Droits humains : Amnesty International alerte sur la dégradation persistante en Afrique de l’Ouest et centrale
La situation des droits humains en Afrique de l’Ouest et centrale demeure préoccupante. C’est du moins le constat sur le dernier rapport annuel présenté à Dakar ce mardi 21 avril par Amnesty International.
A l’occasion d’une conférence de presse, Habibatou Gologo, experte adjointe en charge des campagnes pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a dressé un constat sévère, évoquant des crises persistantes, une impunité enracinée et des droits fondamentaux fragilisés.
Les conflits armés continuent de ravager plusieurs pays, notamment au Sahel, au Nigeria, au Cameroun et en République centrafricaine. Pour Mme Gologo, ces violences se déroulent dans un climat d’indifférence internationale et d’impunité quasi totale. «Les mécanismes de justice peinent à fonctionner, à l’image de la Cour pénale spéciale centrafricaine, aujourd’hui fragilisée par un manque de financement compromettant l’accès des victimes à la justice», a-t-elle déclaré.
Elle a indiqué que le rapport a mis en lumière une crise humanitaire d’ampleur, avec 12,7 millions de personnes déplacées, dont plus de 9 millions à l’intérieur de leur propre pays. Les conflits, les effets du changement climatique et les difficultés économiques aggravent la situation.
Concernant le secteur éducatif, elle a fait savoir que des milliers d’écoles ont été fermées, privant des millions d’enfants l’accès à l’éducation. «Les systèmes de santé, déjà fragiles, ont également subi de fortes pressions, en raison de la baisse des financements internationaux », a-t-elle ajouté.
Habibatou Gologo a aussi dénoncé le rétrécissement de l’espace civique dans plusieurs pays.
Selon elle, la liberté d’expression et le droit de manifester sont régulièrement entravés, avec des arrestations, des disparitions forcées et des restrictions d’accès à Internet. Cette tendance limite fortement la pluralité des opinions et la participation citoyenne.
Concernant les violences de genre persistantes, elle a rappelé que les femmes et les filles restent particulièrement vulnérables. «Elles sont les premières victimes lorsqu’il y’a des conflits et même en dehors », a-t-elle martelé. Violences sexuelles, mariages précoces et mutilations génitales féminines demeurent répandus dans plusieurs pays. «Le tableau reste sombre», a-t-elle dit, évoquant l’existence de certaines avancées législatives qui, toutefois, restent fragiles et parfois contestées.
L’experte a également cité le changement climatique comme un ‘’facteur aggravant ‘’ de la crise. Selon elle, les chocs climatiques déplacent les populations et aggravent l’accès aux soins et à l’éducation. «Ce n’est pas seulement les conflits armés, mais aussi les changements climatiques qui affectent les plus vulnérables », a-t-elle insisté.
Malgré ce tableau préoccupant, Mme Gologo a relevé quelques avancées. Elle a indiqué que certaines réformes législatives, en matière de droits des femmes, ont été adoptées notamment au Burkina Faso où l’âge du mariage pour les filles a été relevé à 18 ans comme pour les garçons, en Sierra Leone où une loi sur les mutations génitales féminines a été adoptée. « Mais il faut continuer le combat », a-t-elle lancé.
Sur l’espace civique, elle a souligné «beaucoup de libérations » de personnes détenues pour leurs opinions ou leur participation à des manifestations, «un signal assez positif pour la région », dit-elle.
Elle a enfin appelé à une mobilisation accrue des États et de la communauté internationale afin de mettre fin à l’impunité, protéger les civils et garantir le respect des droits fondamentaux.
Pour sa part, l’expert de l’organisation et chercheur senior sur le Sahel, Ousmane Diallo, a évoqué un « rétrécissement homogène de l’espace civique » au Mali, au Niger et au Burkina Faso, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel depuis 2023.
Selon lui, dans ces trois pays, les régimes militaires ont dissous des partis politiques et prolongé les transitions jusqu’en 2030. Il a aussi déploré la multiplication des disparitions forcées citant à titre d’exemple le Mali, où Moussa Mara a été condamné à deux ans de prison pour un tweet, le Burkina Faso, Idrissa Barry (Idriss Abari), du mouvement Servir et Non Se Servir (SENS) a été enlevé en mars 2025 et reste introuvable et le Niger, où Moussa Tchangari, figure de la société civile, risque la peine de mort pour ses prises de position.
Monsieur Diallo a indiqué que l’Institut économique pour la paix a démontré que le conflit reste meurtrier avec une concentration de 51% du Sahel des actions terroristes mondiales en 2025.
Il a fait savoir que 9 362 civils ont été tués, des victimes du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), de l’État islamique au Sahel, mais aussi des forces gouvernementales et de leurs supplétifs.
Selon lui, les frappes de drones, comme à Ejdier au Mali où 16 forains ont péri, illustrent un « ciblage indiscriminé ».
Face à ses nombreux défis, l’expert de l’organisation a lancé un appel d’urgence pour la libération des détenus arbitraires ; le refus de l’impunité ; la protection de l’espace humanitaire après l’expulsion du Comité International de la Croix-Rouge CICR) au Niger ; mais également pour le soutien des journalistes, avocats et militants locaux. « Cette crise est structurelle et exige de nous d’être à la hauteur », a-t-il conclu.
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