[Korite] Adieu les couturiers ? Le nouveau plan des parents pour habiller leurs enfants sans se ruiner
À seulement quelques heures de la fête de l’Aïd el-Fitr (Korité), le stress des parents monte d'un cran. Entre des prix jugés prohibitifs, les faux bonds des couturiers et l'essor du marché de l'occasion, il faut tout faire pour sauver la fête. Un tour au marché central de Rufisque nous a permis de tâter le pouls des préparatifs.
Dans les allées du vieux marché de Rufisque, l’ambiance est électrique, mais les visages des vendeurs sont marqués par l'inquiétude. Les étals regorgent encore de tissus brodés et de chaussures vernies, une situation inhabituelle à ce stade de la journée. Anta Samaké, vendeuse d’habits traditionnels pour enfants, ne cache pas son découragement devant son stock qui peine à s'écouler.
« Les clients défilent, demandent les prix, soupirent et repartent. Ils trouvent tout trop cher. On nous accuse d'exagérer, mais nos propres coûts d'approvisionnement ont explosé. C'est un dialogue de sourds à quelques heures de la prière de l’Aïd », se désole la commerçante.
Le casse-tête des parents face à l'inflation
Pour les familles, l’équation est brutale : le pouvoir d’achat ne suit plus la cadence de l'inflation. Aminata Fall, mère de trois enfants, parcourt les étals avec un budget de 35 000 FCFA. Une somme qui, il y a quelques années, aurait suffi, mais qui paraît aujourd’hui dérisoire pour vêtir toute une fratrie. « Pourquoi un ensemble pour enfant doit-il coûter le prix d’un sac de riz ? », s’interroge-t-elle, dépitée par la flambée des prix des articles de fête.
Divorce avec les couturiers ?
Si le prêt-à-porter est jugé onéreux, le recours au sur-mesure est devenu, cette année, le cauchemar des parents. Les ateliers de couture de Rufisque sont en ébullition, mais la confiance est rompue. Modou Ndiaye, père de famille, trouve anormal que la main-d’œuvre coûte plus cher que la matière première.
« J'ai acheté du tissu de qualité en pensant économiser. Mais le couturier me demande 15 000 FCFA par tenue pour la confection. Si j’ajoute le prix du tissu, cela revient plus cher que le prêt-à-porter ! », s’indigne-t-il.
Au-delà du coût, c’est le non-respect des délais qui exaspère. Fatou Diop ne décolère pas : « J'ai déposé les tissus depuis le début du mois. À chaque visite, le tailleur me dit de revenir un autre jour. Nous sommes à quelques heures de la fête et les habits ne sont même pas encore prêts ! C’est ce stress qui nous fatigue et nous pousse à chercher ailleurs », s’exclame la trentenaire, qui doit passer la fête dans sa belle-famille.
Le "Vide-Dressing" : la parade numérique de secours
Face à cette double impasse — prix du neuf et retards des couturiers — une solution alternative explose sur les smartphones : le vide-dressing. Sur WhatsApp et Facebook, les groupes d’échanges bouillonnent en cette veille de fête. On y vend des tenues portées peu de fois, déjà prêtes, à des prix imbattables.
Aïssatou Mbengue, mère de deux enfants, a déjà fait ses emplettes sur le web : « J’ai habillé mon fils de 9 ans et ma fille de 6 ans pour la moitié du prix du marché. Au moins, j'ai le vêtement en main. Je ne passerai pas ma nuit à attendre devant l'atelier d'un couturier qui ne tiendra pas sa promesse. Je me suis fait livrer et je suis satisfaite de ce que j’ai reçu. »
Malgré la morosité, les commerçants de Rufisque ne s'avouent pas vaincus. Ils comptent sur les achats de "toute dernière minute". La Vieille Ville retient son souffle, espérant que la magie de la Korité finira par l'emporter sur la crise.
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