Rapport du travail 2025 : 22 093 emplois créés au Sénégal mais le climat social reste « relativement tendu »
Le marché du travail sénégalais affiche des trajectoires contrastées entre opportunités économiques et persistance de vulnérabilités. Lors de l’atelier de partage sur le Rapport annuel des statistiques du travail (RAST) de l'année 2025, présenté ce jeudi 9 juillet par l’Inspection du travail, les autorités ont dressé une cartographie complète de l'emploi. Élaboré à partir des données des inspections et des institutions de prévoyance, ce document, dont la publication répond à une obligation découlant de la « Convention n°81 de l’Organisation internationale du travail (OIT), ratifiée par le Sénégal », révèle que 2 675 ouvertures ou réouventures d’établissements ont permis de générer 22 093 créations d’emplois. À l’inverse, le tissu économique a enregistré la fermeture de 184 établissements, entraînant la perte de 1 653 emplois, tandis que 78 231 contrats de travail ont été formellement enregistrés auprès des services compétents.
Pour veiller au respect des droits, les inspections du travail ont mené des opérations de contrôle au sein de 5 906 établissements. Ces visites ont mis en lumière plusieurs manquements récurrents à la législation, notamment le non-paiement de certaines primes, des irrégularités dans la délivrance des bulletins de salaire ainsi que l’absence de réunions avec les représentants du personnel. Sur le plan de la santé et de la protection des travailleurs, le rapport tire la sonnette d'alarme sur une hausse des risques professionnels, avec 1 041 cas d'accidents du travail et de maladies professionnelles déclarés en 2025, contre 975 en 2024, et ce, malgré l'installation de 96 comités d’hygiène et de sécurité au travail. En matière de protection sociale, le bilan mentionne 42 315 adhérents et 582 942 participants à l’IPRES, parallèlement à l'octroi de l'agrément à quatre nouvelles institutions de prévoyance maladie.
L'autre volet majeur du rapport met en évidence les lignes de fracture qui perturbent le climat social. Les données statistiques établissent que les services de l’inspection du travail ont enregistré 108 conflits collectifs au cours de l’année, parmi lesquels 58,33 % ont pu être résolus. Le secteur a également été marqué par de vives tensions individuelles, puisque 4 267 travailleurs ont été concernés par des procédures de règlement de différends. L'analyse de ces dossiers individuels montre que 44,81 % ont abouti à une conciliation totale et 9,58 % à des conciliation partielles, tandis que 45,29 % se sont soldés par un échec de la procédure de conciliation.
Ces arbitrages administratifs affichent un impact financier direct et substantiel pour les salariés. Les procédures de conciliations totales et partielles ont permis le versement exact de 993,8 millions de francs CFA aux travailleurs lésés. Par ailleurs, les ruptures de contrats de travail conclues à l’amiable et dûment indemnisées ont généré plus de 10,25 milliards de francs CFA au bénéfice de 3 206 travailleurs.
Présidant la rencontre, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, Mamadou Lamine Dianté, a commenté ces indicateurs en concédant qu'ils traduisent un « climat social relativement tantu » et reflètent « la persistance de difficultés dans les relations professionnelles, malgré les efforts engagés pour favoriser le dialogue social ». Face à ce constat, le ministre a réaffirmé l'engagement du gouvernement à poursuivre l’application du Pacte national de stabilité sociale pour bâtir une croissance inclusive et durable.
Pour inverser durablement la tendance, le ministre a fermement plaidé pour une restructuration des moyens de contrôle : « Il faut nécessairement renforcer les moyens humains, matériels et logistiques de l’inspection du travail pour que les contrôles soient systématiques ». Il a également annoncé une série de réformes structurelles prioritaires, incluant la dématérialisation des procédures administratives, l’amélioration des mécanismes de prévention des conflits, la diversification de la production statistique ainsi que la finalisation de la réforme du Code du travail et du Code de la sécurité sociale. Selon Mamadou Lamine Dianté, l'instauration d'un climat social apaisé est une condition sine qua non pour « renforcer la compétitivité des entreprises, attirer davantage d’investissements et préserver les emplois au Sénégal ».
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