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[Spécial 8 mars] Fatoumata Bernadette Sonko : « Le féminicide n’est jamais un acte isolé, il y a toujours des alertes ignorées »

Auteur: Léna THIOUNE

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[Spécial 8 mars] Fatoumata Bernadette Sonko : « Le féminicide n’est jamais un acte isolé, il y a toujours des alertes ignorées »

Alors que la question des violences faites aux femmes reste encore largement entourée de silence, la journaliste et féministe Fatoumata Bernadette Sonko appelle à une prise de conscience collective. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée ce 8 mars, l’enseignante-chercheuse revient sur les motivations du lancement de la plateforme Mousso, destinée à mettre en lumière les réalités souvent invisibilisées des femmes. Dans cet entretien accordé à Seneweb, elle analyse les mécanismes qui mènent aux violences conjugales et aux féminicides, et insiste sur la nécessité de mieux écouter les victimes et d’appliquer effectivement les lois existantes.

Quel est l’objectif de la plateforme d’informations Mousso.sn ?

Mousso a pour mission de sortir de l’ombre des sujets portant sur la vie plurielle des femmes. Nous avons remarqué qu’il existe un véritable désert médiatique concernant les problématiques qui touchent les femmes. Quand on parle d’elles dans les médias, c’est souvent dans la rubrique des faits divers ou alors pour mettre en avant des femmes ayant un certain statut social. On voit rarement la vie quotidienne des femmes ordinaires. Pourtant, les femmes constituent une catégorie sociale importante. Elles sont souvent louées dans les discours politiques et religieux pour leur rôle dans la société, mais au-delà de ces éloges, on ne les voit pas vraiment et on ne les entend pas.

Pourquoi, selon vous, les parcours et les histoires des femmes restent-ils encore peu visibles dans la sphère médiatique ?

Nous vivons dans une société construite sur des fondements patriarcaux. Les médias reflètent cette configuration sociale. La place que les femmes occupent dans la société est généralement celle qu’elles occupent dans les médias. Même les journalistes, hommes ou femmes, viennent de cette même culture et ne traitent pas toujours l’information de manière différenciée. Les médias finissent donc par reproduire la place marginale et minorée des femmes dans la société.

Avec le lancement de la plateforme Mousso, vous avez choisi d’aborder la question des violences conjugales. Pourquoi ce thème ?

Parce que c’est une actualité permanente. En 2025, près d’une vingtaine de femmes ont été tuées par leur mari, selon les décomptes de la presse. Et ce chiffre ne reflète probablement pas toute la réalité, car beaucoup de cas ne sont pas répertoriés ou ne sont pas clairement identifiés comme des féminicides. Le féminicide est le stade ultime de la violence envers les femmes. Mais il ne survient pas par hasard : il est souvent précédé de violences répétées, d’un silence collectif et d’une peur de dénoncer. Il existe aussi, dans notre société, une sémantique autour du mariage qui peut favoriser ces violences. Il est donc essentiel de réfléchir aux mécanismes qui mènent aux violences conjugales afin de prévenir les féminicides.

Comment peut-on limiter ou bannir ces féminicides ?

Il faut d’abord comprendre les mécanismes qui y conduisent. Le féminicide n’est jamais un acte isolé. Il y a presque toujours des violences précédentes qui ont été ignorées ou passées sous silence. Si l’on parvient à identifier ces signaux et à agir à temps, on peut éviter ces drames. Il est donc essentiel de rompre ce processus en intervenant dès les premières violences.

Pourquoi ces violences restent-elles souvent silencieuses dans les foyers ?

Cela tient en grande partie à l’éducation et aux normes sociales. On apprend souvent aux femmes à préserver leur vie conjugale à tout prix. On valorise des notions comme le « mouñ », c’est-à-dire la capacité à supporter les difficultés dans le mariage. Les séparations et les divorces sont peu encouragés. À cela s’ajoutent des raisons économiques, sociales ou liées aux enfants. Tout cela explique pourquoi certaines femmes restent dans des relations violentes.

Quels sont aujourd’hui les défis ?

Ils sont nombreux. Produire de l’information sur les femmes n’est pas évident, car cela n’intéresse pas toujours le grand public. Dans les rédactions, les sujets concernant les femmes occupent une place très réduite. Beaucoup pensent que ce type d’information n’est pas rentable. On privilégie souvent la politique, les jeux de pouvoir ou encore le sport comme le football ou la lutte traditionnelle. Pourtant, parler de la vie des femmes devrait intéresser tout le monde, car elles font pleinement partie de la société. Mais il existe une hiérarchisation de l’information qui conduit souvent à exclure les femmes ou à ne les évoquer que dans des contextes sensationnels.

La société sénégalaise commence-t-elle à prendre conscience de l’ampleur du phénomène ?

Il y a une certaine prise de conscience, notamment parce que les médias en parlent davantage et que les autorités évoquent aussi la question. Mais la compréhension reste encore limitée. Dans certaines mentalités, l’épouse est parfois considérée comme la propriété de son mari. Dans ces conditions, certains pensent qu’un mari peut disposer de sa femme comme il veut. On cherche parfois à justifier ces crimes, alors qu’un crime reste un crime. Même dans le traitement médiatique, il arrive que ces féminicides soient relativisés ou expliqués par des circonstances.

Comment encourager les victimes à dénoncer les violences ?

Ce n’est pas facile, car porter plainte est déjà une épreuve. Il faut d’abord former les agents qui reçoivent les victimes afin qu’ils sachent les écouter et comprendre leur souffrance. Beaucoup de femmes ont l’impression de ne pas être crues. Il faut aussi briser le cercle du silence et de la peur en offrant des espaces où les femmes peuvent s’exprimer et être accompagnées. Mais il faut également sanctionner les auteurs de violences. Sans cela, certaines victimes peuvent penser que porter plainte ne sert à rien.

Les instruments juridiques au Sénégal sont-ils aujourd’hui favorables aux femmes ?

Il existe effectivement plusieurs lois et instruments juridiques. Mais le problème, c’est leur application. Dans bien des cas, les textes existent mais ne sont pas appliqués comme il se doit. Et c’est là que se situe l’un des principaux défis. Beaucoup de femmes subissent des injustices sans savoir où se tourner. Elles ne connaissent pas toujours les mécanismes du système judiciaire. Par exemple, certaines femmes divorcées ignorent qu’elles ont droit à une pension alimentaire ou ne savent pas comment la réclamer. Les procédures judiciaires peuvent aussi être longues et coûteuses. Il faut donc faciliter l’accès à la justice et mieux informer les femmes sur leurs droits.

Auteur: Léna THIOUNE
Publié le: Dimanche 08 Mars 2026

Commentaires (11)

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    Riroriraron il y a 1 jour
    Bof encore une ménopausé en mal d'affections, mal baisé et mentalement allienee par la propagande occidentale
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    tonton il y a 23 heures
    En tout cas, elle a quelque chose qui te fait défaut: un cerveau!
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    deug il y a 23 heures
    Toutes des narcissiques qui ne peuvent pas accepter l'autorité d'un mari... Beaucoup d'hommes sont des morts vivants entre les mains de femmes pareilles... Malheureusement chez nous: "gor dou dioy gor dou diambat"
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    Boy Dakar il y a 1 jour
    Bravo madame ! Bonne continuation.
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    Hé! il y a 23 heures
    Plus de six heures après sa publication, cet article qui parle de la violence subie par les femmes ne compte que deux commentaires. Il est question de plus de 20 féminicides en 2025 quand même ! Et encore, ce chiffre n'est certainement pas exhaustif. FB Sonko a raison de dire: " Dans les rédactions, les sujets concernant les femmes occupent une place très réduite. Beaucoup pensent que ce type d’information n’est pas rentable". Du courage pour votre accompagnement des femmes madame, malgré tous les écueils.
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    itipalaway il y a 23 heures
    @Hé! Rien de surprenant sur le manque de réaction car le sujet est sérieux! Au passage, qui font subir aux femmes toute cette maltraitance? Ils ne vont pas se dépêcher pour dénoncer leurs propres crimes. Parle leur de la taille de leur quéquette et tu auras 33 milles pages d'écriture truffées de mensonges et de vantardise.
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    Camenni il y a 22 heures
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    IshIsh il y a 22 heures
    Tu as tellement raison Itipalaway ... Bravo Madame pour Mousso.sn et bonne continuation !
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    Antikon il y a 22 heures
    Quand on dit homicide, cela concerne aussi bien les hommes que les femmes, alors pourquoi nous emmerder avec cette notion superflue de feminicide comme si le meurtre d'hommes était moins dramatique que celui de femmes.
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    Arnold il y a 21 heures
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    Homme il y a 21 heures
    Les femmes sont souvent plus violentes et elles se victimisent. Elles torturent silencieusement leurs maris. Elles sont fausses.
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    Nagi il y a 20 heures
    Bravo Dr Bernadette Sonko pertinente et bosseuse. N'écoutes pas les hommes violents qui commentent négativement tous des aigris faibles et ne peuvent s'occuper d'une femme ni mentalement ni physiquement ni financièrement You are the best keep shinning
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    @nagi il y a 19 heures
    Pourquoi doit on s'occuper de toi si tu es si FOOOOOOOOOOORTE? on veut des Queens, pas des ercevelees

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