Lettre ouverte à M. Abdoulaye Fall et à tous les supporters du Sénégal
Monsieur le Président,
Nous voilà arrivés avec succès au terme d’un tournoi où le sort a consacré les deux premières équipes du classement FIFA comme finalistes de cette édition de la CAN.
Il s’agit ni plus ni moins de deux pays qui partagent une fraternité, un legs et une histoire commune.
Cette édition de la CAN a définitivement prouvé, à ceux qui en doutaient encore, que le Sénégal et le Maroc sont deux pays frères.
À travers les réseaux sociaux, nous avons tous vécu de manière palpitante et émouvante l’hospitalité du peuple marocain. Nous avons vu avec quel égard nos compatriotes sénégalais ont été traités. Nous sommes tous témoins des nombreuses attentions, petites mais sincères, distribuées çà et là par nos frères marocains.
Il suffit de parcourir les réseaux sociaux pour découvrir des anecdotes illustrant le respect, l’affection et la bienveillance dont ils ont fait preuve à l’égard des Sénégalais.
Comble de l’ironie heureuse : ils souhaitaient presque unanimement une finale Sénégal–Maroc. À ce pronostic, je répondais souvent à mes interlocuteurs marocains que ce serait l’occasion de partager la coupe en deux, afin que personne ne perde. Une manière pour moi de rendre la politesse qui m’a toujours été offerte par nos hôtes, si serviables et attentionnés.
Cette expérience n’est pas singulière : elle a été vécue par la quasi-totalité des Sénégalais ayant fait le déplacement à Tanger et dans les autres villes hôtes.
Je me permets de rappeler ces anecdotes pour insister sur la sensibilité de la situation, au regard de la profondeur des relations historiques qui unissent nos deux peuples.
Je fais volontairement l’économie de la dimension cultuelle : Fès est presque une ville sénégalaise, où l’on rencontre dans les ruelles de la médina des jeunes parlant wolof sans n’avoir jamais mis les pieds au Sénégal.
Je fais également l’économie de la relation diplomatique : les Sénégalais constituent l’une des plus importantes communautés expatriées au Maroc et y bénéficient d’avantages exclusifs.
Je rappellerai simplement le célèbre discours de feu Sa Majesté le Roi Hassan II, lors du conflit opposant le Sénégal et la Mauritanie en 1989, lorsqu’il déclarait être tenu d’œuvrer pour le retour de la paix entre nos voisins mauritaniens et nos frères sénégalais.
Ces mots témoignent d’une relation profonde, sincère et fraternelle qu’il nous appartient aujourd’hui de préserver.
Cette appellation de notre équipe nationale résonne aujourd’hui plus vrai que jamais.
Il nous appartient de rendre à Jules ce qui est à César. Dans notre culture de l’hospitalité, il est dit :
« Koula dji teranga, fayko teranga » (la politesse se rend par la courtoisie).
Loin de moi l’idée de galvauder notre ambition de remporter cette finale. Il n’est nullement question de lever le pied sur l’enjeu du match de dimanche.
Je nous invite néanmoins, Monsieur le Président, chers supporters — 12ᵉ Gaïndé, Allez Casa — à faire en sorte que l’esprit du jeu l’emporte sur les turpitudes de l’enjeu.
Aujourd’hui plus qu’hier, nous devons rappeler et démontrer que le sport est un soft power, un extraordinaire outil de diplomatie positive.
Monsieur le Président, chers supporters, nous souhaitons tous gagner cette finale, et nul ne peut nous en blâmer. Toutefois, il est essentiel de savoir gagner — ou perdre — avec élégance. Cet état d’esprit doit nous habiter autant qu’il devra habiter les supporters marocains.
J’ai été particulièrement heureux de constater que de nombreux influenceurs ont partagé des témoignages élogieux et sincères de leur expérience marocaine.
Dès lors, puisque nous sommes les invités et, plus encore, les dépositaires de la Teranga, il nous revient de donner le tempo.
Cela implique :
Car rappelons-le : nous avons bien plus à perdre qu’une Coupe d’Afrique.
Il s’agit d’une relation plus que centenaire, enviée par de nombreux pays. De surcroît, le Maroc coorganisera la Coupe du monde 2030, et nous devrons y être, en nous y sentant toujours chez nous.
Pour toutes ces raisons — que vous connaissez mieux que moi, et pour d’autres qui nous dépassent — nous devons, le temps de cette finale, garder à l’esprit que l’enjeu diplomatique dépasse largement celui d’un simple match de football.
C’est de votre responsabilité de le faire comprendre à tous ceux qui nous suivent.
Que le meilleur gagne.
Que la fête soit belle.
Un citoyen sénégalais, témoin de la fraternité sénégalo-marocaine
Commentaires (7)
FRATERNITE EST RESERVEE AUX GAMBIENS, MALIENS ET GUINEENS, ARABES DOU MBOK... DIMANCHE DINANOU TOTCH LEUFOU NDEYOU MAROCAINS YI... BO SI WAKHHE, YAWITE GAZALIKA !
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