Statistiques de genre et budgets publics : Des parlementaires formés pour mieux agir en Afrique de l’Ouest et du Centre
Des parlementaires de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont pris part à un atelier régional axé sur l’utilisation des statistiques de genre et la budgétisation sensible au genre, en vue de renforcer l’efficacité des politiques publiques en faveur des femmes et des filles.
Organisée par la Direction Nationale de l'Equité et de l'Egalité de Genre et ONU FEMMES, cette rencontre regroupe des parlementaires venus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Tchad, de la République centrafricaine, du Cameroun et de la République démocratique du Congo. L’objectif étant de renforcer leur capacité dans l’utilisation des données de genre afin d’orienter les décisions politiques et budgétaires.
Mireille Kamitatu, Directrice adjointe du Bureau régional d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a insisté sur l’importance de transformer les statistiques en leviers d’action. Elle a rappelé que derrière chaque chiffre se cache une réalité humaine, souvent marquée par des inégalités persistantes.
Elle a notamment évoqué des indicateurs préoccupants, tels qu’un taux élevé de mortalité maternelle dans la région, la forte présence des femmes dans le secteur informel ou encore les violences basées sur le genre. Autant de réalités qui, selon elle, doivent être prises en compte dans l’élaboration des budgets et des politiques publiques.
"Les données existent, mais elles doivent être utilisées là où se prennent les décisions. Vous êtes ici parce que vous êtes le maillon entre la donnée et la décision. Notre région porte des réalités que les chiffres ne devraient plus pouvoir ignorer : 733 décès maternels pour 100 000 naissances en Afrique de l'Ouest parmi les taux les plus élevés au monde. Plus de 97% des emplois féminins sont dans l'informel. Et dans certaines parties de notre région, une femme sur quatre subit des violences d'un partenaire intime, 70% sont victimes d’incestes. Les violences se perpétuent en silence", rappelle-t-elle, tout en invitant les parlementaires à jouer pleinement leur rôle dans l’intégration des statistiques de genre dans les lois de finances et les mécanismes de contrôle budgétaire.
L’expérience du Sénégal a été citée comme une illustration concrète de l’impact des données sur les décisions politiques. La loi sur la parité, adoptée en 2010, a permis d’augmenter significativement la représentation des femmes à l’Assemblée nationale, démontrant ainsi le pouvoir des statistiques dans le plaidoyer et la réforme.
"A tout seigneur, tout honneur. L'expérience sénégalaise est instructive non pas comme modèle parfait, mais comme preuve que les données peuvent faire bouger les lignes. En 2010, face à des statistiques documentant la sous-représentation criante des femmes seulement 23% des sièges parlementaires, alors qu'elles représentent 52% de la population le mouvement des femmes a su s'emparer de ces chiffres pour porter la Loi sur la parité. Résultat : dès les élections de 2012, la représentation des femmes à l'Assemblée nationale est passée de 22% à plus de 43%. Aujourd'hui, le Sénégal figure parmi les quatre premiers pays d'Afrique pour la représentation parlementaire des femmes. La donnée seule ne fait pas la loi. Mais sans données, le plaidoyer reste dans le vague", a-t-elle indiqué.
Représentant la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Astou Fall (conseillère technique) a, de son côté, mis en avant l’engagement du Sénégal en faveur de l’égalité de genre. Elle a rappelé que cette ambition est inscrite dans des cadres stratégiques tels que la Vision Sénégal 2050 et la Stratégie nationale pour l’équité et l’égalité de genre.
Selon elle, la budgétisation sensible au genre constitue un outil essentiel pour réduire les inégalités.
"Il ne s’agit pas de budgets distincts pour les femmes, mais de veiller à ce que chaque dépense publique contribue à l’équité", précise Mme Fall.
Elle a également souligné le rôle déterminant des parlementaires, appelés à influencer les lois, orienter les budgets et assurer le contrôle de l’action gouvernementale sur la base de données fiables et désagrégées.
Par ailleurs, cet atelier se veut un cadre pratique d’apprentissage et d’échanges d’expériences entre pays. Les participants seront amenés à analyser des données concrètes et à identifier des leviers pour intégrer les statistiques de genre dans leurs travaux parlementaires.
À l’issue de la rencontre, les organisateurs espèrent voir émerger une nouvelle dynamique, où les décisions politiques seront davantage fondées sur des preuves, au service d’une gouvernance plus équitable et d’un développement inclusif dans la région.

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