Pertes et dommages climatiques : Saint-Louis et Kafountine face à l'urgence d'une action anticipative
Saint-Louis et Kafountine illustrent avec acuité les effets déjà tangibles du changement climatique au Sénégal. Inondations récurrentes, salinisation des terres, perte de biodiversité, dégradation des moyens de subsistance et des conditions de vie. Tels sont les principaux enseignements des études de cas réalisées dans ces deux communes dans le cadre du projet « Pertes et dommages : cogénération de voies vers des solutions pratiques au Sénégal » mis en œuvre par Enda Énergie en partenariat avec le ministère de l'Environnement et de la Transition écologique, l'International Institute for Environment and Development (IIED), avec l'appui financier de l'Agence française de développement (AFD).
Les résultats de ces recherches ont été présentés à l'occasion d'un dialogue d'apprentissage partagé réunissant les principaux acteurs nationaux afin de valider les conclusions, recueillir des recommandations et identifier des réponses concrètes pour renforcer la résilience des territoires les plus exposés.
Pour Omar Cissé, chargé de projet d'adaptation et de gestion des risques climatiques à Enda Énergie, les études mettent en évidence l'ampleur des pertes économiques et non économiques enregistrées dans les deux communes.
Si les politiques publiques de protection sociale – bourses familiales, transferts monétaires, aides alimentaires, couverture maladie universelle ou encore programmes de résilience agricole – permettent d'atténuer une partie des conséquences, elles restent essentiellement des réponses apportées après les catastrophes.
« Le défi persiste. La meilleure solution consiste désormais à anticiper les chocs climatiques grâce à des programmes structurants permettant d'agir avant que les dégâts ne surviennent », a-t-il expliqué.
Les études recommandent ainsi de renforcer les dispositifs de protection sociale anticipative, de mieux coordonner les interventions de l'État et des partenaires non étatiques et de développer des infrastructures adaptées reposant sur des études techniques solides afin d'éviter les risques de maladaptation.
À Kafountine, les chercheurs insistent notamment sur la nécessité de restaurer les terres affectées par la salinisation grâce à des approches biologiques, mécaniques et chimiques, associées au reboisement, aux amendements organiques et à la réalisation d'ouvrages de protection pour préserver les espaces encore exploitables.
À Saint-Louis, la situation apparaît particulièrement préoccupante. Les inondations récurrentes, aggravées par les fortes pluies et les débordements du fleuve Sénégal, touchent durement plusieurs quartiers, notamment Pikine dont certains secteurs restent sous les eaux toute l'année.
Cette situation favorise la prolifération des maladies hydriques et détériore fortement les conditions de vie des populations.
Malgré les efforts engagés par la Direction générale de la prévention des inondations (DGPI), l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS) et les services de l'État à travers la construction de canaux d'évacuation, de déversoirs et de projets d'assainissement, les besoins demeurent considérables.
Au total, dix recommandations ont été formulées. Elles mettent l'accent sur une meilleure planification des investissements, une coordination renforcée entre tous les intervenants et surtout un changement de paradigme privilégiant l'anticipation plutôt que les interventions d'urgence après les catastrophes.
De son côté, Géraldine Tardivelle, coordonnatrice du programme AdaptAction de l'AFD au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie, a salué une démarche exemplaire fondée sur une forte implication des communautés locales.
Elle a rappelé que le programme AdaptAction a accompagné pendant plus d'un an et demi l'ensemble du processus porté par le ministère de l'Environnement et de la Transition écologique, le Comité national sur les changements climatiques, Enda Énergie et l'IIED.
Selon elle, cette approche participative permet non seulement de produire des données scientifiques robustes, mais aussi de faire émerger des solutions directement inspirées des réalités vécues par les communautés.
Estimant que le Sénégal figure aujourd'hui parmi les pays pionniers en matière d'action climatique, elle a réaffirmé l'engagement de la France, à travers l'AFD, à accompagner les efforts nationaux en faveur de l'adaptation afin d'éviter que les pertes et dommages liés au changement climatique ne deviennent irréversibles.
Pour les différents partenaires du projet, l'urgence est désormais de transformer ces recommandations en politiques publiques concrètes afin de protéger durablement les populations les plus vulnérables et préserver leurs moyens de subsistance face à des phénomènes climatiques de plus en plus intenses.
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