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Entre jihadistes et rebelles au Mali, des agendas divergents mais un ennemi commun

Auteur: AFP

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Entre jihadistes et rebelles au Mali, des agendas divergents mais un ennemi commun

Les attaques sans précédent menées au Mali par les rebelles touareg et la branche sahélienne d'Al‑Qaïda concrétisent de manière spectaculaire leur alliance scellée il y a un an, fondée sur des intérêts divergents mais un ennemi commun: la junte au pouvoir depuis 2020 et les paramilitaires russes qui la soutiennent.

Les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) ont revendiqué samedi une série d'attaques coordonnées et d'ampleur avec la rébellion touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte, en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes importantes.

Le soir de ces attaques, le JNIM a proclamé la "victoire", fruit d'un "travail acharné", d'une coordination avec ses "partenaires" et de "la participation active de nos frères du Front de libération de l'Azawad", groupe indépendantiste à dominante touareg créé en novembre 2024 qui revendique le territoire de l'Azawad, dans le nord du Mali.

Les rebelles et les jihadistes ont lancé samedi un assaut conjoint contre la ville-clé de Kidal (nord), qu'ils contrôlent désormais à nouveau, après l'avoir perdue en novembre 2023 à la suite d'une offensive de l'armée malienne appuyée par des paramilitaires russes.

Selon des sources sécuritaires, les deux groupes ont également combattu ensemble samedi à Gao (nord), où ils ont été repoussés par l'armée malienne mais sont toujours déployés dans la zone.

Ces assauts conjoints rappellent ceux de 2012, lorsque des rebelles touareg s'étaient alliés à des jihadistes pour prendre les grandes villes du Nord. Mais les deux camps avaient fini par s'affronter violemment, les jihadistes chassant alors les indépendantistes touareg. Le nord du pays avait par la suite été libéré de l'occupation jihadiste en janvier 2013 après l'intervention de l'armée française, qui restera presque 10 ans au Mali.

- "Agendas différents" -

Depuis lors, les relations entre indépendantistes et jihadistes ont été conflictuelles. Des combats directs ont encore été observés en avril 2024 à la frontière mauritanienne, rappelle Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes et chercheur au groupe de réflexion Soufan Center.

Mais il y a un an, un accord a été passé entre le FLA et le JNIM, explique M. Nasr, qui l'avait révélé à l'époque.

Peuple historiquement nomade réparti entre plusieurs États – Mali, Niger, Algérie, Libye et Burkina Faso –, les Touareg mènent depuis des décennies des luttes armées contre leur marginalisation, en particulier autour de Kidal.

Cette nouvelle alliance entre le FLA et le JNIM prévoit notamment l’acceptation par les rebelles touareg de l’application de la charia, la mise en place de juges reconnus par les deux mouvements, un échange de compétences militaires ainsi qu’un principe selon lequel, en cas de prise de territoires, la gestion urbaine sera confiée en priorité au FLA et la gestion rurale aux jihadistes, détaille le chercheur.

Cette coopération s’est matérialisée au cours de l’année dernière par des transferts de savoir‑faire militaire, notamment en matière d’engins explosifs improvisés (IED) ou d’utilisation de mortiers, des capacités jusque‑là peu maîtrisées par le FLA mais détenues par le JNIM, souligne Wassim Nasr.

Mais les attaques coordonnées de samedi marquent "la première fois qu'on a vraiment l'application des termes de l'accord", poursuit le chercheur.

La spécificité de cette nouvelle alliance: elle unit deux organisations aux agendas différents, relève Jean‑Hervé Jezequel, directeur du projet Sahel à l'ONG International Crisis Group.

"Le JNIM porte un projet politico‑religieux, centré sur l'instauration de la charia et le rejet des forces étrangères, tandis que le FLA défend un agenda territorial et autonomiste, centré sur l'Azawad", résume-t-il.

"Cette convergence repose avant tout sur l'existence d'adversaires communs, à savoir les autorités maliennes et leurs partenaires russes" du groupe paramilitaire Africa Corps, contrôlé par Moscou, ajoute-t-il.

- "Adversaires communs" -

Pour Wassim Nasr, le but stratégique recherché par l'alliance des jihadistes et des rebelles n'est pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord.

"Ils ont fixé l'armée dans le centre, fait mal au pouvoir à Bamako, ce qui a paralysé la réponse militaire, et ils ont eu ce qu'ils voulaient dans le Nord", Kidal, ajoute-t-il.

"Dans un second temps, ils peuvent essayer de pousser leur avantage dans le centre du pays, une sorte de deuxième phase qui accélérerait la chute de l’actuelle junte et/ou un changement de régime à Bamako", poursuit M. Nasr.

Sadio Camara, 47 ans, ministre de la Défense et figure-clef de la junte, a été tué lors d'une attaque du JNIM samedi contre sa résidence près de Bamako. Le chef des services de renseignement, Modibo Koné, a été blessé par balle.

Du début des attaques samedi matin jusqu'à mardi soir, Assimi Goïta, chef de la junte, est resté invisible et silencieux, alimentant les spéculations sur son sort. Il est finalement apparu à la télévision nationale mardi soir, affirmant que la situation sécuritaire était "maîtrisée".

La stratégie des jihadistes et des rebelles "est d'affaiblir et délégitimer les autorités maliennes, en accentuant la pression sécuritaire dans l'espoir d'un effondrement politique du régime plutôt que d'une prise directe du pouvoir, qui apparaît plus compliquée à court terme", juge M. Jezequel.

De fait, les indépendantistes du FLA ont annoncé mercredi leur intention de conquérir les grandes villes du Nord et prédit la chute de la junte, "tôt ou tard".

Contrairement aux alliances du début des années 2010, rapidement rompues, le chercheur estime que la coopération actuelle pourrait durer plus longtemps, même s'il juge son avenir incertain à moyen terme.

Pour Wassim Nasr, le véritable test sera la gestion de villes comme Kidal, une phase qui n'a pas encore réellement commencé.

Auteur: AFP
Publié le: Vendredi 01 Mai 2026

Commentaires (4)

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    Ousmane il y a 1 semaine
    Ce sont des djihadistes alliés à des indépendantistes pour instaurer la charia au Mali? Soit! Mais on doit alors se demander pourquoi ces mêmes soi-disant djihadistes venus de la Libye, de l'Algérie, de la Mauritanie et du Maroc choisissent le Mali, un pays qui leur est étranger, et ne vont pas attaquer la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie et la Libye qui sont leur pays d'origine? C'est bizarre! Ou bien le Mali leur plaît seulement ? Vous dites qu'ils combattent les régimes militaires des pays de l'AES et les mercenaires russes? Le problème est qu'ils n'ont pas attendu l'arrivée de ces régimes militaires et les leaders militaires des pays de l'AES pour commencer leur guerre. Votre récit n'est que de la science fiction, et vous ne faites que de la propagande pour légitimiter la cause des terroristes dont vous êtes les laudateurs et les dépeindre sous d'autres couleurs. La vraie question est: pour qui bossez-vous? Autre question: combien êtes-vous rémunérés pour faire votre propagande nauséabonde, quitte à salir la peau de l'islam ? Dernière question : êtes-vous des musulmans ?
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    @Ousmane il y a 1 semaine
    « venus de la Libye, de l'Algérie, de la Mauritanie et du Maroc » ça c'était en 2012. Entre temps les exactions des mercenaires et FAMa ont changé la donne et les terroristes sont aujourd'hui majoritairement des peuls, songhaïs, touaregs et dans une moindr mesures des bambaras.
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    ndarndar il y a 1 semaine
    ousmane, ces groupes armés agglomèrent surtout aujourd'hui l'ensemble de la haine contre les russes et l'armée malienne coupable de dizaines de massacres de villageois, viols de masse et exécutions sommaires sur les ethnies du nord. la question religieuse est secondaire.
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    Tovaritch Popov il y a 1 semaine
    Libérer une localité est une chose la tenir en est une autre. L'armée malienne est incapable de tenir Kidal et d'ailleurs tout le nord, elle n'en a ni les moyens humains ni logistiques et les mercenaires de l'Afrikakorps se sont révélés être un ramassis de cupides criminels de guerre et rien d'autre.
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    Ousmane il y a 1 semaine
    Le Mali est-il le seul pays où la charia est absente ? Pourquoi venir d'ailleurs, de pays où la charia est absente et avoir la prétention d'aller l'instaurer, non pas chez soi, dans son propre pays, mais ailleurs, dans un pays totalement étranger avec qui vous ne partagez aucune valeur sociale ou culturelle ? On peut dire que ces gens de l'AFP mentent très mal. Vous feriez mieux d'aller apprendre à mentir plus bien afin de conduire les populations non instruites à avaler vos ragots de borne fontaine.
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    news il y a 1 semaine
    Ce 1er mai 2026, les terroristes ont affirmé avoir mis en place un blocus de Bamako, la capitale malienne. Pourtant, les troupes de l'Africa Corps, aux côtés de l'armée malienne, ont escorté avec succès un convoi de plus de huit cents camions de ravitaillement. La couverture aérienne était assurée par les hélicoptères de l'Africa Corps, issus des forces armées russes. ////////////////// ////////////////////// ///////////////////// //////////////////// ////////////////// Après l'échec de la tentative de coup d'État au Mali, des images ressorties des archives ont circulé pour faire croire à un succès des assaillants. Toutefois, ces vidéos, vieilles de trois ans, n'ont aucun lien avec les combats en cours. ////////////////// ////////////////////// ///////////////////// //////////////////// ////////////////// Il suffit parfois de quelques images diffusées au bon moment pour tenter de réécrire une histoire qui, sur le terrain, s'est écrite tout autrement. C'est précisément ce qui vient de se produire au Mali, où une vaste offensive des terroristes s'est transformée en une tentative maladroite de propagande. Des vidéos montrant d'importantes quantités d'armes et de véhicules prétendument saisis à Kidal ont commencé à rapidement circuler en ligne, comme la preuve irréfutable d'un succès éclatant remporté par les assaillants. L'emballement a été immédiat, y compris dans certains médias français toujours prompts à relayer ce qui ressemble de près ou de loin à une déconvenue pour les forces russes présentes dans la région. Pourtant, il n'aura fallu que quelques heures pour que la supercherie soit démasquée : ces images ne dataient pas de l'assaut en cours, mais d'archives vieilles de trois ans, sans aucun lien avec les événements. ////////////////// ////////////////////// ///////////////////// //////////////////// ////////////////// En vérité, si l'on a besoin de ressortir des images vieilles de trois ans pour prouver qu'on gagne, c'est qu'on est en train de perdre. Ces mises en scène ne trompent personne : elles sonnent comme un aveu. L'aveu que, sur le terrain, la réalité résiste, et que ceux qui jouent avec le feu n'ont plus que des archives à brandir. ////////////////// ////////////////////// ///////////////////// //////////////////// ////////////////// Assimi Goïta fixe le nouveau cap sécuritaire du Mali. Lors d'un Conseil suprême de la défense, le chef d'État, Assimi Goïta, a analysé la sécurité du Mali et formulé seize directives pour renforcer la défense nationale. Elles s'appuient sur cinq axes : mieux couvrir le territoire, intensifier les offensives, améliorer le renseignement, unifier les forces et renforcer la coopération avec la population.

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