Missirah Wadenne : Le maraîchage des femmes sacrifié à cause d'une facture d'eau impayée
À Missirah Wadenne, dans le département de Koungheul (région de Kaffrine), le projet Ripostes peine à produire les effets escomptés. Sur le site aménagé, tout semble pourtant réuni pour faire du maraîchage et du reboisement des leviers de développement local. Mais une contrainte majeure a tout stoppé net : l’accès à l’eau.
Des infrastructures… sans vie
La localité bénéficie d’une pépinière et d’un arboretum installés sur plusieurs hectares, protégés par des clôtures. À première vue, le dispositif est impressionnant. Pourtant, à l’intérieur, le décor est désolant : herbes sèches, plantes rares et parcelles abandonnées. Seuls un bâtiment de stockage et un hangar rappellent que le site a été conçu pour fonctionner durablement.
Le chef de village, Abdoulaye Ndiaye, explique l’origine du blocage. L’année dernière, les femmes avaient pourtant réussi à exploiter une bonne partie du site. Mais tout s’est arrêté brusquement. « Le champ ne dispose pas de son propre forage. Nous dépendons du forage du village, géré par Flex Eau. Et l’eau a été coupée », déplore-t-il. En cause : deux factures impayées d’un montant total de 300 000 FCFA. Selon lui, la mairie n’avait pas prévu ces frais dans son budget et aucune entente claire n’avait été établie en amont. « Flex Eau n’attend pas la récolte pour couper l’eau », ajoute-t-il avec amertume.
Des femmes engagées, mais désarmées
Sur le terrain, la déception est immense pour les bénéficiaires qui s’étaient pleinement investies. Mame Thiam Gueye témoigne : « Nous sommes plus de trente femmes. Nous avons lancé le maraîchage et commencé à produire. Mais en pleine production, l’eau a été coupée. Nous avons tout perdu ».
Face à l’urgence, elles tentent de maintenir une dynamique collective via une tontine hebdomadaire. « Cela nous permet de rester solidaires, mais cette organisation ne suffit pas à compenser la perte du maraîchage. Si on nous avait dit dès le départ que nous devions payer l’eau, nous nous serions préparées », regrette-t-elle.
Un manque de coordination fatal
Pour Fatima Ka, le projet reste porteur d’espoir, mais souffre d’un manque de coordination entre les acteurs. Bien que la pépinière soit techniquement prête, l’absence de solution pour l’irrigation paralyse l’activité. « Ce projet peut avoir un impact majeur si les autorités locales s’impliquent davantage », souligne-t-elle.
Derrière cette facture de 300 000 FCFA, ce sont des mois de travail, des revenus familiaux et une dynamique économique locale qui s’évaporent. Comme l’explique un technicien sur place : « Plus qu’un problème technique, c’est la question de la gestion durable et de l’anticipation qui est posée. Sans solution rapide, les champs resteront secs… et les ambitions aussi ».
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