Leadership étudiant : Le diagnostic sans complaisance de l'ancien recteur Abdou Salam Sall
Invité du Jury du Dimanche, le professeur Abdou Salam Sall, ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), a consacré une large part de son intervention à la question de la gouvernance universitaire, qu’il considère comme l’un des nœuds de la crise actuelle. Pour lui, les perturbations récurrentes ne sont pas nouvelles — l’université en connaît depuis 1968 — mais la montée de la violence constitue un tournant inquiétant. « Autrefois, les étudiants défendaient leurs idées par l’argumentation. Aujourd’hui, les arguments de la force tendent à remplacer la force des arguments », a-t-il regretté.
Selon l’ancien recteur, le problème réside en partie dans l’évolution du leadership étudiant. Les anciennes centrales syndicales, fortement structurées et politiquement formées, ont laissé place à des amicales souvent dépourvues d’outils théoriques et institutionnels. Il plaide ainsi pour une formation systématique des élus étudiants, un renforcement du dialogue social universitaire et des mécanismes disciplinaires plus efficaces. Le Pr Sall rappelle qu’une proposition de police universitaire, appuyée par la vidéosurveillance, avait été envisagée pour mieux identifier les fauteurs de troubles. Elle n’a jamais été mise en œuvre. Pour lui, la crise de l’UCAD est d’abord une crise d’organisation et de régulation interne.
Déséquilibre structurel
Par ailleurs, le professeur Abdou Salam Sall est revenu sur la massification de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, qu’il considère comme un facteur clé des tensions actuelles. Créée en 1957, l’UCAD a connu une augmentation constante de ses effectifs, conséquence directe de la démocratisation du baccalauréat. Aujourd’hui, environ 70 % des bacheliers sont issus des filières littéraires, contre 30 % seulement pour les séries scientifiques. Ce déséquilibre pèse lourdement sur l’orientation et l’employabilité.
Selon le Pr Sall, l’école sénégalaise n’informe pas suffisamment les élèves sur les finalités et les débouchés des différentes filières. Il souligne toutefois l’expérience positive des ISEP (Instituts supérieurs d’enseignement professionnel), où la formation repose sur 80 % de pratique et 20 % de théorie. « Les filières professionnalisantes connaissent beaucoup moins de perturbations », a-t-il noté. Pour lui, la réforme doit commencer en amont, par une meilleure orientation dès le secondaire.
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