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Finance islamique : diversification stratégique ou segment de niche ?

Auteur: AÏcha Fall

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Finance islamique : diversification stratégique ou segment de niche ?

Dans un pays où plus de 95 % de la population est de confession musulmane, la finance islamique apparaît, sur le papier, comme un levier naturel de diversification financière. Fondée sur l’interdiction de l’intérêt et sur le principe de partage des risques, elle repose sur des contrats adossés à des actifs réels et à des activités productives. Elle se distingue ainsi du crédit classique par une logique de partenariat plutôt que de simple prêt à taux fixe.

Le Sénégal a officiellement ouvert la voie dès 2014 avec l’émission d’un sukuk souverain de 100 milliards de FCFA sur le marché régional. Depuis, plusieurs émissions ont suivi, dont une levée de 330 milliards de FCFA en 2022, structurée selon les principes de la finance islamique. Ces opérations ont rencontré une demande significative, notamment de la part d’investisseurs institutionnels et de souscripteurs issus de pays du Golfe. Elles ont démontré qu’il existe un appétit réel pour ce type d’instrument.

Au niveau bancaire, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a intégré depuis plusieurs années des dispositions spécifiques encadrant les produits islamiques dans l’espace UEMOA. Des établissements dédiés ou des fenêtres islamiques au sein de banques conventionnelles proposent désormais des contrats de mourabaha pour le financement d’équipements, d’ijara pour la location avec option d’achat ou encore de moucharaka pour des projets en partenariat.

Malgré ces avancées, la part de la finance islamique dans le système bancaire sénégalais reste modeste. Les actifs conformes à la charia représentent une fraction limitée du total des actifs bancaires nationaux. Plusieurs facteurs expliquent cette progression lente.

D’abord, l’environnement réglementaire, bien qu’existant, demeure perfectible. La standardisation des contrats, la supervision spécifique et la formation des régulateurs nécessitent un approfondissement continu. Ensuite, la fiscalité peut créer des distorsions. Certains produits islamiques impliquent des transferts de propriété successifs, susceptibles d’entraîner une double taxation si les textes ne prévoient pas d’aménagements adaptés.

Le défi est également culturel et technique. Structurer un produit islamique requiert une expertise juridique et financière spécifique, encore peu répandue localement. Les banques doivent former leurs équipes, mettre en place des comités de conformité religieuse et adapter leurs systèmes informatiques. Ces investissements initiaux ralentissent l’expansion du segment.

Pourtant, l’enjeu dépasse la simple conformité religieuse. La finance islamique peut capter une épargne qui reste aujourd’hui en marge du système bancaire, par réticence à l’égard du crédit à intérêt. Dans un contexte où le taux d’utilisation des services financiers dans l’UEMOA avoisine 45 %, selon les données de la BCEAO, toute source additionnelle de bancarisation constitue un atout pour la mobilisation de ressources internes.

Elle peut aussi contribuer au financement d’infrastructures et de projets structurants. Les sukuk, adossés à des actifs tangibles, offrent une alternative aux obligations classiques. Ils peuvent attirer des investisseurs du Moyen Orient ou d’Asie du Sud Est en quête de placements conformes aux principes islamiques. Pour un pays engagé dans des programmes d’investissement ambitieux, cette diversification réduit la dépendance à un seul type de financement.

Il convient toutefois de rester mesuré. La finance islamique n’est pas une solution automatique aux contraintes budgétaires ou à l’insuffisance du crédit aux PME. Elle obéit aux mêmes exigences de solvabilité, de rentabilité et de gestion des risques que la finance conventionnelle. Un projet peu viable ne devient pas soutenable du seul fait qu’il est structuré sans intérêt.

Le véritable potentiel réside dans l’intégration cohérente de ces instruments dans l’écosystème financier national. Cela suppose une adaptation fiscale fine, une formation accrue des professionnels, une meilleure information du public et une structuration locale plus poussée des produits. À ces conditions, la finance islamique pourrait devenir un complément stratégique, capable d’élargir la base d’investisseurs et de renforcer la profondeur du marché financier sénégalais.

Aujourd’hui, elle représente une opportunité réelle, mais encore incomplètement exploitée. Son avenir dépendra moins des principes théoriques que de la capacité institutionnelle et technique à en faire un outil pleinement opérationnel au service de l’économie nationale.

Auteur: AÏcha Fall
Publié le: Lundi 23 Février 2026

Commentaires (2)

  • image
    Attention il y a 5 heures
    Actuellement leur modèle c'est surtout une arnaque qui n'a d'islamique que le nom ! Méfiez vous de ces gens qui utilisent la religion uniquement pour faire de l'argent.
  • image
    Camenni il y a 5 heures
    Bienvenue sur le meilleur service de rencontres intimes >> Xdate.mom

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