Duel judiciaire entre Paulette Rita Badiane et le service du Pr Seydi : Le médecin réclame 300 millions à la Tik-tokeuse
Le tribunal correctionnel de Dakar a jugé, ce mercredi, Paulette Rita Xavière Badiane, poursuivie pour diffamation commise envers une administration publique, à la suite de propos tenus sur le réseau social TikTok visant le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Fann. Selon l’accusation, l’enseignante et médiatrice interculturelle à la migration avait, lors d’un « live » diffusé, accusé l’unité de réanimation du service dirigé par le professeur Moussa Seydi d’avoir commis une erreur médicale ayant entraîné la mort de sa belle-mère.
À la barre, Paulette Rita Xavière Badiane n’a pas nié ses déclarations. Elle a expliqué s’être exprimée après avoir appris que sa belle-mère se plaignait de douleurs à la poitrine. « J’ai entendu ma belle-mère dire au téléphone qu’elle avait mal à la poitrine. Mon cousin m’a dit qu’un médecin lui avait demandé pardon pour lui avoir donné un médicament par erreur », a-t-elle soutenu. La prévenue affirme également avoir réagi après la publication de l’affaire par le site Pulse, disant avoir fait une publication et un direct pour donner sa version et appeler les Sénégalais « à ne pas suivre la version de l’hôpital ».
La partie civile réclame 300 millions FCFA
Constitué partie civile, le professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann, estime que ces accusations portent gravement atteinte à la réputation du service hospitalier. Son avocat, Me El Hadji Diouf, a dénoncé des propos graves et infondés. « Elle est militante d’Ousmane Sonko, c’est pourquoi elle se croit tout permis », a-t-il lancé, avant de réclamer 300 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts pour réparer le préjudice. Son confrère, Me El Hadji Amadou Sall, a, de son côté, estimé que la prévenue a raconté des « bobards ».
Dans ses réquisitions, le procureur de la République a considéré que l’infraction est constituée. « Elle accuse un service public d’avoir donné la mort à un patient. La diffusion est établie et l’intention de porter atteinte à l’honorabilité et à la crédibilité du service ressort de ses déclarations », a-t-il soutenu. Estimant que les propos traduisent « une mauvaise foi », le parquet a requis six mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’une amende d’un million de FCFA.
La défense rejette la constitution du Pr Seydi
Pour la défense, Me Sayba Danfakha a contesté toute intention de nuire. « Il n’y a jamais eu la volonté de jeter le discrédit sur le fonctionnement du service. La ferme intention de nuire n’est pas rapportée », a-t-il plaidé. Son collaborateur, Me Moussa Sarr, a soulevé une exception sur la qualité pour agir du plaignant. Selon lui, le professeur Seydi ne pouvait pas se constituer partie civile.
« Le chef de service n’a pas la capacité juridique pour porter plainte. C’est au directeur de l’hôpital Fann de le faire. L’hôpital n’a donné aucun mandat au professeur Seydi », a-t-il soutenu, estimant qu’en l’absence de plainte de l’institution hospitalière, la diffamation ne peut être retenue. Me Sarr a également souligné qu’aucun rapport administratif n’atteste formellement de l’absence d’erreur médicale.
En réplique, Me El Hadji Amadou Sall a invoqué le Code Barbier sur le droit des médias. Le procureur, lui, a cité l’article 373. Me Moussa Sarr est revenu à la charge, relevant une confusion du côté de la partie civile et précisant qu’il visait, pour sa part, l’article 620.
Le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 25 mars 2026.
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