Institut Pasteur : L'intelligence artificielle en médecine, une chance ou un danger pour les Sénégalais ?
Face aux avancées notables de la science dans le domaine de la santé, le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Si les innovations technologiques transforment progressivement le système sanitaire, de nombreux défis et obstacles freinent encore une transformation pleinement inclusive. C’est le constat dressé par le Professeur colonel Ibrahima Seck, spécialiste en santé publique, lors d'une table ronde organisée par l’Institut Pasteur de Dakar et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour marquer la Journée mondiale de la santé
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Pour le Pr Ibrahima Seck, la science joue indéniablement un rôle central dans l’amélioration des systèmes de santé. Télémédecine, intelligence artificielle, outils numériques : ces innovations permettent d’améliorer l’accès aux soins, d’accélérer les diagnostics et de personnaliser les traitements. Mais cette dynamique, aussi prometteuse soit-elle, reste marquée par de profondes disparités. « Oui, la science transforme déjà la santé au Sénégal. Mais cette transformation reste incomplète », souligne-t-il.
Parmi les principaux obstacles, le professeur met en avant la fracture numérique. Une grande partie de la population, notamment en zones rurales, ne dispose pas d’un accès régulier à Internet ou d’équipements adaptés. « Une partie importante des populations reste en marge des innovations, faute d’accès aux technologies et de connectivité suffisante », déplore-t-il. Cette situation limite l’impact des solutions de santé digitale, pourtant essentielles pour combler les déficits en infrastructures.
Au-delà du numérique, les disparités entre zones urbaines et rurales pèsent sur l’équité du système. L’accès aux spécialistes et aux équipements modernes reste très concentré dans les grandes villes. « Les innovations sont souvent disponibles là où les besoins sont déjà mieux couverts », note le Pr Seck, pointant un déséquilibre structurel.
Autre défi de taille : la formation des acteurs. L’introduction de nouvelles technologies exige des compétences spécifiques pour les professionnels de santé comme pour les patients. « Le manque de formation constitue un obstacle majeur à l’adoption des outils numériques », insiste-t-il. Sans accompagnement, les innovations risquent de rester sous-utilisées.
Le professeur souligne également les contraintes financières qui freinent les startups locales et le manque de coordination entre les solutions numériques. « Nous sommes confrontés à un problème d’interopérabilité : les systèmes ne communiquent pas toujours entre eux », explique-t-il. Cette fragmentation nuit à l’efficacité globale du système de santé.
Avec la digitalisation croissante, la question de la protection des données devient cruciale. Le Pr Seck alerte sur les risques de cyberattaques et de fuite d’informations sensibles. « La confiance dans les systèmes numériques passe aussi par une sécurisation renforcée des données de santé », rappelle-t-il.
Malgré ces obstacles, le spécialiste reste convaincu du potentiel de la science. Pour y parvenir, il appelle à une approche globale : « La technologie seule ne suffit pas. Il faut investir dans les infrastructures, former les acteurs et renforcer la gouvernance du système ». En définitive, le Sénégal doit faire en sorte que les avancées scientifiques profitent à tous, sans creuser davantage les inégalités.
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