnementales et humanitaires les plus préoccupantes du Sénégal.
C'est sous les regards attentifs de l’adjoint au Gouverneur de la région de Saint-Louis, du Maire de Saint-Louis et de nombreux représentants institutionnels nationaux et régionaux, qu'un acte décisif a été posé en ce mercredi 25 mars. En effet, l'Agence nationale des Affaires maritimes (ANAM), l'Agence de Développement municipal (ADM) et la Société de Gestion et d'Exploitation de la Navigation (SOGENAV) ont officiellement apposé leur signature sur un protocole de partenariat destiné à coordonner leurs actions autour de la Brèche de Saint-Louis et à porter ensemble un ambitieux projet intégré.

Ouverte en octobre 2003 à travers la Langue de Barbarie pour préserver la ville de Saint-Louis d'une inondation imminente, la brèche s'est progressivement muée en une plaie béante de plusieurs kilomètres de large. Depuis lors, l'érosion côtière a ravagé des villages entiers comme Doun Baba Dièye et Pilote-Barre, l'intrusion saline a dévasté des terres agricoles, et la navigation à l'embouchure est devenue un véritable cauchemar. L'ANAM recense plus de cinq cents accidents et plus de quatre cents décès parmi les pêcheurs entre 2003 et 2024. Une tragédie humaine qui se répète, saison après saison.
Les experts néerlandais missionnés dès 2014 et 2015 avaient tiré la sonnette d'alarme sur la dégradation accélérée du site. Deux décennies plus tard, les constats de l'ANAM confirment l'aggravation de la situation : ruptures multiples menaçant la Langue de Barbarie, instabilité chronique du chenal, submersion progressive de zones habitées. Les travaux d'urgence de dragage et de balisage, bien que salutaires, demeurent insuffisants face à l'ampleur du phénomène.

C'est précisément dans ce contexte d'urgence que la signature du protocole de ce mercredi prend toute sa portée. En réunissant sous un même accord l'ANAM, l'ADM et la SOGENAV, l'État du Sénégal franchit un cap décisif : celui de la coordination institutionnelle, longtemps identifiée comme le maillon manquant de la réponse à la crise.
Dans son allocution, Dr Mahmouth Diop, Directeur général de l'ADM, a souligné l'importance de cette démarche intégratrice : « Je ne doute point que ce protocole de partenariat va durablement participer à mettre en cohérence les initiatives et projets autour de la brèche et l'érosion côtière de Saint-Louis. » Fort de son expérience en tant que maître d'ouvrage de programmes structurants tels que le PROGEP et le SERRP, et de son expertise en matière d'urbanisme résilient, l'ADM s'engage à mobiliser tous les leviers à sa disposition pour l'opérationnalisation rapide du projet.
Le Directeur général de l'ANAM, Monsieur Bécaye Diop, , a quant à lui rappelé l'urgence d'une gouvernance forte et centralisée, seule à même d'apporter une réponse à la hauteur des défis multidimensionnels — sécurité maritime, stabilisation côtière, développement socioéconomique et résilience climatique — que pose la Brèche.

Le protocole signé vient concrétiser un projet intégré articulé autour de trois piliers complémentaires. En premier lieu, le dragage et l'aménagement durable du chenal reliant la Brèche au port polonais, pour sécuriser la navigation et mettre fin aux hécatombes. En deuxième lieu, la construction d'un port de pêche moderne doublé d'une base logistique offshore, destiné à transformer Saint-Louis en véritable hub de l'économie bleue. Enfin, la création d'un centre de formation aux métiers de la mer, pour préparer la jeunesse sénégalaise aux emplois de demain.
Ce projet bénéficie du soutien actif du Royaume des Pays-Bas, dont la Commission nationale d'évaluation environnementale (CNEE) a dépêché une équipe d'experts pour partager les leçons tirées d'expériences similaires et accompagner la structuration de solutions fondées sur la nature. L'Ambassadeur des Pays-Bas au Sénégal, présente à la cérémonie, a réaffirmé l'engagement de son pays à accompagner le Sénégal dans cette bataille pour la résilience côtière.

L'atelier a regroupé l'ensemble des parties prenantes — institutions nationales, autorités régionales, collectivités locales, organisations de pêcheurs, université Gaston Berger, partenaires techniques et financiers — autour d'une feuille de route partagée. Les échanges, facilités par des experts sénégalais et néerlandais, ont permis d'affiner les orientations en matière de gouvernance et de consolider l'adhésion communautaire.
La signature apposée ce 25 mars à Saint-Louis ne constitue pas une fin en soi, mais bien le point de départ d'une dynamique nouvelle. Pour les milliers de pêcheurs, de riverains et de communautés vulnérables de la Langue de Barbarie, elle représente peut-être l'espoir le plus tangible qu'une réponse à la hauteur de la catastrophe est enfin en marche.

L’on rappelle que l’Adm met en œuvre à Saint-Louis le projet de relèvement d’urgence et de résilience à Saint-Louis (SERRP) qui constitue une réponse aux conséquences dramatiques des aléas climatiques de 2017 et 2018 qui ont frappé la région de Saint-Louis. Le projet vise à reloger environ 𝟏𝟓 𝟎𝟎𝟎 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞𝐬 𝐬𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞́𝐞𝐬 de la Langue de Barbarie sur le site de Diougop, dans la Commune de Gandon.
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