Le retournement de la politique (Moussa DIAW, politologue)
L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye annonçait un tournant décisif dans l’histoire politique du Sénégal par l’engouement et l’espoir qui ont marqué un changement politique, avec la ferme volonté de transformations du modèle démocratique sénégalais pour l’adapter aux attentes des populations, notamment de sa jeunesse. Celle-ci s’était mobilisée afin de tourner la page d’un système corrompu par des pratiques qui ont retardé l’évolution politique, économique et sociale du pays. Mais, la fissure dans le duo, qui apparaissait comme une innovation politique par la trajectoire et la connivence supposée entre les membres de l’exécution, illustre bien la difficulté sinon l’impossibilité de partager le pouvoir et de pérenniser la convergence des orientations politiques synchronisées. La réalité de la dualité au sommet de l’Etat, même si l’on esquive la confrontation directe, donne sens à la divergence profonde, engendrée par le changement de cap du Président de la République, dans une perspective de conservation du pouvoir, en posant des actes qui traduisent clairement cette ambition. Nul doute que le silence observé sur la reddition des comptes, la mort de beaucoup de jeunes manifestants de 2021 et 2024, tout comme la mise en place d’une coalition parallèle constituent des signes tangibles d’un revirement politique.
Comment expliquer ce retournement de discours et d’actions politiques ?
L’auteur de l’esprit des lois alertait déjà sur les risques de la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne car le risque est grand qu’il en abuse. C’est la raison pour laquelle il préconisait le principe de leur séparation et redistribution équilibrée. Le goût prononcé pour le pouvoir est une attitude qui caractérise les hommes politiques, particulièrement en Afrique. Thomas Hobbes signalait que « l’homme est assoiffé de pouvoir ». Malgré ces avertissements, rien n’a été fait concrètement pour éviter la présence massive des membres de la famille, de la fratrie et surtout des personnes très liées au régime précédent. Pourtant, le discours initial tournait autour de la nécessité de changer ces pratiques politiques,d’imposer une bonne gouvernance, la transparence et une gestion saine des ressources publiques. Aujourd’hui, le désir de pouvoir semble représenter une priorité pour laquelle aucun moyen n’est ménagé pour y parvenir en multipliant des discours de rupture par rapport au projet de Pastef qui lui avait permis de se hisser au sommet de l’Etat. Curieusement, on assiste à des phénomènes comme la création de structures à l’image « des Ambassadeurs de la paix »,« Initiative Sunu Champions », et « Think tank des cadres » qui rappellent les « clubs de soutien », développés sous le régime du l’ancien Président Abdou Diouf. En effet, ces initiatives ne furent pas opérantes pour permettre à ce dernier de garder le pouvoir. Par la suite, la première alternance politique interviendra. De même, le recyclage politique (transhumance), à travers la récupération des leaders des régimes sanctionnés par les populations, constitue la nouvelle stratégie de maillage de l’espace politique. L’obsession de dialogue et de réforme s’inscrit dans un agenda qui risque de prendre beaucoup de temps sans déboucher réellement sur des objectifs probants. Dans tous les cas, les Sénégalais attendent les échéances électorales pour se prononcer sur le bilan d’une gouvernance partagée.
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