Gitex Africa : La jeunesse sénégalaise à la conquête du continent
Il est rare de voir le Sénégal manquer les grands évènements. Une réputation qu’il conserve, en partie, grâce à l’audace de ses jeunes entrepreneurs et à l'appui de structures étatique et privées. La quatrième édition du Gitex Africa Morocco, organisée à Marrakech enregistre la participation d’une importante délégation sénégalaise. L’événement réunit startups, investisseurs et acteurs technologiques venus de plusieurs pays du continent du 7 au 9 avril 2026. Plusieurs entrepreneurs sénégalais profitent de ce rendez-vous pour présenter leurs solutions mais aussi pour explorer de nouvelles opportunités de développement à travers le continent et le monde.
Dans les allées du salon, les jeunes entreprises venues du Sénégal exposent des projets qui couvrent des secteurs variés, de la recherche marketing à la construction, en passant par l’économie circulaire et les industries culturelles. Réussir à s’entretenir avec eux peut relever d’un exploit tant les prospects se ruent vers leurs stands
Looka Research : la donnée consommateurs au service des entreprises africaines

Des entrepreneurs du pays de la Teranga présents à cette messe de la technologie et de l’innovation africaine, on retrouve Serigne Fall, fondateur de Looka Research. La plateforme qu’il a créée propose aux entreprises des outils de recherche sur les habitudes de consommation en Afrique. Il décrit ainsi l’objectif de son initiative : « C’est une plateforme de recherche qui utilise de l’IA et aussi un réseau d’humains pour pouvoir aider les entreprises à collecter les données consommateurs en Afrique. L’utilité, c'est une plateforme que les entreprises utilisent pour mieux comprendre les habitudes et les perceptions des consommateurs ».
La solution permet aux sociétés de mener différents types d’études afin d’orienter leurs décisions commerciales. « Par exemple, si je suis une entreprise qui est dans les produits à grande consommation, je peux faire différents types d'études en termes de recherche, si c'est pour comprendre un peu la satisfaction des clients, pour pouvoir s'étendre dans un nouveau marché, ou même de pouvoir déployer un nouveau produit ou service. L'idée est de pouvoir parler à ces consommateurs, comprendre quel est leur besoin, quelle est leur situation actuelle, quelle est peut-être la compétition qui existe déjà, qui permettra de prendre des décisions stratégiques », précise-t-il.
Son dispositif repose sur une collecte de données réalisée auprès de différents profils. Le fondateur explique que l’entreprise interroge aussi bien des particuliers que des commerçants ou de petites entreprises afin de disposer d’une vision plus large des comportements de consommation.
L’accès limité à Internet dans certaines zones du continent a conduit la startup à adapter son outil : « Oui, voilà. C'était même la raison pour laquelle on avait commencé, c'est qu'on avait constaté au début que la plupart des outils de recherche existants n'étaient principalement que digitalisés. Et nous, ce qu'on a vu, c'est qu'en Afrique, de manière générale, il y a quand même toujours une grande partie de la population, comme vous l'avez dit, qui est illettrée, qui n'a pas la capacité, ou même l'accès à l'Internet, et qui n'a pas la capacité de pouvoir participer à ce type d'entretien ».
Pour contourner cette difficulté, l’entreprise combine outils numériques et travail de terrain. Les personnes équipées d’un smartphone peuvent répondre aux enquêtes en ligne. Des enquêteurs formés interviennent aussi directement auprès des populations. Serigne Fall explique que ces jeunes, souvent issus des universités, utilisent une application mobile pour interroger des consommateurs dans différents contextes, du marché urbain aux zones rurales.
La startup a commencé ses activités au Sénégal avant d’élargir son champ d’action à d’autres marchés africains. Son fondateur évoque plusieurs collaborations avec de grandes entreprises et annonce un développement vers des marchés anglophones comme le Kenya ou le Nigeria. L’entreprise travaille également à renforcer l’automatisation de ses études et à intégrer davantage d’intelligence artificielle.
Keureo, construire à distance le cœur tranquille

Une autre startup sénégalaise présente à Marrakech développe une solution destinée au secteur du bâtiment. Adama Ndiaye dirige Keureo, une entreprise qui propose un système de suivi et de certification des chantiers. Elle résume son activité : « Nous sommes une solution technologique appliquée dans le BTP. Nous sommes un tiers de confiance qui propose à nos clients le suivi et la certification de l'exécution de leurs chantiers, qu'ils soient à l'étranger ou même au Sénégal ».
Son projet repose sur la présence d’ingénieurs chargés de contrôler l’avancement des travaux à travers un suivi constant. L’entreprise transmet ensuite les informations aux clients afin de valider les paiements. « Nous certifions que l'artisan a bien exécuté le chantier, les travaux autant pour moi. Il y a un ingénieur présent à chaque site pour vérifier ce qui se passe et que tout est bien fait. Derrière, on dit aux clients que c'est ok, vous pouvez passer au décaissement », dit-elle.
D’après sa conceptrice, la naissance de Keureo a été motivée par une situation fréquemment évoquée par les investisseurs immobiliers vivant notamment dans la diaspora. Adama Ndiaye revient sur l’origine de ce projet : « Le vécu. Il y a de nombreux gens de la diaspora et même sénégalais qui ont vécu ce souci-là, entre les arnaques, les travaux mal faits, les investissements perdus dans la construction. On en voit tous les jours ».
La fondatrice explique que l’entreprise joue le rôle d’intermédiaire entre le client et l’exécutant. A l’en croire, les demandes dépassent déjà les frontières du Sénégal. Selon elle, des sollicitations proviennent de plusieurs pays et même du Maroc. Elle estime que ce salon de la technologie africaine représente un cadre propice pour identifier de nouveaux partenaires et envisager une implantation en Afrique de l’Ouest.
Kucibok : structurer et connecter l’écosystème de l’art africain

Parmi les domaines présentés par la délégation sénégalaise, le secteur culturel n’est pas en reste. Moctar Sidibé présente à Marrakech la plateforme Kucibok, destinée à structurer l’écosystème de l’art africain. « Kucibok, comme son nom l'entend, est une plateforme fusionnée à un logiciel qui a pour but aujourd'hui, qui a une double vocation. Sur le côté Afrique, c'est plus dans la structuration aujourd'hui de l'écosystème de l'art », décrit-il.
La plateforme propose aux artistes des outils numériques pour organiser leur activité et documenter leurs œuvres. Pour Moctar Sidibé, cette plateforme vient à son heure dans un secteur qui reste en grande partie informel. Il précise que certains créateurs ne disposent pas de certificats d’authenticité ou d’outils de gestion adaptés. L’initiative vise donc à accompagner ces artistes vers des standards internationaux.
La solution comprend également un second volet destiné aux acteurs du marché mondial de l’art. Moctar Sidibé explique que la plateforme facilite les connexions avec l’écosystème artistique africain tout en contribuant à la préservation du patrimoine culturel.
L’entreprise accompagne déjà plusieurs milliers d’artistes répartis entre le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Bénin. Son fondateur indique que la plateforme propose des outils numériques, des formations et différents services destinés à améliorer la gestion des œuvres et des relations avec les collectionneurs.
Solaat : moderniser la friperie grâce au commerce en ligne
Fini les longues heures dans les marchés à chercher le vêtement d’occasion idéal dans des marchés populaires tels que ceux de Liberté 6 ou Petersen. Seynabou Sagne présente Solaat, une plateforme dédiée à la vente de vêtements de seconde main. « Solaat est la première plateforme e-commerce de seconde main au Sénégal. Donc typiquement, aujourd'hui, on s'est rendu compte que le marché de la friperie est très fragmenté », explique-t-elle.
La startup collecte des vêtements auprès de marchés locaux avant de procéder à leur tri, à leur nettoyage et à leur mise en ligne. Les clients peuvent consulter les caractéristiques des articles et commander directement sur la plateforme. La fondatrice de la plateforme décrit plus en détail ce fonctionnement : « Quand tu commandes sur le site, non seulement sur la fiche de produit tu vas avoir les photos de l'article, tu vas avoir le prix de l'article, tu vas avoir les dimensions de l'article, donc longueur de manche, tour de poitrine, etc. Et tu vas pouvoir commander. Peu importe où tu es au Sénégal, on va te livrer l'article et tu le reçois prêt à être porté ».
La fondatrice annonce, par ailleurs, que l’entreprise prépare aussi une évolution vers un modèle de marketplace. La plateforme prévoit d’intégrer un système de contrôle afin de vérifier la qualité des articles proposés par les vendeurs.
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