Guinée : Conakry suffoque sous les ordures, le cri de détresse des habitants
Depuis le retrait des poubelles publiques, la capitale guinéenne fait face à une accumulation inquiétante de déchets. Une situation qui suscite incompréhension et exaspération chez les citoyens.
Conakry. Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’insalubrité s’impose désormais comme un élément du quotidien. Des grandes artères aux abords des rails, les tas d’ordures s’amoncellent, donnant l’image d’une ville progressivement submergée par ses propres déchets. À l’origine de cette situation, une décision des autorités : le retrait des poubelles publiques dans le but d’encourager les populations à s’abonner aux PME de collecte. Mais sur le terrain, les effets peinent à convaincre.
Une mesure contestée par les habitants
Dans les quartiers comme Cosa, le constat est sans appel. « Avant, nous pouvions au moins déposer nos déchets dans les poubelles. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Tout reste dans la rue et s’accumule rapidement », témoigne un résident. Même son de cloche ailleurs : « On ne sait plus où jeter les déchets. Tout finit dans la rue », confie un autre riverain. Pour beaucoup, la suppression des points de dépôt n’a pas résolu le problème, mais l’a simplement déplacé vers l’espace public.
Le long des rails, le spectacle est particulièrement frappant. Sur plusieurs mètres, des amas d’ordures composés de sacs plastiques, de restes alimentaires et d’eaux stagnantes envahissent l’environnement. « L’odeur est devenue insoutenable, surtout avec la chaleur », explique une vendeuse installée à proximité. Ces zones, autrefois lieux de passage, deviennent progressivement des foyers d’insalubrité, exposant les riverains à des risques sanitaires majeurs.
Au-delà de la disparition des poubelles, c’est aussi l’efficacité du système de collecte qui est remise en question. « Les tricycles passent rarement et parfois très tard. Même ceux qui paient ne voient pas de changement immédiat. Pendant ce temps, les déchets s’accumulent », déplore un habitant de Koloma Marché. Une situation qui alimente le scepticisme et fragilise la confiance des citoyens envers les dispositifs mis en place.
Les ménages modestes en première ligne
La crise de l’assainissement touche particulièrement les populations les plus vulnérables. Faute de moyens pour s’abonner aux services de collecte, certains habitants n’ont d’autre choix que de déposer leurs déchets à même le sol. « On fait comme on peut », résume une habitante. Cette réalité met en lumière les inégalités flagrantes face à l’accès aux services urbains essentiels.
Colère et résignation dans les quartiers
Dans des zones comme la Cité Enco 5, l’incompréhension est totale. « Tout le monde ne peut pas payer. Résultat, les ordures restent dans la rue et nous respirons ces odeurs tous les jours », dénonce un commerçant. Entre colère et résignation, les habitants assistent, impuissants, à la dégradation de leur cadre de vie.
L’accumulation des déchets à Conakry pose aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique et de gouvernance urbaine. Sans solutions rapides et adaptées, la situation pourrait continuer de se détériorer. Au-delà des mesures incitatives, de nombreux citoyens appellent à une approche plus inclusive et efficace, capable de concilier accessibilité, régularité du service et responsabilité collective.


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