Les deux visages de l’Africa Corps au Sahel : qui sont Andreï Averianov et Alekseï Orekhov ?
Le retrait de l’Africa Corps de Kidal en avril dernier sonne comme un revers majeur pour cette force au Mali. Conquise en 2023 et présentée comme le symbole d’une nouvelle offensive contre le terrorisme au Sahel, la base de Kidal incarnait pourtant les ambitions sécuritaires du partenariat russo-malien.
Quelque temps plus tard, son abandon est vécu par plusieurs responsables maliens comme une véritable « trahison ». Au-delà de l’échec militaire, cet épisode révèle au grand jour les zones d’ombre et les intérêts stratégiques de Moscou sur le continent africain.
Après le démantèlement du groupe Wagner, le Kremlin a restructuré sa présence au Sahel autour de l’Africa Corps. Officiellement, Moscou présente cette nouvelle force comme une coopération plus stable, plus structurée et plus efficace que Wagner. Formation, soutien logistique, renseignement et coordination opérationnelle : l’Africa Corps est alors vendu comme le nouvel outil capable de renforcer durablement les capacités de l’armée malienne.
Mais sur le terrain, la réalité apparaît bien différente. Là où Wagner assumait des engagements offensifs directs, l’Africa Corps adopte une posture beaucoup plus prudente. Les forces russes encadrent, conseillent et protègent certains sites stratégiques, tandis que les FAMa restent en première ligne et assument l’essentiel des combats contre les groupes armés.
Ce changement de doctrine répond à une logique claire : préserver l’influence russe au Sahel sans subir le coût humain et politique d’une guerre d’usure. L’Africa Corps devient ainsi moins une force de combat qu’un instrument d’ancrage géopolitique au service du Kremlin.
Derrière cette réorganisation se trouvent deux hommes : Andreï Averianov et Alekseï Orekhov, deux figures clés en Afrique, dont la diplomatie secrète a progressivement été assumée par le Kremlin.
Averianov et Orekhov : les deux visages de la Russie en Afrique
Cette stratégie hybride repose sur un tandem incarnant désormais l’ambivalence russe sur le continent.
Le général Andreï Averianov : directeur des opérations spéciales du renseignement militaire russe (GRU), il supervise discrètement l’expansion sécuritaire du Kremlin en Afrique en tant que commandant de l’Africa Corps. Habitué des opérations clandestines, il représente la dimension opaque de l’Africa Corps et préside notamment une délégation russe contribuant à son déploiement depuis 2023.
Le major-général Alekseï Orekhov : il incarne la façade diplomatique du projet russe, en tant que chef de la Direction principale de la coopération militaire internationale (GUMVS) au sein du ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Longtemps resté dans l’ombre, Alekseï Orekhov a pourtant participé à plus de dix délégations russes chargées du déploiement de l’Africa Corps en Afrique,
dirigées soit par le vice-ministre Yunus-Bek Evkurov, soit par le général Andreï Averianov. Sa première apparition documentée au sein de cette délégation remonte à l’été 2023. Au cours de cette année, Alekseï Orekhov cherche systématiquement à masquer sa présence en portant une casquette et des lunettes de soleil, mais par sa physionomie et sa carrure imposante, il est facilement identifiable.
Depuis 2024, sa présence est beaucoup moins dissimulée : il apparaît auprès du vice-ministre Evkurov dans le cadre de signatures beaucoup plus officielles d’accords de coopération avec différents pays africains. À l’été 2025, quelques semaines avant de prendre ses nouvelles fonctions à la tête de la coopération militaire du ministère de la Défense russe, il accompagne une nouvelle délégation qui se rend au Mali et au Niger, présidée par Averianov.
Aujourd’hui, Alekseï Orekhov incarne la normalisation de la présence russe en Afrique : une influence désormais assumée et directement pilotée par le Kremlin. Avec Andreï Averianov, il symbolise la nouvelle méthode de Moscou au Sahel : afficher un partenariat militaire officiel tout en conservant les méthodes opaques et l’influence indirecte héritées de Wagner.
L’Africa Corps apparaît ainsi comme un outil à double visage : visible dans son discours, opaque dans ses pratiques. Pourtant, sa récente débâcle contre les terroristes maliens fragilise sa position et menace l’avenir sécuritaire malien.
Le Mali face au vrai visage d'Africa Corps : quel avenir pour le partenariat russe ?
Les attaques d’avril 2026 ont levé le voile sur les limites de l’Africa Corps au Mali. Malgré un déploiement ostensiblement massif, le contingent russe a surtout montré sa vulnérabilité face aux offensives du CSP-D (ex-FLA) et du JNIM, privilégiant des replis négociés pour protéger ses hommes plutôt qu’une action décisive sur le terrain.
Cette nouvelle réalité met en lumière un changement de doctrine que Moscou ne peut plus masquer et soulève de sérieuses interrogations sur l’avenir du partenariat militaire avec Bamako.
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