Calendar icon
Wednesday 01 April, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

QUAND UN AVOCAT APPREND AUX JUSTICIABLES COMMENT ENTRAVER UNE ENQUÊTE ! (Par Me Tanor Diame)

Auteur: Me Tanor DIAME

image

QUAND UN AVOCAT APPREND AUX JUSTICIABLES COMMENT ENTRAVER UNE ENQUÊTE ! (Par Me Tanor Diame)

L’argumentaire développé par Me Souleymane Soumaré repose sur une lecture séduisante mais juridiquement inexacte du droit pénal sénégalais, en particulier en matière de preuve numérique.

D’abord, affirmer que nul n’est tenu de déverrouiller son téléphone procède d’un raccourci dangereux.

Certes, le principe de non-auto-incrimination existe, mais il ne saurait faire obstacle aux prérogatives conférées aux autorités judiciaires par le Code de procédure pénale.

En effet, l’article 90-4 permet au juge d’instruction ou à l’officier de police judiciaire, agissant sous contrôle, d’ordonner à toute personne compétente de fournir les informations nécessaires au fonctionnement d’un système informatique et aux modalités d’accès aux données. Cette disposition ouvre clairement la voie à une obtention indirecte des accès, indépendamment du bon vouloir de la personne mise en cause.

Ensuite, soutenir qu’il ne faudrait « jamais » communiquer un code d’accès méconnaît l’économie de l’article 90-5, qui autorise le juge à requérir toute personne capable de rendre les données accessibles, de les extraire ou de les copier.

Si cette mesure ne peut être imposée à l’inculpé lui-même, elle n’en organise pas moins un contournement légal du refus, en mobilisant des tiers ou des moyens techniques appropriés. Le refus individuel cesse alors d’être un rempart effectif.

De même, conseiller de « renoncer à son téléphone » relève d’une incompréhension de la nature de la preuve numérique. L’article 90-6 est sans ambiguïté : les données utiles à la manifestation de la vérité peuvent être copiées, conservées sous scellés et exploitées indépendamment du support.

La preuve ne réside pas dans l’objet, mais dans l’information qu’il contient. Abandonner le terminal est donc sans incidence sur la capacité des enquêteurs à établir les faits.

Plus grave encore est l’affirmation selon laquelle des données extraites sans le concours de l’intéressé ne pourraient lui être opposées. Une telle position heurte frontalement le principe de liberté de la preuve en matière pénale, ainsi que les articles 90-2 et 90-3, qui autorisent l’accès aux systèmes informatiques, y compris par extension à d’autres systèmes, dès lors que cela est nécessaire à la manifestation de la vérité. Toute donnée régulièrement obtenue a vocation à être versée au dossier et discutée contradictoirement, peu importe l’attitude initiale du mis en cause.

Enfin, l’argumentaire passe sous silence l’arsenal technique introduit par le législateur.

Les articles 90-10, 90-11 et 90-12 permettent respectivement l’usage de logiciels d’investigation à distance, la captation en temps réel des données et la réquisition des fournisseurs de services.

Autrement dit, l’accès à la preuve ne dépend ni exclusivement du téléphone physique, ni du consentement de son utilisateur.

Au total, le discours analysé absolutise des droits qui, en réalité, sont relatifs et encadrés. Il sous-estime corrélativement l’étendue des pouvoirs d’enquête en matière numérique.

S’il est légitime de rappeler aux citoyens leurs droits — notamment celui de lire un procès-verbal avant signature ou de solliciter l’assistance d’un avocat — il est juridiquement inexact de leur laisser croire qu’un simple refus de coopération suffirait à neutraliser l’action des enquêteurs.

En droit positif sénégalais, la vérité judiciaire ne se heurte pas à un écran verrouillé.

Me Tanor Diame

Auteur: Me Tanor DIAME
Publié le: Mardi 31 Mars 2026

Commentaires (9)

  • image
    Connaissance il y a 22 heures
    Souleymane Soumaré est un professionnel du droit qui mérite respect et considération. Dans un contexte où les opinions divergent, il est important de privilégier le débat d’idées plutôt que les attaques personnelles. Défendre ses convictions, même lorsqu’elles dérangent, fait partie du rôle fondamental d’un avocat. La critique est légitime, mais elle doit rester constructive et basée sur des faits, pas sur des jugements hâtifs.
  • image
    Merci Maître Tanor il y a 21 heures
    Vous avez répondu à ma question de ce matin lorsque j'ai lui son article. Mon post était intitulé " Avocat des gangsters ? ".
  • image
    Serigne il y a 21 heures
    @Merci Maître Tanor  Effectivement j'ai été très étonné en lisant ce soumaré ce matin.
  • image
    Sow ka il y a 22 heures
    Il faisait parti de mes avocats non
  • image
    pff il y a 22 heures
    le juge ni l'opj ne peuvent obliger la personne poursuivie à déverrouiller son téléphone. C'est ce que dit l'avocat et c'est exact. Les textes cités par ce greffier permettent juste de recourir à des tiers qualifiés. Mais pas d'obliger la personne poursuivie à déverrouiller elle même son téléphone. Il est temps que les choses soient remise à l'endroit dans ce pays. un greffier n'a pas vocation à s'épancher comme ça dans la presse et à jouer aux conseillers juridiques
  • image
    Kaaw il y a 22 heures
    Me cherche une planque. Pourquoi Sonko sur l'ordinateur
  • image
    matar il y a 21 heures
    Merci Maitre cet avocat tend a compliquer les choses pour les justiciables qui seront devant les enquêteurs de toute façon ils savent aussi ce qu'ils font dans la légalité. meme si leurs marges de manœuvre est limitée dans certains cas il n en est pas pour le juge d'instruction qui a tous les droits pour exercer sa mission meme si c"est pas prévu par la loi. Quelqu' un qui est arrêté peut meme refuser de parler sil le veut devant l OPJ qui ne va pas le forcer a parler a plus forte raison de l'obliger a signer un procès verbal . il le déferre simplement devant le procureur qui prendra les mesures nécessaires pour son cas. donc dire aux citoyens que les OPJ n'ont pas le droit de vous obliger a ouvrir vos telephones c est peine perdue. les enquêteurs de la cybercriminalité peuvent acceder a votre telephones de plusieurs manières sans meme les toucher.
  • image
    Se protéger à tout prix il y a 21 heures
    Raison pour laquelle qu'il les faut laisser y accéder par leurs propres moyens
  • image
    rires il y a 21 heures
    Alors maitre vous ne repondez pas aux arguments de l'avocat et faites carrement hors sujet (HS). Il n ' a jamais dit qu'ils peuvent a acceder par d'autres moyens, mais qu'ILS DOIVENT Y PARVENIR EUX-MEME. Ave le risque certains elements incriminant sois detruit en cours d'exploitation du telephone et de l'ordi. C"est ca la DIFFERENCE entre ce que maitre A dit et ce que VOUS pretendez corriger.
  • image
    Biron il y a 20 heures
    Au Senegal, il y a de trop de gorjiguén des hommes qui portent des robes: juges et avocats.
  • image
    L'enseignant en vacances il y a 19 heures
    Pour etre simple. Si un prévenu refuse de déverrouiller son terminal , est-ce quil peut etre poursuivi pour entrave a l'instruction ? Si oui l'avocat a donner un mauvais conseil... si cest non le greffier diemé wakhou fii dara. Parck ici On ne parle pas pour l'instant des suites techniques qu'un tel acte peut produire mais on parle plutôt de la position du code pénal selon l'acte de refus.
  • image
    rrrrr il y a 18 heures
    il est hors sujet; ce qu'il dit ne répond pas à ce que Me Soumaré a dit. Le Code pénal sénégalais ne punit pas explicitement le fait de "ne pas donner son code de téléphone" comme une infraction spécifique . Et il est normal que les enqueteurs et juge d'instruction puissent avoir la possibilité de contourner le silence et la non coopération du prévenu; Chacun est dans son rôle : - le prévenu qui son plein droit de ne pas coopérer et de ne pas donner son code pour déverouiller - l'enqueteur qui essayera par les moyens techniques d'y parvenir . L'avocat voulait montrer que nulle part on ne condamnera une personne pour refus de donner son code qui est considéré comme le droit du silence;

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.