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[Spécial 8 mars]  Violences conjugales : Pourquoi le silence reste la prison la plus hermétique

Auteur: Léna THIOUNE

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[Spécial 8 mars]  Violences conjugales : Pourquoi le silence reste la prison la plus hermétique

C’est un sujet évoqué à chaque célébration de la Journée internationale des droits des femmes, mais il demeure et semble même prendre de l’ampleur. Les violences conjugales restent une réalité souvent enfermée dans le silence des foyers. Derrière les portes closes, des femmes continuent de vivre la peur, la honte et l’isolement. Seneweb a tenté d’apporter un éclairage sur les mécanismes de ce silence des victimes, les traumatismes psychologiques et l’impact sur les enfants.

Dans l’intimité des foyers, la violence ne laisse pas toujours de traces visibles. Elle s’installe parfois dans les mots, dans les silences, dans la peur qui s’infiltre peu à peu dans la vie quotidienne. Au Sénégal, malgré les campagnes de sensibilisation et les lois existantes, de nombreuses femmes continuent de subir ces violences. L’ampleur du phénomène reste préoccupante. Selon des organisations féministes, plus de 17 femmes ont été tuées dans un cadre conjugal ou familial au Sénégal au cours de l’année 2025, tandis que de nombreuses autres ont subi des violences physiques, psychologiques ou économiques, souvent dans l’indifférence ou le silence.

Face à cette réalité, les professionnels de santé figurent parfois parmi les premiers témoins de ces situations. Pour le médecin Cheikh Ahmed Tidiane Samb, cofondateur de la plateforme Healthy SN, les victimes qui franchissent la porte d’un cabinet médical arrivent souvent à un moment où la souffrance est déjà profonde. « Il y a une situation où la personne vient nous voir parce qu’elle veut porter plainte. Donc elle nous demande de faire un constat de coups et blessures. Il y a la situation où la personne ne veut pas porter plainte et elle vient nous voir justement parce que mentalement, ça commence à développer des troubles », explique-t-il.

Dans ce second cas, précise-t-il, la violence a déjà laissé son empreinte sur la santé mentale. Entre anxiété, peur permanente et perte de confiance en soi, les symptômes sont nombreux. « Il y en a qui vont perdre confiance en elles. Il y en a qui vont arrêter de travailler. Il y en a qui vont commencer à s’isoler », décrit M. Samb. La peur devient alors une présence constante. « Le niveau de stress est permanent, il est là, il est élevé. La personne a peur de retourner dans le domicile conjugal parce qu’il y a une peur constante qu’on va la frapper à nouveau », poursuit-il. Progressivement, ajoute-t-il, certaines victimes modifient même leur comportement pour tenter d’éviter les violences. « Elle va finir par accepter aussi tout ce que le conjoint demande… parce qu’elle se dit que dès qu’elle refuse, ça va entraîner des coups ».

Le poids des normes sociales et de l’éducation

La féministe Diabou Bessane apporte un éclairage complémentaire sur les raisons de ce silence. Pour elle, il ne relève pas seulement d’une décision individuelle mais s’inscrit dans un système social plus large. « Ce n’est pas une seule cause, mais plutôt un système où il y a plusieurs causes qui s’enchevêtrent et qui participent à compliquer la situation », analyse-t-elle. Au cœur de ce système, poursuit-elle, l’éducation et les normes sociales jouent un rôle déterminant. « L’éducation traditionnelle laisse penser à la femme qu’elle doit tout supporter dans le cadre du ménage. C’est ce qui fait que cela dépasse une certaine forme de résilience pour qu’elle arrive à accepter même l’inacceptable ».

Ainsi, dans certains cas, les victimes elles-mêmes ne parviennent pas immédiatement à identifier ce qu’elles vivent comme une violence. « Parfois, quand des situations de violence se traduisent, elles ne sont pas capables tout de suite de décoder cette situation-là », souligne-t-elle. À cette difficulté s’ajoute également la peur du regard des autres. « Quand une personne est victime de violence, il y a souvent ce sentiment de honte. On a honte d’en parler, on ne veut pas être celle qu’on pointe du doigt », explique la féministe.

C’est en ce sens que porter plainte reste un pas difficile à franchir. Et même lorsque les victimes décident de franchir le pas de la justice, la pression sociale peut intervenir. « Quand elles vont porter plainte, il y a la pression des familles qui leur demandent de ne pas aller jusqu’au bout », poursuit Mme Bessane. Par ailleurs, la dépendance économique reste un autre facteur déterminant. Dans sa pratique, Cheikh Ahmed Tidiane Samb constate que beaucoup de femmes se sentent prisonnières de leur situation. « Beaucoup de victimes vont te dire qu’elles ne peuvent pas quitter leurs maris sinon elles n’auront nulle part où aller », confie-t-il. Autrement dit, sans revenus, sans logement et parfois sans soutien familial, certaines préfèrent rester dans un environnement violent plutôt que d’affronter l’incertitude.

« 25 à 50 % des enfants vont soit reproduire cette violence, soit la subir »

Au-delà du couple, les conséquences de ces violences touchent également les enfants qui en sont témoins. Sur ce point, les deux intervenants s’accordent à souligner la gravité de l’impact. Selon Cheikh Ahmed Tidiane Samb, les conséquences peuvent même se prolonger sur plusieurs générations. « Des enfants qui vivent des violences conjugales à domicile, en général, 25 à 50 % vont soit reproduire cette violence, soit la subir ».

Cette reproduction s’explique notamment par une forme de normalisation de la violence, explique le médecin. « Si une fille a vu que sa mère a été frappée et qu’elle est restée malgré ça, si demain elle subit ces coups-là, elle peut peut-être accepter ça ». Les garçons peuvent eux aussi intégrer ces schémas. « Si un garçon a vu que sa mère restait malgré les violences, peut-être que lui, il va se dire que c’est ça le mariage », ajoute-t-il. Par ailleurs, les enfants portent également des blessures invisibles. « Il y a ce traumatisme-là qui reste ancré dans la tête de l’enfant et ça peut impacter dans ses études, dans son avenir », avertit-il.

Une prise en charge encore insuffisante

Face à ces réalités, la question de la prise en charge devient centrale. Pour le Dr Samb, l’accès aux soins psychologiques demeure encore trop limité. « Le principal problème, ce sont les moyens », souligne-t-il. Le soutien psychologique, pourtant essentiel pour se reconstruire, reste difficilement accessible pour des femmes souvent sans ressources. « Le fait de consulter, ça a un coût », rappelle-t-il, plaidant pour la création de structures publiques capables d’accompagner les victimes sur le long terme. « Il faudrait au moins qu’il y ait un centre dédié à ces personnes victimes de violences, juste pour l’aide psychologique ».

Toutefois, pour Diabou Bessane, la réponse doit aller au-delà du cadre médical et judiciaire. Elle insiste sur la nécessité d’une mobilisation plus large de la société. « La prise en charge ne peut être qu’holistique… Il faudra que chaque composante de la société soit sensibilisée et se sente concernée », estime-t-elle.

Dans cette perspective, des organisations travaillent depuis plusieurs années à créer des espaces sécurisés pour les victimes et à les accompagner dans leurs démarches. Mais pour briser réellement le cycle de la violence, le combat contre le silence reste à mener. « Il faut pousser la sensibilisation au maximum pour que ces victimes sachent qu’elles peuvent être accompagnées », insiste la militante. Car derrière chaque silence se cache souvent une histoire de peur, de honte ou de dépendance. Et derrière chaque histoire, la possibilité, encore fragile, d’une reconstruction.

Auteur: Léna THIOUNE
Publié le: Dimanche 08 Mars 2026

Commentaires (11)

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    Nandité il y a 17 heures
    En tout cas,on comprend maintenant pourquoi les pays asiatiques qui avaient le même niveau de développement que le Senegal dans les années 70 comme la Corée du Sud sont se sont développés alors les Sénégal attends toujours l’aide des bailleurs.En réalité l’ENA et le CFJ forment qui idiots villageois comme Diomaye dont le plus grand rêve est de devenir haut fonctionnaire.Ce sont les meilleurs parmi les étudiants moyens restés au pays.Conséquences détournement de deniers publics,corruption,des fonctionnaires réfractaires aux changements,paresseux , absentéistes etc qui vivent de la politique la preuve 99,99% des politiciens sont des kaw kaw qui ont la trahison dans leur ADN.
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    Femini-divorcées il y a 15 heures
    Thiey les feministes elles ont un probléme avec le mariage ndeysanne . On faites la journée de la femme , vous nous parlez de : vie- conjugales ? Meme les divorcées accusent encore les hommes qu'elles ne voient plus depuis mathusalem.
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    gun il y a 15 heures
    Nos Guenons nationales appelées Féministes du sénégal.
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    Darkpenguin il y a 12 heures
    C'est la corruption qui fait notre malheur, tous ce que le Sénégal a créé de richesse depuis l'indépendance est entre les mains de fonctionnaires et politiciens véreux qui détiennent des fortunes énormes dont rien ne justifie les origines ni l'héritage, ni des activités économiques avant qu'ils ne soient en position administrative dans l'état. Cette corruption est même allée jusqu’à impliquer des emprunts colossaux, dissimulés au peuple et remboursables par les générations futures, qui seront déposés dans des paradis fiscaux sur des comptes privés.
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    Ibrahima il y a 17 heures
    Auparavant, je souffrais de mictions nocturnes fréquentes avec peu ou pas d'urine. On m'a conseillé de faire des examens de la prostate qui ont révélé une hypertrophie bénigne en 2022. On m'a recommandé une intervention chirurgicale et une radiothérapie, mais après avoir pris connaissance des risques à long terme pour ma santé, j'ai décidé d'essayer des traitements naturels alternatifs. Grâce au docteur Nelson, un herboriste dont les témoignages de patients guéris de diverses maladies étaient disponibles sur cette plateforme, j'ai pris contact avec lui et acheté ses produits pour réduire et soigner la prostate. Ils m'ont été livrés par DHL, et j'ai commencé le traitement selon ses instructions. Au bout de deux semaines, les mictions nocturnes fréquentes ont cessé. Après avoir suivi le traitement pendant deux mois, tous les symptômes avaient disparu. J'ai refait un test PSA et une biopsie, et ma prostate avait complètement diminué. Mon taux de PSA a baissé et n'a pas récidivé depuis. Vous pouvez contacter le docteur Nelson par e-mail : drnelsonsalim10@gmail. com ou par WhatsApp : +15513493414. Il propose également des traitements à base de plantes pour : Maladies rénales et hépatiques, BPCO, psoriasis, cancer de la prostate, hépatite, sclérose en plaques, maladies cardiaques, problèmes thyroïdiens, fibromyalgie, acouphènes, asthme, herpès, zona, arthrite, VPH, cancer du sein, diabète.
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    Boy town il y a 16 heures
    St Valentin,fêtes des mères,fêtes des pères, anniversaire, 24 décembre,31 décembre toutes des fêtes que les occidentaux nous ont imposées.Quelles sont les fêtes africaines que les blancs célèbres? Maintenant un africain même si tu oublies de lui souhaiter joyeux anniversaire il coupe les ponts avec toi tellement que ces esclaves mentaux sont formatés.L’africain passe toute sa vie à copier coller et aime trop fêter et comme disait Paul Marty le noir haï le travail.
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    😂 il y a 16 heures
    bilaay dëgg gu wér nga wax... toppandoo rekk... mel ni loolu
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    T il y a 16 heures
    Thieeye Diomaye la yereume secret yeup Sonko ndi na ko guéné s'il quitte le gouvernement. Ndi na la tela waakhale gnoupe naane c'est comme ça. Puisque sénégalais si émotion laye faré. Bon courage pour ce peuple qui n'aime pas travailler toujours dans des futilités politique
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    Violences aux hommes il y a 16 heures
    Beaucoup d’hommes souffrent en silence
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    Gololand 1 il y a 16 heures
    L’ancienne cuisinière de Neymar nie avoir porté plainte contre lui
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    Gololand 2 il y a 16 heures
    AUJOURDHUI Journée des droits des femmes ....mais j'oubliais : ici ce sont des guenons....
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    Lucifer il y a 13 heures
    Non ce sont des criminelles 🤣
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    SAMS il y a 15 heures
    Que du folclore!!
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    Bathue il y a 15 heures
    Qui peut m expliquer la difference entre " Khuloo" et " Khuntu" Donnezun exempleconcret. Merci, je ne parle pas bien le wolof.
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    B il y a 14 heures
    Khuloo c'est chier, khuntu c'est peter
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    Lucifer il y a 12 heures
    Xuloo c’est se quereller ; se disputer et xuntu je n’en ai aucune idée ! Mais dans le même champ lexical, il y a xunn qui signifie s’irriter, s’énerver ( parce qu’on est perdant) et xutt qui veut dire être peureux ou poltron
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    Eskey il y a 15 heures
    Bonne fête à toutes les femmes du monde Bonne fête aussi à tous les hommes qui souffrent en silence !
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    Déçu il y a 13 heures
    Elles n’ont qu’à changer de pays ces femmes la

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