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[Spécial Indépendance] Thiès : Les secrets d'une « ville rebelle » qui n'a jamais plié le genou !

Auteur: Cheikh CAMARA (Correspondant à Thiès)

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[Spécial Indépendance] Thiès : Les secrets d'une « ville rebelle » qui n'a jamais plié le genou !

Les manifestations des Thiessois contre l’arrestation de leur ex-maire, Idrissa Seck, rappellent bien des souvenirs dans cette ville dont l’histoire reste marquée par une tradition de refus et de contestation. Au point de se faire coller l’étiquette de « Ville Rebelle ».

Les habitants de la Cité du Rail étaient alors encore descendus dans la rue, protestant contre ce qu’ils appelaient une « arrestation injuste et arbitraire » de leur édile, Idrissa Seck. Des pneus en flammes barrant les principales artères de la ville, une horde de jeunes et même de femmes avec comme seule arme des pierres, faisant face aux forces de l’ordre, avaient constitué le décor dans toute la ville. Ce qui rappelle bien des souvenirs.

Des souvenirs d’un certain 26 février de l’année 1988. Année de folie électorale, quand, en plus de la jeunesse, la population thiessoise, dans sa totalité, s’était mobilisée et dressée comme un seul homme pour défendre avec force et vigueur le droit de réunion. C’était en prélude à l’élection présidentielle de 1988 et le président de la République d’alors, Abdou Diouf, avait interdit à son plus sérieux adversaire, Abdoulaye Wade, devenu plus tard président de la République, de tenir meeting en pleine campagne électorale sur la symbolique « Place de France » (Promenade des Thiessois). Lieu qu’Abdou Diouf devait, quant à lui, occuper pour les besoins de son propre meeting.

La suite de ces événements est connue de tous. La « jeunesse malsaine » de Thiès avait alors réussi à sortir le Président Diouf de ses gonds. Bref, la fronde de la jeunesse sénégalaise était bien partie de Thiès, avant la guérilla urbaine qui a suivi les élections de 1988, après la proclamation des résultats. Une ville de refus, donc de contestation, comme ce fut d’ailleurs le cas en 1947 avec la fameuse grève des cheminots. Celle-ci devait se prolonger pendant cinq mois et marquer la naissance du mouvement ouvrier en Afrique de l’Ouest. Une lutte héroïque qui a été une étape déterminante dans l’éveil des consciences et l’affirmation des droits politiques.

À l’origine, c’étaient des ouvriers établis dans cette ville appelée la capitale du rail (parce qu’étant à l’époque coloniale le siège de la régie des chemins de fer), qui revendiquaient une augmentation de salaire et de meilleures conditions sociales. Surtout que Thiès ne faisant pas partie des quatre communes, ses habitants n’étaient pas des citoyens, mais évoluaient dans le système de l’indigénat comme de simples sujets français. Ils trouvèrent ainsi facilement à redire dans leurs rapports avec les colons. Plus tard, ce sont ces fils et petits-fils de cheminots qui, au Lycée Malick Sy, à travers une tradition de grèves, se sont distingués dans les vastes mouvements contestataires des élèves et étudiants du Sénégal.

Mais, depuis mars 2004, avec la décision prise par le chef de l’État de transférer le défilé militaire de Thiès à Dakar commémorant la fête de l’Indépendance, le cordon qui liait le président Wade et les habitants de cette ville s’est brusquement cassé. Et le divorce fut totalement consommé avec les accusations sur l’affaire des chantiers de Thiès, suivies de l’arrestation de leur idole de maire, Idrissa Seck.

Le tempérament de cette ville qui présente les traits de caractère d’un peuple de refus est à lier, selon Penda Mbow, Professeur d’histoire, avec l’histoire du Cayor et de la colonisation. Thiès fait partie, dit-elle, de l’espace cayorien où l’éthique « ceddo », qui est une éthique de refus, est très développée. C’est le Cayor, avec des lieux symboliques comme Thilmakha, Pékesse qui ont été, depuis les XVIIe et XVIIIe siècles, le théâtre d’opérations de l’histoire que l’on connaît : les intrigues politiques, etc., ainsi que la guerre des clans et contre les Blancs.

À Thiès, Diéry Dior Ndella avait ouvertement défié le colon. Sans oublier aussi, toujours d’après les éclairages de Mme Mbow, que cette ville fut le lieu de convergence des Bambaras venus de l’intérieur de l’ancienne AOF, donc du Soudan avec l’établissement du chemin de fer. Et que, dans l’histoire de la sous-région, les Bambaras ont toujours constitué une force de résistance, non seulement par rapport à la colonisation, mais aussi à la djihad omarienne de façon générale et par rapport à l’islamisation.

C’est ce que l’on retrouve chez Sembène Ousmane dans son œuvre « Les Bouts de bois de Dieu ». Il s’agit de ces Bambaras et de tous ces autres étrangers qui sont venus s’installer dans la ville qu’on appelle la « Cité des deux gares ». Ce sont des ouvriers essentiellement liés à l’histoire du chemin de fer pendant la conquête coloniale. Et cette culture de résistance qui s’est sédimentée au cours de l’histoire se retrouve actuellement dans la ville de Thiès.

L’autre aspect, c’est le peuplement de la cité du rail avec des autochtones bien établis, avec de grandes traditions familiales, en plus des familles bambaras qui sont toutes dans une ville pas très loin de Dakar. Donc, une ville moderne très au fait de la chose politique. Ce qui fait que la population, pas trop frappée par l’exode rural, est comme accrochée et liée à son terroir et à ses repères historiques. On se croirait à Thiès dans un gros village moderne où les habitants, comme cela s’est vu dans le passé, s’impliquent dans l’organisation de leur cité et les batailles politiques.

Toutes les batailles politiques ont été d’abord et avant tout les batailles des populations, même si elles s’identifient à un dirigeant politique comme guide. Ce fut le cas avec feu Boubacar Sall surnommé pour son courage le « Lion du Cayor ». La défense d’Idrissa Seck, également désigné sous le nom aux relents guerriers de « Ndamal Kadior » et qui, dans leur entendement, a construit la « Ville Nouvelle » dont les Thiessois sont si fiers, est la chose la mieux partagée. Ce ne sont pas seulement les jeunes qui se battent dans la rue pour leur leader politique, mais aussi les femmes et les enfants. En fait, tout le monde. Et comme de tout temps.

Une figure en cache une autre

Dans la cité du rail, des figures politiques se sont souvent battues bec et ongles afin d’y préserver leurs acquis. Autant dire que ces acteurs politiques ont contribué à faire de Thiès une ville que l’on qualifie de rebelle. Jean Colin a été l’homme politique identifié à Thiès pendant très longtemps. L’homme fort de Thiès en tant que Gouverneur et responsable politique de Thiès qui y faisait et défaisait les carrières, avant de devenir un tout-puissant responsable national au niveau de la présidence de la République. Boubacar Sall, alias « Lion du Cayor », fut un militant libéral et n’en était pas moins un homme de confiance de Me Abdoulaye Wade. Dans la cité du rail, il symbolisait la résistance. Il a plusieurs fois croisé le fer avec des adversaires socialistes de grande envergure, de la trempe de Colin.

Idrissa Seck, « Ndamal Cadior », ancien maire de Thiès, a séjourné en prison. Pourtant, de mars 2000 à son éviction de la tête du gouvernement, M. Seck a eu à jouer les premiers rôles aussi bien au niveau de la République qu’au niveau du PDS. Il fut tour à tour ministre d’État, directeur de cabinet du président de la République et Premier ministre. Talla Sylla, leader politique très bouillant qui a fait ses premiers essais dans le mouvement élève au lycée Malick Sy de Thiès. Ses critiques acerbes envers Wade à travers une cassette lui avaient valu une agression contre sa personne en octobre 2003.

Léopold Sédar Senghor a été maire de Thiès. Originaire de cette région, il avait célébré sa dernière fête de l’Indépendance à Thiès en y investissant 12 milliards FCFA, avant de procéder à une série d’inaugurations le 4 avril 1979.

 Mantoulaye Guène fut une des rares femmes thiessoises qui ont vite gravi les échelons dans le Parti socialiste. Elle a été députée et ministre sous Diouf, avant d’être poussée vers la sortie par Colin. Ousmane Ngom, originaire de Thiès, fut un grand syndicaliste et figure politique du PS. Il fut député et ministre sous Senghor. Avant la réalisation des chantiers de Thiès, les habitants de la cité du rail aimaient souligner que tout ce qu’il y a comme infrastructures dans leur ville a été l’œuvre d’Ousmane Ngom.

Souleymane Ndiaye Brin, politicien de gauche et syndicaliste. Il faisait partie des jeunes qui avaient tenu tête à Diouf en 1988. Mbaye Diouf, responsable socialiste à Thiès, très puissant jusqu’à la veille de l’Alternance, a été anéanti sur tous les plans par son emprisonnement qui a suivi les audits. Certains ont vu la main d’Idy dans l’arrestation de celui qui était le seul capable de lui tenir tête dans la ville de Thiès parce qu'étant à l’époque financièrement très puissant.

Auteur: Cheikh CAMARA (Correspondant à Thiès)
Publié le: Jeudi 02 Avril 2026

Commentaires (6)

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    Attention il y a 1 semaine
    Lat Dior avait un côté sombre également, notamment le côté esclavagiste et son début ceddo.
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    Faute Professionnelle il y a 1 semaine
    Pourquoi la RTS n'a pas pensé aller interviewer Idrissa longtemps Maire de Thiès. Wade lui avait retiré terriblement la tenue de la fête de l'indépendance à Thiès en 2004. Problème politique dû à l'arrivée et montée en puissance de l'enfant biologique Karim. il fallait dégager "l'insoumis " et Populaire Idrissa Seck.
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    A passer by il y a 1 semaine
    Me demande d'où vient cette expression ''plier le genou''? Peut-être de l'œuvre d'une écrivaine dont le nom m'échappe (Le cœur n'est pas un genou qu'on plie). En réalité, le genou ne se plie pas, c'est un ''instrument'' qui sert à plier (la jambe). Soit dit en passant.
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    Triste époque il y a 1 semaine
    Malheureusement à l'époque de Lat Dior une majorité de la population était acquise à la colonisation à travers les citoyens des Quatre Communes. Lat Dior incarnait un système archaïque dans lequel seul les notables contrôlaient tout et oppressait fortement les plus pauvres. En face dans les Quatre Communes il y avait développement économique, social, plus d'égalité et un fonctionnement démocratique. Les gzns pensaient que ce modèle s'imposerait dans tout le pays avec la colonisation. Résultat: beaucoup de ses citoyens l'ont trahi, les troupes coloniale n'étaient composées presque que de Noirs et il a même été tué par un des nôtres du nom de Socé Sow tout fier d'avoir tué le Damel.
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    Labba il y a 1 semaine
    En tant que Sénégalais et Africain, j’en ai assez d’entendre ces contrevérités héritées du toubab, comme quoi Lat Dior serait un ceddo — terme que certains utilisent à tort pour désigner un alcoolique ou une personne aux mœurs douteuses. Non, Lat Dior est né musulman et est mort musulman. Pour l’histoire : Lat Dior est le petit-fils de Sakhewer Fatma Diop, né à Sagatta vers 1750. Celui-ci a très tôt quitté la voie païenne pour se convertir auprès du marabout Matar Ndoumbé Diop, qui était d’ailleurs son parent. Après son apprentissage, il a épousé des filles de marabouts et de chefs. Parmi ses descendants, on compte notamment Lat Dior, Alboury, Serigne Cheikh Gainde Fatma, Serigne Mountakha, Serigne Mame Bou, le Khalife Niassène, entre autres. Les Français, en destituant Lat Dior, ont voulu « délatdioriser » le Sénégal et les Sénégalais, en laissant derrière eux des mensonge, comme le fait qu’il été alcoolique ou dépravé. Pour ceux qui affirment qu’il a été converti à l’islam par Maba Diakhou Bâ, c’est également faux. Lat Dior a connu Maba dans le daara de Serigne Ibrahima Mbaye à Longhor Mbaaye. Et naturellement, lors de son exil, il s’est rendu dans le Saloum, alors gouverné par Maba. Lat Dior était entouré de marabouts (cadis) pour rendre la justice dans son royaume, parmi lesquels : Serigne Mamor Anta Saly Mbacké, Khaly Madiakhaté Kalla, Masseck Bao Diagne (son ami d’enfance), entre autres. Alors, arrêtons un peu avec ces éléments de langage laissé par le toubab pour nous distraire. De grâce, lisons les archives et surtout les livres écrits sur cette histoire et bien d’autres dans le Sénégal de nos ancêtres. Guen balma aakh
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    soce il y a 1 semaine
    Soce Sow aurait achevé lat dior selon certains dires. Certes, mais il ne faut pas oublier que la republique de l'epoque etait la France et non le Cayor, ni lat Dior. Donc, des dissidents de l'empire colonial qui sont passé plus tard heros national et resistant. Donc le fait que des noirs ce soient retrouvés dans les rangs des colons, dont des ndiaye, des dios, des fall, des sow, des gassama etc, c'est parce qu'ils etaient des soldats reguliers de la France. Il faut toujours replacer les evenements dans leur contexte. Qui a livre Dierry Dior ndella aux Francais? Lat Dior et Et Sidiya ou le fils de ndiemeut Mbodj? Qui a livre cheikhou Amadou pour le compte des francais? Lat Dior lui meme ne fut il pas chef de canton du colon? Damel Samba Laobe? Demba War? fetons l'independance.......et oublions les differents roles, actes et l'autoglorification.
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    max il y a 1 semaine
    je ne vois pas en quoi thies est rebelle par rapport au reste du pays. lat dior n'est pas thiessois, son terroir d'origine est aujourd'hui plus dans la région de louga. il n y a jamais d'occupation du territoire sénégalais que thies a refusé...comme fut lyon capitale de la résistance en france, donc arrêtez cette sorte d'imitation. et les régions sénégalaises devraient arrêter de porter les noms de leurs chefs lieux (une erreur). aujourd'hui mbour a autant ou plus de potentialités que thies mais reste malheureusement sous sa tutelle à cause de cette erreur.

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