Ousmane Sonko face aux réalités du pouvoir ! (Par Ibrahima Baba SALL)
L’exercice du pouvoir est toujours le moment de vérité. Pendant plus d’une décennie, Ousmane Sonko a construit son discours politique sur la dénonciation de la mauvaise gouvernance, de la corruption, du chômage et des difficultés économiques du Sénégal. Il affirmait disposer des solutions capables de transformer rapidement le pays et de répondre aux aspirations profondes des Sénégalais.
Mais il s’est rendu compte très vite que gouverner est différent de s’opposer. Une fois au pouvoir, il ne s’agit plus de dénoncer, mais d’agir ; plus de promettre, mais de réaliser.
Deux années après son arrivée aux responsabilités, beaucoup de Sénégalais s’interrogent sur le bilan réel de cette promesse de rupture. Concrètement qu’est-ce que le gouvernement de Ousmane Sonko a réalisé ?
La jeunesse, qui avait placé tant d’espoir dans le changement, reste confrontée au chômage et à l’incertitude. Les paysans abordent les campagnes agricoles avec les mêmes inquiétudes liées aux semences, aux engrais et au financement. Les acteurs économiques demeurent préoccupés par un climat marqué par l’instabilité politique et les tensions récurrentes.
Le paradoxe est d’autant plus grand que l’un des principaux arguments du pouvoir a consisté à dénoncer la « dette cachée » héritée du régime de Macky Sall. Pourtant, cette dette, aussi contestable que puissent être ses modalités de gestion, a largement servi à financer des infrastructures visibles qui ont transformé le pays : autoroutes, échangeurs, ponts, universités, hôpitaux, infrastructures énergétiques, TER, BRT et autres équipements structurants tels que Dakar Arena ou le Centre international de Conférences Abdou Diouf de Diamniadio où il a récemment tenu ses activités politiques.
Aujourd’hui, une question légitime se pose : quelles sont les réalisations majeures qui portent l’empreinte du nouveau régime après deux années d’exercice du pouvoir ? Quels grands projets structurants ont été lancés ? Quels investissements d’envergure ont été réalisés pour accélérer la croissance, créer massivement des emplois et préparer l’avenir ?
Car l’endettement n’est pas un problème lorsqu’il finance le développement. Il devient préoccupant lorsque les populations peinent à percevoir les résultats concrets des ressources mobilisées.
Pendant des années, Ousmane Sonko a expliqué que les difficultés du Sénégal étaient dues à ceux qui gouvernaient avant lui. Aujourd’hui, les Sénégalais attendent qu’il assume à son tour la responsabilité des résultats obtenus sous sa propre gouvernance. Le temps des audits, des explications et des justifications ne peut se substituer indéfiniment au temps des réalisations.
L’autre grande déception réside dans le climat politique. Celui qui promettait une gouvernance de rupture a souvent donné l’impression de privilégier la confrontation permanente. Les tensions avec l’opposition, les polémiques répétées, les divergences avec certains partenaires et même les frictions apparues au sommet de l’État avec des divergences profondes avec le Président de la République ont progressivement installé un climat de crispation peu compatible avec les exigences du développement économique.
La diplomatie sénégalaise, jadis rayonnante sous les régimes passés, s’est effondrée. Le Sénégal n’est plus la vitrine de la démocratie, de la paix et de la stabilité. Il n’est plus le pays du bouillonnement intellectuel. Il est devenu, hélas, le pays des querelles sans fondements qui charrient une violence inouïe à travers les réseaux sociaux devenus un opium pour notre chère jeunesse, notre espoir de demain dont la préoccupation majeure est l’invective et les injures.
Vous êtes de retour ! Mais n’oubliez pas aussi la permanence de l’Etat qui était, qui est et qui sera là pour faire régner la paix et la stabilité.
Aucun pays ne se développe durablement dans la division et les conflits permanents. Les investisseurs ont besoin de confiance, les entrepreneurs de visibilité et les citoyens d’espoir.
Le plus préoccupant est sans doute l’écart grandissant entre l’immensité des promesses formulées hier et les résultats perçus aujourd’hui. Les discours avaient suscité un immense espoir ; les réalisations peinent encore à convaincre. Les ambitions étaient historiques ; le bilan apparaît, pour beaucoup, en deçà des attentes, pour ne pas dire catastrophique.
L’histoire politique est souvent implacable. Les peuples n’évaluent pas les dirigeants à la force de leurs discours, mais à l’impact de leurs actions sur leur quotidien. Ils ne jugent pas les intentions, mais les résultats.
Au final, la véritable question est simple : après deux années d’exercice du pouvoir, le Sénégal est-il plus prospère, plus attractif, plus productif et plus confiant dans son avenir qu’il ne l’était auparavant ? La réponse sonne claire : « Les Sénégalais sont fatigués », paroles de l’ex Premier ministre Ousmane Sonko qui devra se résoudre à l’évidence que le pouvoir, plus que tout autre juge, révèle toujours la vérité des hommes et la portée réelle de leurs promesses.
Ibrahima Baba SALL
Ancien Premier Vice-président de l’Assemblée nationale
Maire de Bakel
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