VBG et budget sensible au genre : Des professionnels de l’information à l’école de la DEEG
Près de 32 % des femmes sénégalaises âgées de 15 ans et plus ont subi au moins une forme de violence en 2023. Dans certaines régions comme Diourbel, cette proportion atteint 42 %. Face à ces chiffres préoccupants, la Direction de l'Équité et de l'Égalité de Genre (DEEG) a réuni des journalistes autour des enjeux de la budgétisation sensible au genre et des violences basées sur le genre (VBG).
Pendant trois jours, des professionnels des médias sont renforcés sur deux thématiques considérées comme essentielles pour la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes : les violences basées sur le genre et la budgétisation sensible au genre. À travers cette initiative portée par la DEEG, ONU Femmes et l'APIG, les organisateurs espèrent ainsi faire des médias des acteurs de premier plan dans la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et dans la lutte contre les violences basées sur le genre au Sénégal.
Des inégalités persistantes dans plusieurs secteurs
Ouvrant officiellement les travaux, la directrice de l'Équité et de l'Égalité de Genre, Astou Diouf Guèye, a remplacé les débats dans le cadre de la Vision Sénégal 2050 et de la Stratégie nationale pour l'équité et l'égalité de genre. Elle a rappelé plusieurs indicateurs révélateurs des disparités persistantes. Dans le domaine économique, le taux d'emploi des femmes est de 30,5 %, contre 60,3 % pour les hommes. Sur le plan politique, malgré les avancées enregistrées grâce à la loi sur la parité, les femmes représentent 41,2 % des députés à l'Assemblée nationale, tandis que leur présence dans la nouvelle équipe gouvernementale ne dépasse pas 10 %. « L'équilibre est encore loin d'être atteint dans les postes de décision », a reconnu la directrice. Au cœur des échanges figure également la budgétisation sensible au genre, un concept encore peu maîtrisé par le grand public. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s'agit pas de créer des budgets distincts pour les femmes et les hommes. « C'est un outil de gouvernance qui permet de s'assurer que chaque franc investi par l'État contribue effectivement à réduire les inégalités et à répondre aux besoins spécifiques des femmes, des hommes, des filles et des garçons », a expliqué Astou Diouf Guèye. Pour les organisateurs, les journalistes ont un rôle essentiel à jouer dans la vulgarisation de ces mécanismes budgétaires souvent perçus comme techniques. « Derrière ces statistiques, il y a des vies humaines, des réalités et des souffrances. Notre responsabilité collective est de transformer ces données en actions concrètes », a conclu la directrice de l'Équité et de l'Égalité de Genre.
Pour la présidente de l'Association des professionnels de l'information pour le genre (APIG), Adama Diouf Ly, cette formation répond à un besoin réel d'outillage des journalistes. « Il faut être bien informé avant d'informer. Nous devons être capables d'analyser les données, d'identifier les indicateurs clés et de traiter ces questions avec responsabilité », a-t-elle souligné. Pour Ndeye Seynabou Sarr de l’Onu femmes : « Sans données fiables, les inégalités restent invisibles. Sans une diffusion appropriée de l'information, les données peinent à se transformer en actions concrètes », a insisté la représentante d'ONU Femmes. Elle a également mis en garde contre certaines interprétations erronées des statistiques, évoquant notamment la polémique née autour du chiffre selon lequel plus de 70 % des femmes auraient subi une forme de violence au cours de leur vie. « Violence ne signifie pas féminicide. Il est important que les médias maîtrisent les concepts et les données afin d'éviter les amalgames », a-t-elle rappelé. « Le genre est aujourd'hui transversal. Il touche la santé, l'éducation, l'environnement, l'économie et la gouvernance. Les violences basées sur le genre concernent certes les femmes et les filles, mais elles touchent également les hommes et les garçons », a-t-elle souligné.
Elle a également insisté sur le rôle des médias dans la prévention des violences et la protection des victimes. « Nous devons informer avec professionnalisme, sensibiliser sans stigmatiser et promouvoir des comportements favorables à la prévention », a-t-elle déclaré.
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