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Plaidoyer pour un droit africain : « Il est impossible de réfléchir de manière endogène dans la langue de l’autre » (juriste)

Auteur: Thiebeu Ndiaye

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Plaidoyer pour un droit africain : « Il est impossible de réfléchir de manière endogène dans la langue de l’autre » (juriste)

Repenser l’approche du droit en Afrique à travers la promotion de l’utilisation des langues locales dans les textes juridiques et les procédures judiciaires. Tel est le plaidoyer de la juriste sénégalaise Fatou Kiné Camara.

Pour la docteure en droit privé et maîtresse de conférence titulaire à la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, il faut nécessairement développer « un droit africain enraciné dans les valeurs et traditions du continent, notamment en valorisant les langues locales ».

« Je suis juriste et je me rends compte qu’on avait un droit qui n’a rien à voir avec celui qu’on nous a imposé depuis la colonisation. On avait en Afrique un droit humaniste, qui reposait sur l’équité, qui nous avait apporté paix et harmonie », a-t-elle indiqué dans un entretien avec l’Agence sénégalaise de presse.

La présidente de l’Association culturelle pour la renaissance africaine (ACRA) estime qu’il « n’est pas possible de réfléchir de manière endogène dans la langue de l’autre ».

« On a longtemps voulu nous faire croire que nous étions des sauvages. Or, la langue revêt une importance capitale, car elle porte en elle toutes nos institutions et nos valeurs », souligne l’ancienne présidente de l’Association des juristes sénégalaises (AJS).

D’après la juriste, le droit autrefois en vigueur sur le continent (avant l’arrivée du colonisateur) « n’a rien à voir avec celui imposé ». Se basant sur les recherches de plusieurs experts sur la tradition africaine, elle souhaite contribuer à la fondation d’un « droit vraiment africain, qui se fonde sur les valeurs africaines ».

« Tant que nous ne maîtrisons pas notre propre langue, nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes. Et si nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne pourrons jamais aller jusqu’au bout du savoir », insiste-t-elle.

Auteur: Thiebeu Ndiaye
Publié le: Lundi 23 Mars 2026

Commentaires (6)

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    fall il y a 2 jours
    les langues locales ne servent à rien dans un monde globalisé. les langues qui peuvent fédérer des peuplades entières devront subsister au détriment des langues parlées par les groupuscules. en Afrique cette affaire de langue locale n a servi qu' a diviser les nations. au mali mm le président parle bambara normal que certains ne sentent pas maliens
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    Gherté il y a 2 jours
    BRAVO!!!!
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    N’importe quoi il y a 2 jours
    Ça c’est de la démagogie sans frais. Des pays ex colonisés se sont développés en utilisant une langue différente de la leur. La Guinée de Sékou Toure, Madagascar de Ratsiraka ont utilisé des langues nationales pendant 20 ans et ça n’a rien donné. On peut sauvegarder et promouvoir les langues nationales mais pas en faire un outil de travail à l’échelle mondiale. Les pays qui l’ont fait sont les plus en retard. Parce qu’un livre d’astronomie en bambara ou de médecine en peul ça n’a aucun sens. Du romantisme révolutionnaire utopique qu’entretiennent quelques intellectuels qui divaguent
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    Ba il y a 2 jours
    Vraiment il ne faut pas nous fatiguer. Si vous voulez être crédible il faut faire des propositions réalistes. Ne nous demandez pas de retourner dans l’Afrique pré coloniale, qui avait evidemment ses équilibres mais c’est du passé. Ces thématiques des années 70, personne de sérieux ne songe à les réanimer
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    Culture il y a 2 jours
    La langue, c'est la culture.
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    Oumar il y a 1 jour
    C'est deseperant et vraiment inquiétant ces commentaires negatifs des signatures de (fall, de n'importe quoi et ba) Vos propos traduisent moins un réalisme qu’un profond décalage avec les réalités sociolinguistiques de nos pays. Défendre l’usage exclusif des langues coloniales au nom de la « modernité » ou de la « mondialisation » revient, de fait, à exclure la grande majorité de nos concitoyens des savoirs, du droit et des opportunités. Oui, certains d’entre vous ont pu se former et réussir en français. Mais cela ne doit pas faire oublier que des millions de Sénégalais — intelligents, capables, porteurs de savoirs — restent marginalisés simplement parce que la langue d’accès au savoir et à la justice n’est pas la leur. C’est cela, la vraie question. Et c’est là que se situe, permettez-moi de le dire, une forme d’égoïsme : confondre sa propre trajectoire avec l’intérêt général. Contrairement à ce que vous affirmez, aucun pays ne s’est durablement développé en s’appuyant uniquement sur une langue étrangère. Les pays qui ont émergé ont construit leur système éducatif, scientifique et juridique d’abord dans leurs langues, avant de s’ouvrir aux autres. L’ouverture n’est solide que lorsqu’elle repose sur un ancrage. Quant aux exemples souvent cités comme la Guinée ou Madagascar, ils méritent d’être analysés avec rigueur : leurs difficultés ne relèvent pas des langues nationales, mais de choix politiques, économiques et de gouvernance. Faire porter à la langue la responsabilité d’échecs structurels est une simplification commode, mais scientifiquement infondée. Dire qu’un savoir scientifique ou juridique n’a « aucun sens » dans une langue africaine revient à nier la capacité de ces langues à nommer, conceptualiser et transmettre. Or, toutes les langues humaines en sont capables. La terminologie se construit. C’est précisément l’objet de nombreux travaux en cours, y compris au Sénégal. Enfin, il ne s’agit pas de « retourner au passé », mais de construire un avenir plus inclusif, plus juste et plus efficace. Un droit qui n’est pas compris par les justiciables est un droit qui ne remplit pas sa fonction. Sur ce point, Pr Fatou Kiné Camara a raison : penser, produire et rendre accessible le droit dans les langues des populations n’est pas un luxe idéologique, c’est une exigence démocratique. Pr Fatou Kinne Kamara a parfaitement raison, avant de vouloir s’ouvrir au monde, encore faut-il être solidement enraciné. Et cet enracinement passe, inévitablement, par la langue.

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